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Au pied d’un Nid

Totem devant l’étang
Photographe non identifié, circa 1950
Tirage grand format
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
2007-02-001 / 106

NOTE 12

En essayant de comprendre l'histoire des travaux d'aménagement paysager qui contribueront à la mise en valeur du Nid de l'Aigle de 1935 à 1959, l'axe principal du jardin central se révèle; quelqu'un avait vu grand!

AVOIR UNE VISION DU FUTUR

Depuis l’été 1933, la deuxième saison d’ouverture du jardin zoologique de Québec, le Nid de l’Aigle s’élève au nord d’un grand terrain désert. Loin de l’entrée, comment réussira-t-on à l’inclure dans le plan de visite et à le transformer en un point focal d’intérêt? La Société zoologique y a pensé de toute évidence, comme on le voit dans le Guide du jardin de 1934.


Plan du Jardin zoologique de Québec – St-Pierre de Charlesbourg
Sylvio Brassard architecte, 1934
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
P884 – 2007-02-01 / 90

Le totem apparait en haut à gauche du plan de Sylvio Brassard, l’architecte du jardin. En l’agrandissant, on comprend que le vaste espace devant le Nid est réservé pour des développements futurs, dont un étang en croissant de lune au pied du totem (6), une section des ours (7), un arboretum (8) et enfin une terrasse au sud (9). Autrement dit, ce plan ne représente pas tout à fait les lieux si on entreprend une visite, comme on peut le constater dans la photo suivante.


Vue aérienne du Jardin zoologique – 1937
Archives de la Ville de Québec – Fonds W.B. Edwards Inc.
P012-N023423

Même en 1937, quatre ans après son arrivée au jardin, son isolement dans un lieu peu invitant persiste. Le mât, dans le coin inférieur droit de cette vue aérienne, fait face à un grand champ. Avant que les travaux d’aménagement proposés sur le plan de 1934 ne débutent, il y a peu d’incitatifs pour aller l’admirer de près. À moins d’avoir été intrigué par sa présence sur les lieux, suite à la lecture d’articles parus dans les journaux ou encore après avoir reçu conseil auprès des guides du jardin, il est bien possible qu’il passe inaperçu. L’amélioration graduelle de l’aménagement paysager et l’ajout d’attraits supplémentaires favoriseront les visites à proximité de cette oeuvre d’art unique.


ALLER VOIR LE TOTEM

Secteur de l’entrée du jardin – Plan du jardin zoologique 1934


À partir de l’entrée principale, une fois qu’on a franchi le pont rustique en bas du barrage, un embranchement de l’allée principale permet d’emprunter l’un ou l’autre des sentiers pour se rendre au totem.


1 – Secteur de l’ornithologie

Secteur de l’ornithologie – Plan du jardin zoologique 1934

En empruntant l’allée de droite, on peut passer devant la volière d’hiver construite en 1932 et la grande volière érigée en 1933, ou faire un détour du côté du laboratoire d’ornithologie terminé en 1934, pour parvenir au pied du mât. Ces trois éléments architecturaux du paysage aux alentours du grand jardin central ont chacun leur petite histoire.


A. La volière d’hiver

Maison à oiseaux (Volière), Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg
Marius Barbeau 1932
Musée canadien de l’histoire – MCH 76399

Quartiers d’hiver
Photographe non identifié – 1933
BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le Soleil, samedi 8 juillet 1933, page 1

Quartiers d’hiver pour les oiseaux – 1948 (SZQ 1051)
Notes historiques – Raymond Cayouette 1987

Ce ne sera pas tout de suite,
on le comprend facilement,
le Jardin des Plantes de Paris ou
le « Zoological Garden » de New-York

La Presse

Dans Le Soleil du 8 juillet 1933, on désigne ce bâtiment « volière d’hiver », une vaste construction de bois aux larges fenêtres pour abriter les oiseaux migrateurs pendant la saison rigoureuse. Empruntant le style d’une maison canadienne, avec son toit en croupe à deux rangées de lucarnes et son clocheton à lanterne, il s’intégrait bien au concept de village. Construit en 1932, il a été démoli en 1981 (Cayouette 1991:40).

En comparant les deux premières photos prises à un an d’intervalle, on aperçoit la grande volière sur la seconde. Dans la troisième photo de 1948, on aperçoit les petites volières adjacentes à l’édifice, masquant les fenêtres.


B. La grande volière d’été

La grand volière d’été au Jardin zoologique de Québec
Raymond Cayouette 1947
BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
E6,S7,SS1,P36390

The Bronx Zoo Atrium
Black and White Photographs of Streets of NYC in 1905
Vintage Everyday

Une grande volière au Jardin zoologique
Photographe inconnu – 1933
BAnQ – Patrimoine Québécois / Revues et journaux
Le Soleil, lundi 6 février 1933, page 3

Dans Le Soleil du 6 février 1933, on nous présente cette grande volière en acier galvanisé avec un grillage en cuivre construite par la maison Jobin et Paquette, comme on le rappelle également dans une publicité placée dans Le Soleil du 8 juillet 1933, lors de l’inauguration.


Dans La Presse du 10 mars 1932, qui annonçait le projet d’un jardin zoologique pour Québec, on avait considéré l’ampleur du projet. « Ce ne sera pas tout de suite, on le comprend facilement, le Jardin des Plantes de Paris ou le « Zoological Garden » de New-York, mais nous avons tous les éléments pour faire vite un jardin zoologique des plus intéressants, la nation entière y mettant du sien ». Dans ses notes historiques, prenant un certain recul, Raymond Cayouette indique effectivement que la grande volière a été inspirée de celle de New-York (Cayouette 1987:60).

Si vous n’avez pas remarqué, les deux premières photos illustrent la ressemblance incroyable entre la grande volière de Charlesbourg en 1947 et celle de New-York en 1905; cette dernière provient de l’article « Black and White Photographs of Streets of NYC in 1905 » du site Vintage Everyday.


C. Le laboratoire d’ornithologie

Laboratoire d’ornithologie et totem
J.A. Brassard, 1946
BAnQ – Patrimoine Québécois
E6,S7,SS1,P34725

Mât totémique « le nid de l’aigle », au Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg
Marius Barbeau, 1954
Musée canadien de l’histoire
MCH 2004-454

Si on s’est attardé un peu en passant derrière la volière d’hiver et la grande volière, on aperçoit le laboratoire d’ornithologie, « une maison de pierre, exacte réplique d’une maison du régime français », construite en 1934-35 (Cayouette 1991:41). Mais on n’échappe pas à la vue du totem, à quelques foulées de là; ces deux photos permettent de saisir les proportions entre le totem et le laboratoire.


Promenade devant le Nid

Marcheurs près du Nid de l’Aigle
Photographe inconnu – sans date
Courtoisie – Société d’histoire de Charlesbourg – A-19.7

Peu importe comment on aura exploré le secteur de l’ornithologie, en parvenant au pied du mât, on peut vraiment apprécier sa hauteur à notre échelle humaine. Cette photographie provenant des archives de la Société d’histoire de Charlesbourg est unique en son genre, car elle permet de bien discerner les proportions du Nid de l’Aigle à l’échelle humaine. On discerne en arrière-plan le laboratoire d’ornithologie.

La plupart des sources documentaires indiquent que le mât avait une hauteur de 66 pieds, juste un peu plus qu’une dizaine de fois la hauteur d’une personne. Peut-être des lecteurs ou lectrices pourront éventuellement en fournir une autre. On a donc ici un témoignage unique pour le moment; dans les années 1990, les égoportraits n’étaient pas en vogue, bien sûr!


2 – Secteur de la ferme

Secteur de la ferme expérimentale – Plan du jardin zoologique 1934

La ferme expérimentale d’élevage d’animaux à fourrure
J.-A. Brassard – Hiver 1935-36
SZQ 344 (Cayouette 1987:51)
Article original en PDF

Alternativement, si on on emprunte l’allée de gauche à partir du pont, on passera derrière le moulin à vent et on marchera entre la ferme expérimentale et la section des ruminants. Comme on le voit dans la photo prise à l’hiver 1935-1936, on aura une vue éloignée sur le mât situé au sommet de ce vaste espace en pente; il est en arrière plan du grand champ enneigé derrière la ferme.


Aménagement paysager de style canadien
Sylvio Brassard circa 1932
Patrimoine urbain Ville de Québec / Archives Université Laval
P255-9-37.2

Prise aux alentours de 1932, la photo de Sylvio-Brassard met en perspective 3 éléments architecturaux ayant contribué au style unique du jardin. Au premier plan, on voit l’alignement de cabanes rustiques et d’enclos pour l’élevage des animaux à fourrure, la ferme expérimentale. Au second plan se profilent les deux maisons en pierre des champs au toit à lucarnes encadré de cheminées. Enfin, le moulin à vent se démarque par son style typique aux meuneries dispersées à travers la province à la fin du XVIIe siècle.


AU FIL DES SAISONS

Examinons la progression des travaux d’aménagement paysager entre 1935 et 1959 afin d’évaluer leur impact sur la circulation aux alentours du Nid de l’Aigle.


1937 : Libérer du terrain

Concours d’appréciation au pique-nique annuel des éleveurs d’animaux à fourrure à Courville
L. Baudet 1945
BAnQ – Fonds ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P29060

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
L’Action catholique, jeudi 1 juin 1939, page 9

S’étalant sur une période de deux ans, le déménagement de la ferme expérimentale affectera la circulation dans le grand espace au pied du Nid de l’Aigle. Dans ses notes, Raymond Cayouette mentionne qu’elle déménagera de Charlesbourg à Saint-Louis de Courville, libérant une parcelle de terrain en vue de futurs aménagements (Cayouette 1987:58; 1991:38).

  • Dans L’Action catholique du 22 mars 1937, on mentionne que ce déménagement est longuement discuté lors de l’assemblée générale de l’Association des éleveurs à fourrure.
  • Dans Le Devoir du 16 septembre 1938, le transfert se concrétise par la nomination d’un nouveau directeur, le Dr R. Rajotte
  • Dans l’édition du 21 janvier 1939, on rend compte de la progression des travaux de la « renardière de St-Louis de Courville ». Enfin, dans une rubrique illustrée de L’Action catholique du 1er juin 1939, on se félicite de la productivité à cette ferme, « la seule du genre dans toute la province, où l’on garde actuellement 80 trios de renards qui ont produit cette année 210 renardeaux ».

La photo prise quelques années plus tard pendant le concours d’appréciation de 1945 donne un bon aperçu de l’évolution de cet établissement.


1938 : L’étang du totem

Zone de l’étang des plantes aquatiques – Plan du Guide du jardin 1934

Vue d’un totem au jardin zoologique à Charlesbourg
CPR, circa 1950
Archives Ville de Québec
M07-03-49-N026220

À partir de 1939, le Nid de l’Aigle ne sera plus seul en haut d’un grand espace dégarni. Un nouvel attrait devrait attirer les gens plus près du mât, permettant de mieux apprécier ses blasons sculptés. Dans ses notes historiques, Raymond Cayouette rappelle que « devant le mât totémique, on creusa un étang dans lequel poussaient plusieurs plantes aquatiques. Des arbres de diverses essences et des arbustes furent plantés à proximité pour créer un arboretum (Cayouette 1991:43) ».

Les ours du jardin
semblent éprouver
de la difficulté
à s’endormir
cette année.
On se de­mande
si c’est à cause
du bruit
que font
les travailleurs
dans
les envi­rons…

LE DEVOIR
24 novembre

C’est un travail d’envergure, entrepris dans des circonstances inattendues. L’année 1938 est marquée par les dégâts causés par la tempête du 31 août, qu’on évoque lors de la fermeture annuelle d’automne, rapportée dans Le Devoir du 27 octobre. On y annonce de grands travaux de réfection et d’agrandissement avec des octrois à titre de secours au chômage.

Dans Le Devoir du 24 novembre, on affirme que « les travaux d’embellisse­ment consistent surtout dans l’amé­nagement d’un lac artificiel en avant du totem. Dans ce lac les visi­teurs pourront admirer différentes plantes d’eau telles que nénuphars et autres ». L’Action catholique titrera alors : « Environ 550 hommes travaillent au jardin zoologique de Charlesbourg ». L’édition du 22 mai 1939 mentionne qu’on se rend en grand nombre au jardin pour voir les travaux, même sans ouverture officielle de la 8e saison.


Horatio Walker peignant dans son jardin, île d’Orléans
M.O. Hammon, 1933
Archives of Ontario – F 1075-12-0-0-27
Wikipedia Commons

Radio-zoologie – L’étang des plantes aquatiques, Wilfrid Corrivault
BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
L’action catholique, 4 novembre 1945, page 10

Dans la Chronique des jeunes naturalistes du 4 novembre 1945, Wilfrid Corrivault suscite la curiosité en posant une question. « Devant l’étang, situé à quelques pas de la volière, vous vous demandez, en regardant le mât totémique se mirer dans ces eaux, ce qu’il y a intéressant à voir? » Il y répond en brossant un portrait de la vie grouillante de ce marécage, en soulignant aussi la contribution d’un ami du Jardin qui offrira un type de plantes aquatiques rarement visibles en milieu urbain.

La famille des lis d’eau que les botanistes nomment la famille des Nymphéacées, est surtout représentée par le grand nénuphar jaune. C’est l’universel nénuphar, caractéristique des innombrables lacs laurentiens. Ses gros rhizomes constituent l’une des nourritures favorites du Castor et de l’Orignal. On estime même qu’il y a une corrélation très nette entre le territoire occupé par l’Orignal et l’aire de dispersion du grand nénuphar jaune. N’oublions pas la magnifique collection de Nymphéas cultivés que nous devons à un fidèle ami du Jardin Zoologique, le grand peintre canadien Horatio Walker.

Nénuphar jaune
Wiki Commons

Horatio Walker était un bon ami de L.-A. Richard, ce sous-ministre qui avait initié l’acquisition du Nid de l’Aigle en 1931, comme on a pu le remarquer dans une note précédente. Il est aussi intéressant de noter que le bassin du jardin zoologique est dessiné en quartier de lune, comme celui derrière la résidence de Walker, à l’Ile d’Orléans.

Au printemps de 1946, on rappelle au public ce qui se passe dans l’étang lorsque la nature se réveille au jardin. Dans Le Soleil et dans L’Action catholique du 27 avril, on mentionne qu’il s’est libéré de la glace au milieu du mois et que plusieurs têtards de la grenouille verte quittent le fond de l’étang où ils ont hiberné. On souligne aussi l’arrivée des oiseaux migrateurs.††

Beaucoup plus tard en 1956, l’étang sera transformé pour accueillir les canards, les oies et les flamants (Cayouette 1991:47).

En 1957, pour l’ouverture de la 25e saison, on en fait part dans L’Action catholique du 3 mai, en annonçant que le jardin « offrira certaines nouveautés dont un magnifique étang aménagé non loin du pavil­lon des fauves, en face du totem géant qui, depuis des années, do­mine le paysage d’assez étran­ge façon ». Un géant domine d’étrange façon; que pense l’auteur de cet article?


1938-1939 : La grange

Grange au jardin zoologique de Québec
Richard Bernard 1943
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P15831

Bassin des phoques
Richard Bernard 1942
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P7181

Entre 1938 et 1939, une bâtiment de type intéressant s’ajoute à l’est du jardin central au pied du Nid de l’Aigle. On le voit bien à partir du bassin des otaries qui s’ajoute devant en 1942. En forme de L, il est surnommé la « grange » par le personnel du zoo. Dans la partie sud, on y abrite les oiseaux aquatiques pendant l’hiver. Ce bâtiment sera démoli en 1981 (Cayouette 1991:43).

Au niveau de l’aménagement paysager, son style s’inscrit adroitement dans la continuité du village canadien qu’on tente de créer. Ce style sera également adopté lors de la création du pavillon des fauves, mais en plus grand, dans les années 1950.


1942 : Le bassin des otaries

Otarie au jardin zoologique
Richard Bernard 1942
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P6991


Bassin des otaries
Raymond Cayouette 1945
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P26808
Gens qui regardent une otarie dans son bassin – Sperling Montreal Standard 1947
Archives Ville de Québec – Domaine public
M07-03-49-N026227

Bassin des otaries au Jardin zoologique de Québec
Raymond Cayouette 1947
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P35264

Même s’il ne fait pas partie des développements futurs illustrés sur le plan du jardin publié en 1934, le bassin des otaries sera un autre élément important qui pourra augmenter la circulation dans le vaste espace au sud du Nid de l’Aigle. On prend connaissance de sa création dans L’Action catholique du 29 juillet 1942, suite à l’arrivée d’un couple d’otaries de la Californie, qu’on qualifie comme étant « une autre curiosité au Jardin ». Dans L’Action catholique du 28 octobre 1945, Joseph Vandal énonce bien comment on circule entre le moulin à vent et le bassin.

Cette allée de gauche, en passant par la tour du moulin et le nouveau res­taurant, mène à la section des ruminants, et a l’esquisse d’une terrasse qui supporte un grand bassin régulier à deux branches, le bassin des otaries. Le grand bassin par sa forme et son emplacement conditionne le dévelop­pement futur du grand terrain en pente situé au nord.

Il préfigure bien le prochain aménagement paysager, les terrasses étagées.


1946 : Les terrasses étagées

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
L’Action catholique, dimanche 28 octobre 1945, page 10

Zone des terrasses étagées
Plan du Guide du jardin 1934

Dans la Chronique des jeunes naturalistes du 28 octobre 1945, tandis que Sylvio Brassard insiste sur l’adoption du style canadien, Joseph Vandal s’aventure à proposer un style différent pour les futurs aménagements dans son l’article « L’architecture paysagiste au jardin zoologique ».

Le style classique français a été choisi à cause du caractère architectural des édifices du Jardin Zoologique que ce parterre doit accentuer. Le terrain en pente traité dans un tel style demande un développement en terrasses qui se ferait en trois étages. Le premier constituerait une longue terrasse bordée au nord par la première allée et séparée de celle-ci par une baie très élevée en forme de charmille de façon à unir ce parterre avec le reste du Jardin et lui constituer un cadre. Le second étage présenterait un vaste plan portant deux pelouses carrées, chacune étant coupée en quatre compartiments par deux allées à angle droit avec un bassin circulaire au point d’intersection, et avec écoincement à tous les angles. Ces deux pelouses seraient séparées par une ligne aviale nord-sud sur laquelle se trouvait un très long bassin étroit, constituant une allée d’eau qui recevrait ses eaux d’un autre grand bassin adossé à une fontaine et tous deux placés à un étage supérieur, les déverserait à son tour au moyen d’un escalier d’eau ou cascade dans le bassin actuel des otaries, au dernier étage.

La réalisation de ce plan est commentée dans les notes historiques de Raymond Cayouette (1991:45) qui fait remarquer que « ce jardin à la française, commencé en 1948, fut assez lent à réaliser, les pelouses n’étant terminées qu’en 1956. Une terrasse de 130 mètres de longueur soutenue par un mur de pierre, fut terminée en 1949 ». Ainsi, cet autre aménagement paysager pourra modifier la circulation aux alentours du Nid de l’Aigle.

Dans le la planification de 1934, on prévoyait la construction de la terrasse Sarrazin, au sud du grand espace délimité au nord par le mât. Les plans ayant changé, on décide plutôt d’adopter un modèle étagé au nord du bassin des otaries, s’inspirant du plan que Joseph Vandal avait soumis en 1946 (Cayouette 1991:45).

Pour palier à cet abandon du plan de la terrasse Sarrazin, la Société zoologique honorera plus tard ce naturaliste en lui dédiant une stèle, tel que le rapporte L’Action catholique du 11 octobre 1957.


Pluvier Kildir
Ted Busby
Faune et flore du pays – Fédération canadienne de la Faune

Emplacement d’un nid de pluvier kildir (indiqué par le piquet)
Raymond Cayouette 1946
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P35993

Datant de 1946, cette photo de Raymond Cayouette sera utilisée pour illustrer un fait divers, paru dans Le Soleil du 8 juin. On prend soin de spécifier où ont lieu ces travaux : « La Société Zoologique de Charlesbourg sous la direction du docteurJ.-A. Brassard, surintendant du jardin, décida de faire défricher le terrain, pour l’aménagement de deux superbes terrasses en étage, qui coupées par une allée centrale, descendront directement au bassin des otaries ». On rapporte une anecdote intéressante sur le nid d’un pluvier.

Lorsque qu’un gros tracteur nivelle le terrain, un pluvier kildir installé sur son nid traine de la patte en feignant d’être blessé. Le conducteur doit descendre et courir après pour tenter de le déplacer, ce jeu de fuite durant près d’une dizaine de jours et retardant les travaux. Mais le directeur du zoo désirait avant tout protéger le nid et la couvée. En ferait-on autant aujourd’hui?


Un retour graduel vers la nature

Finalement, les deux murs construits au sud du Nid de l’Aigle auront permis d’atteindre un des objectifs du plan de Joseph Vandal, soit « un développement en terrasses qui se ferait en trois étages », comme il l’énonçait dans « L’architecture paysagiste au jardin zoologique » en 1945. On peut le constater dans les deux photos suivantes où figure le totem. On verra que certaines distractions visuelles seront éliminées au fil des années.


Mur de pierre de la terrasse française
Photographe non identifié – Tirage photographique de 1959
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
P884 2007-02-001 / 88

Sur la photo du mur de pierre de la terrasse française, construite de 1949 à 1953, la volière des condors apparait sur la droite, mais des chalets obstruent l’arrière-plan. Comme on le confirme dans Le Soleil du 9 mai 1969, ils seront démolis, éliminant une distraction quand on regarde le Nid de l’Aigle.


Mur de pierre de l’étang
Photographe non identifié – Tirage photographique – 1959
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
P884 2007-02-001 / 88

Après la fin des travaux de construction du mur de pierre de l’étang en 1956, le réservoir d’eau construit en 1954 obstrue l’arrière-plan. Il sera démoli en 1970, comme on le rapporte dans Le Soleil du 3 septembre, éliminant aussi une autre distraction.



Etang du totem
Raymond Duguay, 1976
BAnQ – Fonds Ministère des Communications
E10,S44,SS1,D76-298

Ces grands travaux terminés, et les obstacles visuels éliminés, ce portrait démontre comment on a réussi à créer un environnement invitant aux alentours du totem. En plein cœur de la nature, il est entouré d’arbres qui auront bien profité au fil des ans; c’est comme si on le contemplait dans ses lieux d’origine au bord de la rivière Nass, mais sans ses montagnes.

Comme le faisait remarquer Marius Barbeau dans Le Soleil du 8 juillet 1933, « si ces monuments, une fois transplantés ailleurs, sont imposants, ils le sont davantage chez eux, parmi les grands arbres d’une côte semi-tropicale, dans des montagnes quelques fois enguirlandées de vapeurs bleuâtres, que le soleil couchant colore de pourpre ».

La Société zoologique aura presque réussi à le faire mentir, le Nid de l’Aigle ne s’en laissant pas imposer, justement; il est aussi imposant dans son jardin central. Aux pourpres du soleil s’ajoutera le camaïeu des roses de la faune tropicale à ses pieds… on le devine ici.


1950 : La restauration du Nid

Le totem du Nid de l’Aigle en voie de restauration
Société zoologique de Québec – 1950
BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le Soleil, vendredi 30 juin 1950, page 6


Dans Le Soleil du 30 juin 1950, on annonce des travaux de restauration du mât, dont l’application d’une couche de peinture végétale pour lui rendre les couleurs vives qu’il possédait. Deux photos de cette opération avaient déjà été repérées dans un contenant d’archives du fonds P625 Société zoologique de Québec, sans pouvoir en confirmer la date; nous la connaissons désormais.

La photo du plan d’ensemble de l’échafaudage est probablement dans un des contenants d’un fonds d’archives de BAnQ.


Tête du Nid de l’Aigle
Raymond Cayouette 1964
« Le Nid de l’Aigle », Article en format PDF

La Société zoologique prend bien soin de cette oeuvre d’art. Dans l’article Le Totem du Nid de l’Aigle publié en 1964, Raymond Cayouette résume comment on avait pris soin du mât, à deux reprises.

Pour le préserver des attaques du temps le cèdre géant dut être repeint en entier en juin 1950, un travail qui nécessita un échafaudage assez élaboré. Puis à nouveau en juillet 1962, on a du remplacer ici et là quelques pièces de bois pourri, entre autres le nez du Trakolk qui a été refait en entier d’une pièce de pin, puis on a encore une fois repeint le vieux totem maintenant centenaire.

Haliotis
Nacre de coquille d’ormeau
Wiki Commons 2019
Wikipedia

Au sommet de son mât et loin des yeux de ceux et celles qui se promènent dans ses alentours immédiats, on ne peut estimer comment l’Aigle silencieux dans son nid, soumis à toutes ces intempéries pendant si longtemps sans broncher, réussit à conserver ses ornements. Illustrant l’article de Cayouette, ce gros plan de la tête de l’Aigle laisse deviner la beauté des écailles serties dans le bec. Selon Harlan Smith, ayant décrit avec minutie tous les éléments du mât et de ses blasons lors de sa restauration en 1932, « les pupilles étaient constituées en nacre d’ormeau. Bien que les lèvres et les ailes ne montrent aucun signe de peinture, elles étaient probablement de couleur rouge ocre. Les dents (car il y avait des dents) étaient également en nacre d’ormeau (Barbeau 1950:42) ». Une beauté à l’état pur, maintenant volatilisée depuis 1995!

Une note de recherche hors-série sur le traitement des couleurs et la restauration des mâts paraîtra au courant de septembre, les abonnés seront avisés.

1952 : La fête de l’arbre

Fête de l’arbre au Jardin Zoologique de Québec
Photographe inconnu
BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
L’Action catholique, mardi 20 mai 1952, page 3

Dans L’Action catholique du 20 mai 1952, on souligne l’organisation d’une fête de l’arbre, une initiative de la Société zoologique. Suite à cette cérémonie, on plante une douzaine d’érables à sucre. On mentionne que « les érables en question ont été plantés en bordure du chemin qui conduit au bassin des otaries. On sait que cette partie du Jardin est tout simplement charmante ». On remarque d’ailleurs en arrière-plan le moulin à vent et la cheminée d’une des maisons de style canadien à la gauche, ce qui nous situe sur l’ancien site de la ferme expérimentale. Comme on peut s’y attendre, plusieurs notables sont présents.

Cet événement n’est qu’un exemple parmi d’autres activités d’aménagement des lieux qui se déroulent sans cérémonie afin de favoriser l’amélioration continue de l’espace central du jardin.


1953 : La volière des condors

Nid de l’Aigle, volière des condors
Marius Barbeau 1954
Musée canadien de l’histoire
MCH 2004-452

À l’été 1953, lorsqu’on effectue une randonnée dans le jardin, un autre attraction s’ajoute dans le vaste espace au pied du Nid de l’Aigle. C’est la volière des condors, cette vaste cage en aluminium qui reluit au soleil, comme on le constate sur cette photo de Marius Barbeau prise l’année suivante.

On l’aperçoit immédiatement après être passé devant la grande volière terminée en 1933. Si vous agrandissez la photo, vous verrez même les deux pignons blancs à chaque extrémité du toit des quartiers d’hiver des oiseaux, juste sous le nez protubérant du mât.

C’est dans le Le Soleil du 28 août 1952 que le Dr J.-A. Brassard annonce la construction de cette volière, alors qu’on a connu une saison record de 300 000 visites. Dans Le Soleil du 8 mai 1953, à l’occasion de l’ouverture de la 22e saison du jardin, le Dr Brassard déclare que la nouvelle volière des condors sera prête dans le courant de l’été. Finalement, on finit par en publier une photo dans L’Action catholique du 7 août 1954.


1956 : Les 25 ans du Jardin

En 1956, on célèbre le 25e anniversaire de la fondation du Jardin zoologique en 1931. Rappelons qu’en 1932, on ouvre pour la première saison d’été en accueillant les premiers visiteurs, même si certaines parties du jardin sont en construction. Ce n’est qu’à la saison suivante qu’on verra le totem Le Nid de l’Aigle. Mais les travaux d’amélioration n’ont jamais cessé en fait; nous avons surtout examiné ceux aux alentours du Nid de l’Aigle, affectant le circuit des visites et contribuant à accroitre sa visibilité doit-on rappeler.

Totem le Nid de l’aigle
Raymond Cayouette , 6 décembre 1955, SZQ 3321
BAnQ – Fonds Société zoologique de Québec
P625 1960-01-600 / 297 – Dossier No 15

Cette impression photographique, localisée dans les archives de BAnQ, est probablement attribuable à Raymond Cayouette qui produit la plupart des photos pour la Société zoologique.


Brassard J.-A. « Les vingt-cinq années du Jardin zoologique »;
Les Carnets, vol. XVI, no. 2, avril 1956:52-53

« des totems mystérieux rappelant des légendes fantastiques »

Publicité CNR
BAnQ
Le Samedi 27 juillet 1925

Dans l’article « Les vingt-cinq années du Jardin zoologique », J.-A. Brassard brosse un tableau intéressant de ses origines et de son développement pendant ce premier quart de siècle. Le Nid de l’Aigle a droit à un clin d’oeil, à droite d’une page illustrée. Si vous avez le sens de l’observation, vous lui trouverez quelque chose de différent. Vous devinez? Ayez du flair, la réponse n’est pas loin de vous.

Parfois, on l’évoque avec un élan poétique, comme dans la Chronique des jeunes naturalistes du 22 avril 1956 où on termine une première visite hâtive du jardin « au pied du grand totem qui plane mystérieusement sur tout le Jardin zoologique de Québec ». Il y a toujours ce petit aura de mystère autour du Nid; rappelons-nous ces publicités dont on a discuté dans une note précédente! Au Québec, le CNR avait mené une campagne sur les croisières dans la revue populaire Le Samedi, entre 1925 et 1929.


Le pavillon des fauves

Le pavillon des fauves
Photos du Soleil, 1956
BAnQ Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le Soleil, vendredi 28 septembre 1956, page 3

On coiffe alors ces 25 saisons révolues par l’inauguration du pavillon des fauves, parfois dénommé la maison des fauves et des singes. Cette nouvelle attraction, dont la construction avait débuté en 1954 (Cayouette 1991:46), donnera plus de visibilité au Nid de l’Aigle.

Comme on l’illustre dans le Le Soleil du 28 septembre 1956, le pavillon des fauves a été inauguré la veille, la Société zoologique célébrant à cette occasion son jubilé d’argent. Ajoutant à cette célébration, Le Soleil du 29 septembre souligne dans son éditorial que le Jardin zoologique est « une institution qui fait la fierté de tous les Québécois », en rappelant que Québec est la seule ville du pays à posséder le jar­din zoologique le plus complet, unique en son genre.


1958 : Le Nid est un monument

Stèle Carl Von Linné
Patric A. 2013
Yelp – Photos pour Parc des Moulins

De gauche à droite, Me C.-A. Leclerc président de la Société Linnéenne, le Dr Georges Gauthier président la la Société Zoologique et M. L.-A. Richard sous-ministre de la Chasse et de la Pêche.
BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
L’Action catholique, vendredi 21 juin 1958, page7

D’où vinrent les sauvages?
Marius Barbeau 1933
BAnQ – La Presse 8 juillet 1932

Le Nid de l’Aigle est tout de même pris en estime par la Société zoologique, un monument du jardin, comme on le rapporte dans l’Action catholique et Le Soleil du 20 juin 1958 lors du dévoilement d’une stèle honorant Charles Linné. M. Georges Gauthier, président de la société, avant de résumer l’histoire des autres monuments, cite le Nid en premier.

En premier lieu je signalerai celui qui a été érigé à la mémoire des premiers habitants du pays, les innombrables peuplades paléo-américaines. C’est le totem du « Nid de l’Aigle » qui fut planté dans un coin du Jardin en juin 1933.

Remarquez qu’on vient de forger un nouvel euphémisme pour désigner le peuple des Premières Nations : Les « peuplades paléo-américaines ». Si on se rappelle, à cette époque on les désignait souvent comme des « sauvages ». L’article de Marius Barbeau dans La Presse du 8 juillet 1933, publié à l’arrivée du Nid de l’Aigle à Charlesbourg, en fait foi.


Un héritage architectural reconnu

Photo aérienne du jardin – 3 novembre 1961
Négatif original à retracer – SZQ 4762
1991 Cayouette Raymond – Notes historiques sur le jardin

L’examen de l’évolution de l’aménagement paysager aux alentours du Nid a démontré comment s’est développé l’axe principal du centre du jardin : du nord au sud en ce qui a trait au Nid de l’Aigle et au bassin des otaries, et d’est en ouest en ce qui a trait aux volières et au pavillon des fauves, notamment.

Si vous agrandissez cette photo aérienne de 1961, elle démontre bien comment les attractions du parc se sont développées sur plus de 25 ans, en comparaison de ce qu’on aperçoit sur la vue aérienne de 1937 au début de cette note. On aperçoit très bien le quadrillé du jardin central et ses deux axes qui ont remplacé le grand champ vide des origines.

Sur l’axe principal, on aperçoit le bassin des otaries au sud et l’étang du totem au nord. Sur l’axe ouest-est, on aperçoit les deux grands bâtiments qui se font face et se distinguent avec leurs toits à pignons, le pavillon des fauves à l’ouest et la grange dissimulée derrière les arbres à l’est.

Il semble que les grandes idées sur l’architecture du jardin soient peu connues du public, parce qu’elles datent de près d’un siècle. Pourtant, des voix reconnues se sont fait entendre juste avant qu’on ne décide de rénover le Jardin à grands frais en reniant une partie de son patrimoine architectural. Il suffit de redescendre la ligne du temps pour constater leur importance.


Cours d’eau et pont en pierre, Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg
Marius Barbeau 1932
Musée canadien de l’histoire
MCH 76395

BAnQPatrimoine québécois Revues et journaux
Le Soleil du 30 décembre 2005

En décembre 2005, un commentaire dans Le Soleil reproduit la lettre de Richard Fiset, alors président de l’Association des archéologues du Québec, adressée au ministre responsable de la Capitale Nationale.

En rappelant les impératifs économiques du temps de la crise des années 1930 où le jardin du construit, il rapporte une conversation ayant lieu en septembre 1932 entre L.-A. Richard et Marius Barbeau, qui était venu l’appuyer dans son projet de jardin, en plus de l’avoir aidé à acquérir le Nid de l’Aigle afin de lui ajouter un attrait de plus. C’était juste après le premier été où le public intrigué par le chantier avait été invité à visiter ce vaste chantier.

En retrouvant la source de cette conversation dans La Presse du 18 mars 1933, apparait enfin cette fameuse question que Richard avait adressé à Barbeau. « Et le poteau totémique que vous venez d’acheter pour la Société zoologique, où voulez vous que nous le plantions? » La réponse de Barbeau allait devenir un argumentaire qui serait repris dans plusieurs articles qui paraitraient les années suivantes, dans les revues et journaux; cette première source permet bien de comprendre comment le mât devint le symbole de l’âme nationale, bien malgré lui.


Richard Fiset ne néglige pas d’ajouter un éclairage intéressant sur la valeur patrimoniale du site, à titre d’archéologue.

Le zoo devrait être protégé comme un bien patrimo­nial. un symbole qu’on pourrait sauver en re­tournant à son inspiration initiale, tout en conservant les acquis. En outre, la mission du zoo se prête bien à la pro­tection des ressources archéologiques qui s’y trouvent, car le secteur englobe des sites de mou­lins dont les plus anciens remontent au XVIIIe siè­cle. Ces éléments patrimoniaux font d’ailleurs l’objet d’une étude de classement au ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Effectivement, des travaux archéologiques son annoncés dans Le Soleil du 23 septembre 1981. Menés par le chantier-école du Collège François-Xavier-Garneau, on annonce la présentation des résultats dans l’édition du 29 avril 1982, lors de la tenue d’un atelier organisé pendant la semaine des sciences.

On en constate la teneur sur un site de la Ville de Québec traitant de l’histoire du Parc des Moulins. Cependant, on ne retrouve pas encore les moulins identifiés lors de ces fouilles dans l’inventaire du ministère de la Culture et des Communications semble-t-il.


BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le Soleil, 7 juillet 1990, page E3

En juillet 1990, Luc Nopen, directeur des partenariats de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, affirmait dans Le Soleil que le Jardin zoologique, c’est un « parc d’architecture ». Il reconnaissait d’autant plus la contribution de Marius Barbeau qui avait déjà envisagé la création d’un axe central intégrant habilement une oeuvre d’art à un parc urbain.

Le parc est organisé autour d’un axe central dominé par un totem indien. C’est là une sugges­tion de Marius Barbeau, conserva­teur du Musee de l’homme à Otta­wa et grand connaisseur de l’art des Amérindiens de la côte ouest du Canada.


BAnQ
Patrimoine québécois
Revues et journaux
L’Action catholique, 19 août 1956

Nopen reprend en fait le propos de Louis-Philippe Audet, publié dans L’Action catholique en août 1956 lors du du 25e anniversaire du jardin, dressant un bilan des travaux accomplis sous la direction du grand architecte du jardin, Sylvio Brassard.

Il importe de noter ici que la bâtisse des Lions, que l’on vient d’inaugurer, fait le pendant de ces quartiers d’hiver, contribuant ainsi a parachever le plan ini­tial de la décoration du centre du jardin dont l’axe principal est constitué par le mât totémique et le bassin des Otaries.

Nopen et Audet confirment ainsi l’importance du Nid de l’Aigle en tant qu’élément structurant de l’aménagement paysager du jardin central.


BAnQ
Patrimoine québécois
Revues et journaux
L’Action catholique, 15 juin 1947

En juin 1947, lors du 15e anniversaire de la Société Zoologique, L.-A. Richard résume dans L’Action catholique les premiers pas de l’aménagement paysager du nouveau parc. Il rappelle avec quel soin les dirigeants du comité du Jardin font appel à des spécialistes pour valider leur plan initial, dont les artistes paysagistes du gouvernement et ceux du Parc des Champs de Bataille qui furent mis à contribution; mais cela ne suffit pas.

En temps de crise, on doit fait preuve de rigueur budgétaire. On met de côté la soumission de la Société Hagembeck d’Allemagne qui avait cons­truit plusieurs des beaux jardins zoologiques de l’Europe, en raison des coûts prohibitifs qui auraient englouti une partie importante du budget. On fait plutôt appel à des voisins américains, la Société Zoologique de New-York qui envoie à ses frais son directeur, le docteur W. Reid Blair, qui évaluera avec les membres du comité les différents plans d’un chantier en devenir et les trouvera tout à fait adéquats.


BAnQ
Patrimoine québécois
Revues et journaux
L’Action catholique 28 octobre 1945

En octobre 1945, l’architecture du jardin Sylvio Brassard, souligne dans L’Action catholique que « dans toutes les autres constructions existantes comme dans tout projet nouveau, c’est le voeu des directeurs de la Société que l’inspiration vienne de notre ancienne architecture pour qu’avec le temps, le Jardin présente l’aspect d’un village, d’un petit coin bien caractéristique et typique de l’art canadien ».


Il nous reste à revenir aux origines, alors que le jardin est tout jeune encore et qu’il a peine reçu une première vague de visites.

En décembre 1933, Richard publie le premier article d’importance sur le Jardin dans Le Canada-Français, dans lequel il expose clairement sa vision : « on peut y admirer, dans le meilleur style de notre architecture nationale, la reconstitution embryonnaire d’un village canadien-français, du temps où les boîtes à l’américaine et les escaliers en tire-bouchon étaient encore inconnus chez nous ». Démontrant une fibre nationaliste, il ajoute une remarque tout à fait intéressante, qui peut encore nous faire réfléchir, plus de trois-quarts de siècle plus tard.

Ceux qui ont conservé le souci de l’esthétique peuvent, par comparaison, se rendre compte du mal que l’influence américaine nous a causé et se demander si, avant de refranciser notre Québec, il n’y aurait pas lieu tout simplement de le désaméricaniser. Au seul point de vue des réflexions utiles qu’il peut inspirer en matière d’architecture, le Jardin Zoologique justifie déjà l’heureuse initiative de MM. Laferté et Dupré.

Voilà une belle perle à ajouter à nos considérations sur le patrimoine bâti et l’aménagement paysager. La question qu’on peut maintenant se poser aujourd’hui : a-t-on pris tant de soin à penser ainsi l’aménagement du nouveau jardin, qui sera un lamentable échec, après avoir gaspillé des millions? Nous y reviendrons dans une note à paraître.


En attendant, avec tout cet investissements dans les travaux paysagers, on fera un autre tour d’histoire : il faut créer de l’affluence sur les lieux, et là encore, la Société zoologique aura fait ses devoirs.

Prochaine note - au courant de septembre

1934-1959 - On couvrira cette fois un quart de siècle où on parlera du Nid à travers tous les médias, pour tenter de répondre à une question fondamentale. Est-ce qu'on finira par comprendre son histoire culturelle et les légendes de ses emblèmes? Ou restera-t-on devant une oeuvre d'art muette?

Mises à jour

  • 2019-09-06 – Refonte de l’article – ajout d’une section sur l’héritage architectural.
  • 2019-10-05 – Remplacement de la photo d’archives dans la section Promenade devant le Nid

1967-2007 – Vents d’Ouest

Photo d’archives mise en avant

Pavillon des Indiens du Canada – 1967
Archives de la Ville de Montréal – VM97-Y_1P208

NOTE 11

Découvrons comment cette série de notes à propos du totem le Nid de l'Aigle a débuté par coïncidence. Voici quelques souvenirs personnels se cachant derrière une histoire en devenir.

Deux moments d’art totémique

Pavillon du Canada (Katimavik et Arbre des Canadiens)
Collection personnelle de Roger Laroche 1967
Ouvrir original dans Mémoire des Montréalais

Un lecteur de cette série de notes me posait cette question très pertinente : « Qu’est-ce qui motive votre recherche sur le Nid de l’Aigle? » Il est toujours agréable de se faire poser de telles questions, surtout quand on a déjà une note en chantier pour y répondre rapidement, mais parfois on se fait devancer. J’écris ici à la première personne, ce que j’ai tenté d’éviter dans les notes précédentes, le temps de prendre une pause afin de répondre plus personnellement.


Fac-similé – Partie de l’ile Notre-Dame – Plan souvenir officiel Expo 67
Éditions Maclean Hunter 1967
Collection personnelle de l’auteur

La photo du pavillon des Indiens du Canada [414] mise en avant nous ramène à Expo 67, il y plus de cinquante ans; j’avais treize ans. Remarquez le mât en arrière plan. Il voisinait également le pavillon du Canada [406] reconnu facilement par sa pyramide inversée Katimavik (lieu de rencontre en Inuktitut).

C’est en 2007, pour le 40e anniversaire d’Expo 67, que le totem Kwakiutl du parc Jean-Drapeau est restauré par Stanley Clifford Hunt. Il est le fils d’Henry Hunt, qui avait sculpté ce mât d’une hauteur de 21,3 mètres. Une rencontre personnelle avec les membres de cette famille allait alors changer mon destin, sans que je le sache encore, à ce moment.



C’est un peu plus tard dans l’année qu’un élément de coïncidence allait se présenter, illustré par ces deux photographies éloignées de 12 ans, chacune capturant un moment précis de l’existence d’un mât totémique, un à Montréal et l’autre à Québec. C’est tout récemment qu’est apparue cette idée de les présenter en regard, une sous l’autre, comme deux moments bien différents du cycle de vie d’une oeuvre d’art totémique: un travail de restauration en haut, le résultat d’un démantèlement en bas.

Aujourd’hui, une question me revient sans cesse. En dépit d’un rapport d’expertise rédigé en 1990, cinq ans avant ce « démantèlement » du Nid de L’Aigle, aurait-il été possible de trouver une autre avenue pour le conserver, quitte à l’entreposer et à réfléchir, comme on a su le faire pour les mâts Nisga’a conservés au Museum of Anthropology (MOA) de Vancouver et au Musée royal de l’Ontario (ROM) à Toronto?

Si on ne connaissait pas l’histoire de ces deux photos, elles auraient vraiment l’air similaires, comme dans ce jeu qu’on voit souvent dans les journaux. Identifiez les différences!


1967-2007 – Restauration du mât Kwakiutl

Le génie du lieu – Affiche commémorative
Atelier Chinotto – 2008
Voir l’original sur archive.org

Comme les mâts totémiques sont un élément se profilant fréquemment dans le paysage de la Côte Nord-Ouest, nous avons rarement l’occasion de les observer grandeur nature dans leurs lieux d’origine. Ce mât kwakiutl qui domine l’horizon au-dessus de l’île Notre-Dame dans le parc Jean-Drapeau, je le voyais de temps en temps lors de mes marches dans le parc, mais sans y penser plus.


Bilan 2005-2006 Ville de Montréal page 34
Lire dans BAnQ Patrimoine québécois / Revue et journaux

Soucieuse de la qualité culturelle du cadre de vie, dont la présence du patrimoine urbain, la Ville de Montréal prévoit déjà son plan de mise en oeuvre pour 2007 dans son Bilan 2005-2006. Il faut célébrer le quarantième anniversaire de l’exposition universelle Terre des Hommes.


Face-similé
Procès-verbal
Ville de Montréal
25 avril 2077
Lire le document original

Suivant ces prévisions, le Service de l’art public de la ville de Montréal se fait octroyer un budget de plus de 160 000 $ en avril 2007 afin de restaurer le mât Kwakiutl, autant pour son apparence que pour sa structure. On annonce cette activité dans La Presse du 6 juillet. On planifie même une cérémonie d’élévation en septembre 2007.

Oui, une cérémonie d’élévation après l’avoir couché pour le restaurer, pour respecter la coutume, une cérémonie à laquelle le Nid de l’Aigle n’eut jamais eu droit à Charlesbourg, comme le fait remarquer M. Cayouette dans son article Le Totem du Nid de l’Aigle.

Attiré par ce projet de restauration, je me rends à quelques reprises sur le site de l’ancien pavillon des Indiens du Canada pour observer le travail minutieux des sculpteurs. C’est à ce moment que j’ai eu le privilège de rencontrer la famille Hunt. Pouvant enfin observer de près le mât étendu, l’esthétique des emblèmes se succédant sur ce tronc gigantesque m’a fasciné. La Ville de Montréal a d’ailleurs profité de cette occasion pour faire créer une affiche commémorative intitulée Le génie du lieu, mais le génie c’est aussi celui des sculpteurs à l’oeuvre.

On m’accueille cordialement, même si on doit avant tout se concentrer sur un travail minutieux. Les membres de la famille prennent bien soin de cette ancestrale bille de cèdre rouge de Colombie-Britannique. Dans les traditions kwakiutl, les mâts totémiques sont une affaire de famille, de prestige et de fierté.

« We are number one » clame spontanément un des deux fils, se substituant à son père pour répondre à une de mes questions ayant trait à la maxime qui devrait figurer à l’honneur sur le panneau d’interprétation… Dans l’espoir de leur faire plaisir et d’être courtois, je leur dis que nous en avons un à Québec. Je leur promets de revenir avec des photos, mais sans savoir ce qui m’attendait…


Ballade dans un jardin disparu

Mât totémique « Le nid de l’Aigle », au Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg
Marius Barbeau – 1954
Ouvrir la fiche d’archive MCH 2004-456

Originaire de la région de Québec et me rappelant du mât du Jardin zoologique, ces échanges avec les Hunt m’incitent à m’interroger sur ses origines, d’autant plus que celui-ci a toujours été l’emblème de ce magnifique lieu de conservation de la faune et de la flore. C’est l’appareil photo en bandoulière que je retourne à Québec…

Je me pointe sur les lieux ; « Je vais photographier le gros totem du zoo », me dis-je avec enthousiasme ! Ces retrouvailles seront très intéressantes. Je suis conscient qu’on ne peut plus visiter le Jardin zoologique depuis sa fermeture en mars 2006 – on en a parlé jusqu’à Montréal. 


Le moulin à vent au parc zoologique de Charlesbourg Omer Beaudoin 1952
BAnQ – Collection patrimoine québécois – Images – E6,S7,SS1,P91405

Mais il y a désormais un nouvel accès au Parc des Moulins, inauguré six mois plus tard ! Ça devrait permettre d’approcher ce géant de mon enfance et de rapporter quelques photographies afin de répondre aux questions de Stanley Clifford Hunt, ce qui l’aiderait probablement à m’aider pour identifier les origines de ce mât totémique que je ne connaissais pas à l’époque.

Venant de constater que le mât totémique de Montréal avait subi les ravages irréversibles du temps, celui de Québec souffrait probablement aussi de son âge, après tout. Mais cette visite fut une amère déception : l’étang devant lequel est planté le mât totémique est au-delà des limites de ce nouveau parc, ce sera pour une prochaine fois, me dis-je.

Mais je découvrirai à mon retour à Montréal que je ne suivais pas tellement l’actualité puisque le mât avait été démantelé en 1995. Je demeurais à Québec encore à ce moment, mais j’avais la tête sans doute trop remplie par un projet de migration à Windows 95 au siège social d’une grande papetière, ironiquement une compagnie spécialisée dans l’abattage du bois de pulpe et la fabrication de papier journal, dont je n’étais pas consommateur semble-t-il, pour que cette nouvelle m’échappe.


Charade 1 : À qui appartient ce zèbre?

Salle des archives du Musée des Beaux-Arts de l’Ontario (MBAO)
Claude Lanouette 1 juin 2019

Cela fait de nombreuses années que je fouille sur le web et plus récemment depuis l’automne 2018 dans des contenants d’archives à BAnQ au pavillon Casault à l’Université Laval, plus récemment à Toronto aux archives de la Ontario Art Galery (AGO) et du Royal Ontario Museum (ROM). Mon voisinage, mon réseau amical et ma famille sont très patients, imaginez le sujet de mes conversations… Ah? Non, il est parti aux archives. Ça les repose un peu!


Fac-similé
Guide du jardin zoologique 1966
Société Zoologique de Québec
BAnQ P625

Fouiller dans des contenants bien catalogués est le pain quotidien, c’est normal. Mais permettez moi d’ajouter aussi un principe de proximité. Avancez ou reculez de quelques dossiers et vous tombez sur du matériel documentaire inattendu, que vous ne cherchiez pas initialement; ça devient une nouvelle piste, dans certains cas.

Ma soeur devant son mur psycho-pop!
Collection personnelle de l’auteur

Par exemple, en retrouvant le gros zèbre sur fond zébré du Guide du Jardin zoologique de Québec, dans un contenant d’archives de BAnQ, voilà que cela me plonge sans avertissement dans un souvenir familial des années folles de l’Expo 67. Tout était psychédélique et pop, les signes de cette nouvelle culture hippie culminant pendant Woodstock en 1969. Même le papier peint de notre maison de banlieue reflétait cela!


Comme nous ne demeurions pas loin du jardin, on s’y rendait de temps à autre, mais le souvenir du totem était encore vague. J’aurais dû conserver mon exemplaire du guide, mais on ne connaît pas l’avenir!

C’est pendant ce voyage de retour à Montréal que je devrai effectivement commencer à jouer au chercheur dilettante pour comprendre ce qui s’était passé avec ce fameux totem. C’est comme si je devais jouer à cette populaire charade À qui appartient le zèbre, qui ne peut se résoudre qu’en traitant méthodiquement tous les indices. Je devais faire la même chose avec le Nid de l’Aigle, pour comprendre pourquoi il est disparu. Et encore pire, apprendre qu’il s’appelait ainsi, car je ne le savais même pas.

En 2007 je partais de zéro, pour ainsi dire, et encore aujourd’hui je n’ai pas trouvé tous les morceaux et résolu entièrement l’énigme de la disparition du Nid de l’Aigle. C’est ce que nous tentons de faire avec cette série de notes : jongler avec des inconnues et replacer les pièces d’un immense puzzle que peu de personnes ont eu la patience de reconstruire. Beaucoup de matériel inédit, de documents textuels et iconographiques n’ont pas été vus du public, tirés d’archives numériques et de contenants de fonds d’archives que j’apprend encore à explorer.


Fac-similé
La Presse du 27 octobre 1984
Supplément La semaine des sciences
Ouvrir dans BAnQ

Au moment de retourner à Montréal, pendant que la famille Hunt était encore sur les lieux, et après avoir envoyé quelques courriels, presque aléatoirement, pour tenter de comprendre cette disparition, on me confirme que le mât présent sur ce site depuis 1933 a été abattu en 1995. Zut!

Le temps court, le départ des Hunt me presse, je n’aurai pas le temps de leur fournir une réponse suffisamment intelligente, et je ne pourrai m’excuser auprès d’eux pour une erreur qui me semble irréparable. Aujourd’hui, avec une certain recul, je pense par exemple à la destruction du cadeau de la Ville de Paris, qui était à Place de Paris – Regard sur l’histoire – et je peux croire que cet incident diplomatique est similaire. Mais la comparaison s’arrête là pour le moment.

Ainsi informé, je retrouve l’article paru le 3 mars 1995 dans Le Soleil et quelques articles associés. En 2007, les archives électroniques n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. J’entreprends une recherche sommaire afin d’établir les origines de ce mât, pour tenter de prendre connaissance des circonstances entourant son acquisition, son arrivée et son installation au jardin zoologique. Je remets un rapport insatisfaisant à une des personnes au courant de ce dossier; je me rends compte que j’ai bien du chemin à faire pour bien évaluer les faits.

Cette partie de mon aventure ne se termine pas tellement bien avec la famille Hunt, lorsque je leur apprends la nouvelle. Imaginez la tête qu’il font! Même si on ne doit pas tirer sur le messager, je ne suis plus à l’aise lors de mes visites subséquentes sur le site où s’effectue la restauration. J’aurais bien aimé participer à la cérémonie d’élévation, mais je ne reçois pas d’invitation, cela se comprend. J’ai surtout l’air d’un ignorant en matière de culture autochtone à ce moment, mes cours en ethnologie de l’Amérique ne m’ont pas préparé à une telle situation. J’en ai pris mon parti et j’ai continué à réfléchir à cette question de la disparition pendant plus de dix ans. J’ai repris le collier en novembre 2018 et en voici le résultat.


Une partie de la trentaine de contenants de fonds d’archives examinés à BanQ Québec
Claude Lanouette 15 novembre 2018

Cela aura été une recherche en dilettante, étant trop occupé par ma profession pour y consacrer suffisamment de temps afin de vraiment éclaircir les origines du Nid et les décisions administratives ayant conduit à son démantèlement. En résumé, depuis plus de dix ans, je parcours les archives numériques et les contenants de papiers. Et pour vous donner une idée de ce qui s’en vient, nous verrons bientôt que dès 1990 on a songé à restaurer le Nid, puis à l’automne 1994 le vent a tourné et on a décidé de mettre fin à ce projet.

Le ministère opérant le jardin avait accordé un budget de 5 000 $ pour le démanteler… « Cinq mille piastres! ». Bien peu d’argent et d’efforts pour tenter de le mettre à l’abri, comme on le verra. Étant à la retraite, j’ai décidé de publier mes notes – ce n’est pas encore un mémoire, mais il y a d’autres projets pour approfondir cette première recherche et potentiellement laisser d’autres personnes fournir de l’information pour élucider les questions en suspens.

Pour donner un aperçu du travail en cours, la note couvrant la période 1990-1995 de cette histoire est en rédaction. Intitulée temporairement « Le déclin du Totem », on y verra des extraits de correspondances provenant de ministères, de compte-rendus de réunions de différents comités, mais ils seront caviardés. Une recherche en histoire n’est pas destinée à accuser ni démasquer des individus ni à ternir des réputations. Ce sont des fonctionnaires en poste et des personnes ayant la capacité de prendre des décisions administratives en réunion dans des organismes de gestion. Quant aux décisions publiées dans les médias, je n’y puis rien.

Considérons ces notes comme une première version de travail permettant éventuellement de bien rétablir les faits.


Retour sur le Pavillon des Indiens

Il n’est pas possible de terminer cette note sans revenir sur quelques souvenirs personnels retrouvés très récemment et les assortir également à ce qui a été dit sur le pavillon des Indiens du Canada. En plus, comme on le verra, Montréal peut être fière de ses 2 mâts Kwakiutl.


1967 – Expo 67 est un virage vers la technologie


Reculons de 50 ans, à la fête du centenaire de la Confédération. En fouillant dans la boite de diapositives grand format 6 x 6 prises par mon père, j’ai retrouvé ces deux instantanés. Aurais-je imaginé que ce mémento apparaisse sur une note de recherche éditée sur un ordinateur portable 50 ans plus tard et dont le brouillon est souvent relu sur une tablette?

Bien des souvenirs on refait surface en écrivant ceci, dont ce voyage en autobus scolaire avec les élèves de ma classe, alors que ma mère avait eu cette magnifique idée de glisser une banane très mûre – trop mûre – dans mon sac de voyage tout neuf à l’effigie d’Expo 67, bien sûr. Sa prévoyance s’avéra désastreuse pour ce beau guide officiel de l’Expo 67 que j’avais lu tant et tant de fois en rêvant de ce voyage. Non, il ne sent plus la banane, mais ceci nous mène tout droit à la page 183, au pavillon des Indiens du Canada.


Un mât totémique générique? Ça n’existe pas!

Fac-similé – Expo 67 Guide officiel – Les indiens du Canada – page 183
Collection personnelle de l’auteur

Pour créer l’atmosphère propre à un tel pavillon, l’on a fait appel au talent de peintres et de sculpteurs qui ont exprimé dans les éléments d’exposition l’idée d’un dialogue entre les lndiens et leurs concitoyens canadiens et aussi entre les lndiens et les autres peuples de la Terre des Hommes. Les difficultés que les plus anciens des Canadiens rencontrent dans le monde moderne sont ici l’objet d’une réflexion sur la volonté d’affirmer des valeurs que les ancêtres tenaient en haute estime.

Comme on le voit sur la page jaunie du guide officiel que je conserve depuis, cette esquisse de l’architecte J. W. Francis fait une belle place au mât totémique élevé à ce moment et restauré en 2007, 40 ans plus tard. On remarque que Francis utilise une représentation stéréotypée des mâts totémiques, dont le sommet est un aigle aux ailes déployées. C’est l’apparence habituelle des petits mâts qu’on retrouve dans les boutiques pour touristes.


Mother Earth and Her Children
[La Terre-Mère et ses enfants] 1967

Murale conçue pour le pavillon des Indiens du Canada – Œuvre détruite

Lire le livre en ligne
Norval Morrisseau. Sa vie et son oeuvre

En plus du mât totémique Kwakiutl qui continue de garder le site sur le défunt pavillon, l’exposition universelle fut une belle opportunité pour mettre en valeur les artistes autochtones. Prenons par exemple cet artiste anishinabé, qui est commémoré dans la collection de livres l’Institut de l’art canadien : « Norval Morrisseau. Sa vie et son oeuvre « . Tel qu’on le mentionne dans sa biographie, la création d’une murale extérieure pour le pavillon sera une dure épreuve.

Peu après son exposition au Musée du Québec, Morrisseau fera partie des neuf artistes autochtones invités à réaliser des œuvres pour le pavillon des Indiens du Canada d’Expo 67, à Montréal. Il conçoit une grande murale extérieure représentant des oursons allaités par la Terre-Mère, mais lorsque les organisateurs de l’événement expriment leurs préoccupations entourant cette image peu orthodoxe, Morrisseau décide d’abandonner le projet plutôt que d’en censurer le contenu. La murale sera modifiée et complétée par son ami, l’artiste Carl Ray (1943-1978).


Revue de la Société historique du Canada Vol. 17, No. 2, page 169
Lire l’article original
Erudit.org

On pourra dire que la représentation des autochtones aura été soumise à beaucoup d’analyses et de critiques, comme on peut le constater dans un des articles phares à ce sujet : “It’s Our Country”: First Nations’ Participation in the Indian Pavilion at Expo 67 publié dans la Revue de la Société historique du Canada en 2007, quarante ans après la tenue de l’événement. Retenons ce point essentiel du résumé.

[…] rien de permet d’affirmer que le pavillon Indiens du Canada – quel que soit le succès de scandale dont il a pu profiter – a eu une incidence durable sur les façonneurs d’opinion ou sur les décideurs. Par contre, l’expérience de construire, de gérer et de défendre le pavillon importait tout d’abord aux Premières nations elles-mêmes. Que ce soit une relation de cause à effet ou une coïncidence, la confiance et la fierté récemment découvertes qui étaient à la base de la création du pavillon indien concordaient tout à fait avec le comportement positif des dirigeants politiques autochtones de la fin des années 1960.

Avec ce que nous avons vu sur le Nid de l’Aigle à date, on peut se demander si l’acquisition des mâts totémiques n’est pas toujours entourée de controverses. Dans cet article, on mentionne également cet épisode où le ministère des Affaires indiennes décide de consulter un anthropologue, ce qui les conduit à retenir Bill Reid. Mais il rejette cette commande dans une lettre caustique dans laquelle il souligne qu’un mât « générique », tel que demandé par le ministère des Affaires indiennes (MAI), était impossible à réaliser, car les styles de mâts totémiques varient en fonction de la communauté d’origine du sculpteur. En fait, on tombe dans le même piège dans lequel est tombé l’architecte en dessinant son croquis, un mât stéréotypé.

Si vous embauchez un sculpteur haïda, vous obtenez un pôle haïda. Si vous embauchez un sculpteur kwakuitl, vous obtenez un pôle kwakuitl. Il n’y a pas de sculpteur tsimshian. Si vous voulez un bâtard, tirez vos propres conclusions.

Finalement, on retient les services de Henry et Tony Hunt, père et fils, pour sculpter un totem générique pour moins de la moitié du montant demandé par Reid. Ce sera donc un totem kwakiutl qui sera élevé près du pavillon.


Nos relations d’Ouest en Est

En avançant dans cette recherche, au fil des années, j’aurai appris à réfléchir un peu plus sur les relations entre les différentes cultures du Canada. Rappelons-nous du roman Les deux solitudes écrit par Hugh MacLennan en 1992, qui exposait de manière imagée les rapports tendus entre Canadiens francophones et anglophones du Canada; nous tentons encore d’en faire une relecture. Devrait-on plutôt penser qu’il y en a trois : Les anglophones, les francophones et les autochtones, qu’on a peine encore à appeler les Premières Nations?


Amalgame et juxtaposition des années 1930

1933 Campement « indien » sur le site du Jardin zoologique – circadiens 1933-34
Diapositive sous verre colorée manuellement
BAnQ Fonds P625,S44 Contenant 1960-01-600297

J’hésite moins aujourd’hui, après cette période de recherche, à me prononcer sur des aspects moins reluisants de l’histoire en empruntant des routes inédites, un licence que je m’accorde.

Par exemple, cette photo d’archives jette un regard inédit sur les années 1930, au moment où les Canadiens tentent de s’établir une identité, justement. Voici un bel exemple de notre imaginaire qui se matérialise au jardin zoologique de Charlesbourg. Il représente une juxtaposition inédite de trois cultures, d’un seul coup d’oeil : Un mât totémique Nisga’a de la côte ouest planté sur la gauche, un trio de tipis de l’est du pays et une maison ancestrale canadienne.

Pour remettre en contexte notre relation avec la culture autochtone dans les années 1930, revenons à une citation de l’abbé Albert Tessier du Séminaire des Trois-Rivière publiée dans le numéro de septembre de la revue L’enseignement primaire.

Et ce n ’est pas tout… À l ’extrémité du champ défriché, là-bas, sous les arbres denses, s’érigera un campement indien, et, tout à côté, un campement de bûcheron. De cette façon la vie des bois sera évoquée sous tous ses aspects et elle revivra de façon concrète pour le plus grand intérêt de milliers de gens qui ne la connaissent que par les livres.


Totem du Nid de l’Aigle à Gitiks
Ouvrir dans le site Anciens Villages et Totems Nisga’a

Dans cette citation, les « indiens » sont associés à la vie des bois vraisemblablement. Même aujourd’hui, nous devons apprivoiser les différences et les similitudes entre les groupes autochtones de deux aires culturelles distinctes à chaque extrémité du pays : la Région de la Côte Nord-Ouest où habitent près d’une dizaine de groupes, dont les Kwakiutl et les Nisga’a et la Région boréale subarctique où une vingtaine de groupes se retrouvent, tels les Huron-Wendat de la région de Québec et les Innu de la Côte-Nord.

Comme nous sommes habitués d’entendre des critiques sur les amalgames, cette association avec la vie des bois n’est pas surprenante, mais elle ne représente pas véritablement ce qu’était l’environnement initial du Nid de l’Aigle, comme on peut le constater dans la photographie prise par W.A. Newcombe en 1913, derrière une maison en planches, style typique d’habitation qu’on voyait sur les rives de la rivière Nass et de la rivière Skeena.


Art autochtone de l’Ouest à l’Est

Nous devons également considérer que les mâts totémiques sont avant tout une production artistique typique des autochtones de la Côte Nord-Ouest; leur sculpture et leur élévation ne fait pas partie des moyens d’expression artistique des groupes autochtones dans l’est du pays.


Même si Le Nid de l’Aigle est disparu, des mâts créés par des artistes Kwakiutl sont maintenant présents dans la région de Montréal. Depuis 1967, le Mât Kwakiutl sculpté Tony et Henry Hunt et dévoilé lors de l’Expo 67 fait partie de la collection d’art public de Montréal. Depuis 2017, le Mât totémique des orphelinats trône devant le Musée des Beaux-arts de Montréal. C’est une création de Charles Joseph entre 2014-2016. C’est la raison pour laquelle cette note est intitulée Vents d’Ouest.


Un second mât pour Montréal

Mât totémique des pensionnats
Charles Joseph – 2016-2017
Ouvrir la fiche descriptive
WikiCommons

Ce nouveau mât du paysage montréalais prend un sens important au niveau de l’histoire des relations entretenues entre le gouvernement canadien et les autochtones, comme on le démontre dans la fiche Wiki Commons qui le dépeint devant le musée.

Ce totem a été créé par l’artiste Charles Joseph de la nation kwakiutl de la Colombie-Britannique. Sa stature de plus de 21 mètres impose devant le pavillon Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Le dévoilement eut lieu le 3 mai 2017, dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. Nommé Mât totémique des pensionnats, l’œuvre fait partie d’un parcours de l’exposition La Balade de la Paix – un musée à ciel ouvert. Il rappelle les enfants autochtones qui ont été retirés de leurs familles et placés dans des pensionnats durant la période de 1820 jusqu’en 1996, une situation que l’auteur a lui-même vécu.

Il est intéressant de prendre note de l’ensemble du contenu de l’exposition Balade pour la paix, programmée pour le 375e anniversaire de Montréal, également. Voilà donc une leçon d’histoire qui s’exprime dans le talent artistique d’un sculpteur de l’autre bout du pays, un dévoilement spectaculaire que le BMAM annonce sur son site. Espérons que cette nouvelle merveille, qui subira les intempéries au fil de temps, saura être préservée aussi bien que celui de Terre des Hommes.


Charade 2 : Où est le Nid de l’Aigle?

Si nous conservons notre intérêt pour l’histoire du mât du Nid de l’Aigle, depuis de nombreuses années, c’est justement en découvrant que cette histoire débutant sur la Côte Nord-Ouest aura permis d’enrichir le paysage urbain d’un objet dont la valeur patrimoniale était sans doute inestimable. En tentant de comprendre comment on en sera arrivé à des décisions administratives qui ont résulté dans sa disparition, on se demande encore pourquoi une telle oeuvre d’art s’est volatilisée. Cela ne fait pas honneur à la région.

Comme le disait Raymond Cayouette, conservateur des oiseaux au Jardin Zoologique de Québec, « ce mât totémique a d’ailleurs une histoire fort étrange et il est au surplus l’un des trois parmi les plus hauts connus ». Nous étions en 1964. Mais à ce moment, on ne savait pas encore que la fin de son histoire le serait autant en mars 1995, et que des années plus tard, d’anciens membres de la Société zoologique de Québec expulsés des lieux en 1995 se poseraient la question suivante en 2006, comme on a pu retracer dans un des fonds d’Archive de BAnQ.


Fac-similé – Courriel du 27 mars 2006 – page 1 – expéditeurs et destinaires caviardés.
BAnQ – Fonds P625 -1992-09-002 /1

 Où est le Totem, monument donné à Société zoologique (sic); où l’avez-vous caché; nous n’osons croire que ce patrimoine soit détruit?

A moins d’une incompréhension ou d’une erreur au niveau de la rédaction, c’est la Société zoologique qui avait fait don du mât au Jardin zoologique en 1933, comme on l’a déjà vu. Ceci est un échantillon de ce qui s’en vient quand on abordera la période 1990 à 1995. Cette disparition a laissé des traces dans les archives de la BAnQ qui ne cachent rien, comme on le verra….

NOTE SUIVANTE

Le Nid de l'Aigle retient l'attention des médias pendant près de 50 ans; toujours quelque chose à dire sur lui… Mais quelqu'un tente de lui voler la vedette!

Aide à la recherche…

Pour explorer le thème de cette note, on peut se référer aux sources documentaires disponibles en ligne au moment de la publication.

Certains titres d’ouvrages provenant de archive.org peuvent être empruntés facilement en s’inscrivant avec son adresse courriel.

Révissions

  • 2019-07-21 – Ajout d’une discussion sur les mâts totémiques « génériques »
  • 2019-08-28 – Aération de la mise en page

1933 – Un totem pour l’été

Image d’archives mise en avant

Plan du jardin zoologique de Québec
Annexe au Guide du jardin zoologique de Québec 1934
BAnQ – Fonds P884, contenant 2007-02-01/90, dossier 18

NOTE 10

Examinons maintenant comment le Nid de l'Aigle a été sectionné en deux, hélé sur une barge et transporté en train d'ouest en est pour que le Nid soit arrivé à Charlesbourg pour l'été 1933. Il deviendra le nouveau symbole de fierté canadienne, trônant au nord de son étang.

1933-05-10 – Pour le plaisir et l’instruction

Dans l’article « Au Jardin zoologique », publié par Le Soleil, on annonce le don du mât au Jardin. Cette lettre expose bien les motifs de la Société zoologique; on sait que le totem s’en vient.


Le Soleil du 3 mai
BAnQ – Collection patrimoniale

Québec, le 3 mai 1933.

SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE QUÉBEC

Honorable Hector Laferté. C, R.
Ministre de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries,
Hôtel du gouvernement.
Québec, P. Q.

Mon cher ministre,

Grâce à un concours fort heureux de circonstances, la Société Zoologique de Québec est entrée en possession d’un des plus beaux totem poles de la Vallée de la Rivière Nass, en Colombie-Britannique. Ce poteau mesure près de 80 pieds de haut et les sculptures qui l’ornementent sont spécialement intéressantes. Il est connu là-bas sous le nom de totem de l’aigle et il raconte, dans son langage symbolique, l’histoire d ’une ancienne et importante famille indienne de la Nass. D’autre part, il dénote une habileté artistique peu ordinaire. Ce poteau totémique est maintenant en chemin et vous arrivera bientôt.

Notre Société, qui doit forcément en disposer en faveur d’un parc de la cité ou des environs, a pensé qu’il serait plus spécialement à sa place au Jardin Zoologique, et je suis chargé de venir vous l’offrir avec les hommages de la Société Zoologique de Québec. Il serait, nous semble-t-il, un attrait de plus à ajouter à tous ceux que le Jardin présentera pour le plaisir et l’instruction de notre population, une fois qu’il sera terminé.

Veuillez me croire,
Votre tout dévoué,
Charles Frémont, Président


C’est ainsi qu’on sait maintenant que le Nid de l’Aigle fera bientôt partie du paysage du jardin. Patience, il reste quelques travaux à faire avant les grandes annonces du 1er juillet.


En marche vers la province

Fac similé
Douzième séance du Comité du Jardin
BAnQ – Fonds P625

Le 12 mai 1933, deux jours après l’annonce faite dans Le Soleil, lors la douzième séance du Comité du Jardin, on fait la lecture de la lettre de Charles Frémont.


Dans une assemblée précédente, M. L.-A. Richard avait été autorisé par le bureau de la direction de négocier avec qui de droit, l’achat d’un Totem Pole au nom de la Société qui devait ensuite l’offrir au Jardin Zoologique de Québec. Le marché conclu et le Totem en marche vers la province, M. le président Frémont écrivait en ces termes à l’honorable Ministre :

Notre Société, qui doit forcément en disposer (Totem Pole), en faveur d’un parc de la cité ou des environs, a pensé qu’il serait plus spécialement à sa place au Jardin Zoologique et je suis chargé de venir vous l’offrir avec les hommages de la Société Zoologique de Québec. Il serait, nous semble-t-il, un attrait de plus à ajouter à tous ceux que le Jardin présentera pour le plaisir et l’instruction de notre population, une fois qu’il sera terminé.

Charles Frémont, président


On travaille sur le totem

Treizième séance du Comité du Jardin

Le 15 mai, lors de la treizième séance du Comité du Jardin on effectue du travail de planification; il reste beaucoup de pain sur la planche pour être en mesure d’accueillir le public au milieu de l’été.

On dresse « la liste des travaux à exécuter que les Directeurs de la Société ont jugé comme indispensables pour le printemps et que le comité étudiera à ses réunions hebdomadaires ».

Le travail sur le « totem pole » – comme on le nomme à l’époque – apparaît au numéro 12. Il implique la participation de M. Louis Chollet, paysagiste attitré du jardin et M. Marius Barbeau, ethnologue attitré au projet, pendant juin et juillet.

Après avoir été soumis au ballet bureaucratique de la correspondance et après avoir franchi les remous de l’Assemblée législative, dix-huit mois viennent de passer depuis la première lettre de Richard à Scott en novembre 1931. Le mât s’en vient enfin! Il faudra y effectuer les dernières retouches et le hisser avant que les visiteurs affluent.


On cible les jeunes naturalistes

Entête d’une des chronique dans la revue l’oiseau bleu
BAnQ – Patrimoine Québécois / Revues et journaux
L’Oiseau Bleu Août-Septembre 1938

Comme son désire attirer la foule, outre l’arrivée du Nid de l’Aigle, soulignons l’apport des Cercles des jeunes naturalistes, une clientèle cible qu’on encourage à venir explorer les lieux. Le sous-ministre L.-A. Richard les invite cordialement dans L’Action catholique du 20 mai, leur 62e chronique déjà. L’auteur le remercie ainsi : « Espérons que les Jeunes Naturalistes répondront nombreux à une invitation aussi bienveillante et se feront on devoir de profiter de cette occasion exceptionnelle d’étudier la nature hors du manuel scolaire »

Dans un résumé de l’oeuvre de Louis Philippe Audet paru dans Les cahiers des Dix no. 43, on rappelle que c’est « plus de six cents articles qu’il rédigea, de 1932 à 1964, pour le journal L’Action, articles qui constituent la chronique fidèle des activités des Cercles des jeunes naturalistes pour cette période. » On démarre effectivement leur publication dans L’Action Catholique du 31 mars 1932, ce qui coïncide avec l’ouverture de la première saison du jardin; on y parlera principalement de la faune et de la flore, et sporadiquement des attractions du jardin, dont le totem.


Un « trésor folklorique » à préserver

En 1964, Raymond Cayouette, responsable des volières et rédacteur des Carnets de zoologie, décrit l’arrivée du mât en mai 1933 dans son article Le Totem du Nid de l’Aigle. Nous n’avons pas retracé de document illustrant son élévation. Les deux photos d’archives suivantes donnent un aperçu d’une des techniques utilisées pour élever un mât afin d’assurer sa stabilité. Elles furent prises lors des travaux de restauration à Kitwanga, dont on a discuté précédemment.


Erecting totem pole No. 19
Bibliothèque et Archives Canada – Fonds CNR – 1926
BAC 3349321

Totem pole no. 19 looking northeast, showing the bottom of the new pole.
Kitwanga, B.C. Harlan I. Smith – July 29, 1925
Musée canadien de l’histoire
MCH 64327 LS

Ouvrons une parenthèse. La comparaison de l’information apparaissant dans chacune des fiches provenant de deux sources différentes démontre comment il est parfois difficile de disposer de tous les détails permettant de bien faire parler des photographies. C’est pourquoi il faut gérer méthodiquement ses sources documentaires et apprendre à utiliser différents fonds d’archives disséminés en Amérique et en Europe.

Par exemple, la première photo provient de Bibliothèque et Archives Canada, sans attribution d’auteur. La seconde provient du Musée canadien de l’histoire; on constate qu’elle est de Harlan I. Smith, cité par Cayouette, dans son explication de l’arrivée du mât.

Lorsqu’en 1933, on érigea le mât totémique au Jardin Zoologique il y eut sans doute moins d’apparat, mais on prit tout de même d’ultimes précautions pour préserver ce trésor folklorique. Le mât était venu par chemin de fer de Prince Rupert en Colombie, en deux morceaux, car on avait dû le sectionner pour le transport.

Fraîchement restauré sous la direction experte de monsieur Harlan I. Smith du Musée national, il était reçu à la fin de mai 1933 par monsieur Louis-Arthur Richard, principal fondateur du Jardin, le docteur Armand Brassard, directeur de l’institution et les directeurs de la Société Zoologique.

On dut le fixer à une poutre d’acier encastrée dans toute sa longueur et l’asseoir sur une base solide de béton de respectable dimension. Par crainte des foudres de l’Oiseau-tonnerre, on fixa au sommet du mât un paratonnerre, qui sans doute fut très utile par la suite!


Remarquez que Cayouette mentionne qu’il fut élevé avec moins d’apparat. Il fait probablement allusion à la cérémonie d’élévation tenue lors d’un potlatch. Comme il se réfère à des textes de Barbeau à la fin de son article, il est sans doute au courant du déroulement de ces cérémonies.

Deux lacunes importantes, souvent mentionnées par les conservateurs, allaient contribuer à fragiliser le mât: la poutre encastrée sur toute sa longueur et la séparation du mât en deux tronçons pour le transport. Ce furent deux portes grandes ouvertes à l’infiltration, conduisant plus facilement à la pourriture.

Traditionnellement, on creuse un grand trou et la partie du tronc qui n’est pas sculptée est enterrée dans un nid de roches. On illustre cette pratique en troisième page du meilleur article académique sur la conception des mâts totémiques : Making Northwest Coast Totem Poles, publié par le Centre Bill Reid de l’université Fraser en Colombie-Britannique.

Contrairement à ses deux cousins du ROM et du MOA conservés à l’intérieur, il fut exposé aux rudes intempéries du Québec, pendant plus de 60 ans. Le Nid avait également séjourné plus de 60 ans dans le climat particulièrement humide des tourbières de la Côte Nord-Ouest, ayant élevé dans les années 1870 pour une première partie de son existence. Même si les conditions optimales pour bien le conserver n’ont pas été mises en place, il aura été résistant, se rendant à un âge vénérable : plus de 120 ans…


Une tradition qui ne se perd pas

Totem Pole raising ceremony in Haida Gway – Paula Worthington 2017
Zen Seekers

Mais l’élévation des mâts est une tradition qui se perpétue sur la Côte Nord-Ouest, même si nous sommes relativement peu informés des pratiques culturelles de l’ouest dans l’est du pays. Une recherche sur Google permet de dénicher un nombre considérable d’articles traitant de ce sujet. Retenons ces quelques exemples contemporains.



Le troisième article explique pourquoi le gouvernement de la Colombie-Britannique dut faire amende honorable.

  • Une cérémonie, pour élever un mât totémique historique Haïda au parc provincial Peace Arch, a pour objectif de redresser un tort subi par trois groupes des Premières Nations de la Colombie-Britannique. Ce mât est une réplique d’un mât du village Haïda de Skedans, sculpté pour le Royal British Columbia Museum par Mungo Martin, sculpteur Kwakwaka’wakw renommé.
  • Il a été élevé devant le centre d’accueil du parc dans les années 1950, sur le territoire traditionnel de Semiahmoo près du poste-frontière. Lors de la reconstruction de ce centre, il y a dix ans, le mât avait été retiré sans préavis ni consultation. « Nous sommes tous concernés par ce qui s’est passé ici, il y a si longtemps, et nous sommes ici pour faire une réconciliation avec ce qui s’est passé », a déclaré la conseillère de Semiahmoo, Joanne Charles, lors de la cérémonie d’élévation du mât. « Le gouvernement provincial effectue maintenant ce travail pour redresser la situation. »
  • John Horgan, le premier ministre de la Colombie-Britannique, a présenté ses excuses pour le mauvais traitement accordé à un mât culturellement significatif. « Il n’y a pas eu de cérémonie au moment où le mât a été élevé pour la première fois. Il n’y a eu aucun respect quand le mât a été abattu et, au nom de la province de la Colombie-Britannique, je veux m’excuser auprès de toutes les personnes impliquées », a déclaré Horgan.

Le mât de la réconciliation
University of British Columbia 3 avril 2017
Ouvrir le plan du mât

1933-2009 – Fermons une boucle de l’histoire

Page d’accueil du site Anciens Village et mat totémiques Nisga’a
gingolx.ca

Après avoir lu l’article publié en 2018 par CBC, et en évoquant ce qui est survenu au Nid de l’Aigle en 1995, il est nécessaire de réfléchir à l’attitude que nous devons adopter suite au démantèlement du mât. Je déclarais plus haut que nous sommes peu informés des pratiques culturelles de l’ouest dans l’est du pays. Peut-on s’imaginer le contraire? L’ouest est-il aussi peu informé de ce qui se passe dans l’est?


Page web Nid de l’Aigle
gingolx.ca

En examinant la page dédiée au Nid de l’Aigle du site Anciens Village et Totems Nisga’a conçu en 2009 par le Gingolx Media Centre, on obtient la réponse.

Le totem Nid d’aigle était l’un des deux totems les plus hauts et les plus finement sculptés de la rivière Nass. Il avait été érigé au village de Gwinwoḵ, mais une inondation l’emporta en aval jusqu’à Git’iks, où il fut dressé à côté du totem de Sag̱aw̓een vers 1885. […] En 1932, le Jardin zoologique du Québec a acheté le totem du Nid d’aigle et l’a érigé sur son terrain près de la ville de Québec. On pense qu’il a été enlevé au cours des années 1990. (Le Jardin zoologique a fermé ses portes en 2006.)

Fermons maintenant cette boucle, s’étant étirée de 1933 à 2009, en nous demandant si une amende honorable doit être faite à la Nation Nisga’a, comme on en fait de plus en plus fréquemment dans le paysage interculturel canadien. Revenons au point d’origine de cette histoire, la première lettre de L.-A. Richard adressée à Douglas Campbell Scott, le 5 novembre 1931; on retourne dix-huit mois avant l’ouverture du Jardin.


Lettre de L.-A. Richard à D. C. Scott – 5 novembre 1931
Bibliothèque et archives nationales du Canada
BAC – Fonds 206458

Même à Québec, où dans les premiers jours de la Colonie, nos Indiens se mêlaient à un tel degré avec l’homme blanc, avons-nous un souvenir tel qu’un totem rappelant la civilisation plus avancée des Indiens de l’Ouest, je considère que c’est une grande lacune.

Laconiquement, Richard avait vu juste en parlant de la « civilisation plus avancée des Indiens de l’Ouest » où la perpétuation des traditions et le respect du patrimoine culturel persiste même de nos jours… nous y reviendrons…


Le Jardin sur la voie du succès

En juillet 1933, on peut retracer dans la collection Patrimoine québécois / Revues et journaux de BAnQ plus de vingt articles traitant du Jardin; son ouverture n’est pas passée inaperçue.


La Presse dame le pion au journal Le Soleil

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
La Presse, samedi 1er juillet, page 45

Transplanté
sur le
Saint-Laurent,
il a trempé
dans les
eaux salées
du Pacifique,
reliant ainsi
en
quelque sorte
nos
deux côtes
éloignées. 

Le 1er juillet, le journal La Presse dame le pion au journal Le Soleil par un reportage pleine page annonçant l’arrivée du Nid de l’Aigle dans la région de Québec. Barbeau explique d’où provient le totem et souligne les difficultés rencontrées pour l’obtenir parce qu’on considérait qu’il n’était pas à vendre.

Mon interprète, un métis habile et intelligent, expliqua de ma part au vieux Montagne qu’on lui faisait honneur en préférant son totem à tous les autres, qu’il était urgent de le placer dans un musée, où on le préserverait, et qu’il retirerait de sa transaction une jolie somme, à lui remise rubis sur l’ongle.

Le vénérable vieillard, dont les longs cheveux blancs tombaient sur ses épaules, ne pouvait pas nous comprendre. Son esprit était perdu dans les brumes de son grand âge. Lorsqu’il saisit enfin que je voulais acheter le monument érigé à la mémoire de ses ancêtres, il se souvint qu’on lui avait déjà fait une offre semblable. II me donnerait la même réponse.

Pour lui personne n’égalait ses ancêtres, cependant que Douglas, il en convint, était jadis le grand chef de tous les blancs; il fut un fameux commerçant de fourrures et le premier gouverneur de la Colombie anglaise. Voici la réponse de Montagne ‘‘Donnez-moi l’épitaphe de Douglas et Je vous donnerai le totem de mes grands oncles”.

 Inutile d’insister : sa décision était inébranlable. Je résolus donc d’attendre mon heure, qui ne semblait pas éloignée, vu son grand âge. En attendant, j’étudiai avec lui les traditions de son clan, un clan de l’Aigle, dont les migrations étaient l’objet de récits épiques. II se mit à me les dire et je constatai en lui un regain de vie qui monta jusqu’à l’ardeur. »

Le chef Montagne faisait référence à James Douglas, administrateur de la Hudson’s Bay Company et gouverneur de l’Île-de-Vancouver et de la colonie royale de Colombie-Britannique. Il est assez clair que Montagne n’apprécie guère les méfaits de la colonisation britannique.


Une expédition sur la Nass en 1927

Man of Mana
Marius Barbeau
Archive.org

Barbeau raconte son expédition sur la rivière Nass, de Arrandale jusqu’à ce qu’il appelle la ville du Lézard, nommée aujourd’hui Gitwinksihlkw. Entre ces deux endroits, il s’arrête au village abandonné de Gitiks où il voit le Nid de l’Aigle pour une première fois. D’autres sont passés avant lui; nous y reviendrons.

Il continue son itinéraire et redescend vers le sud en passant par Lava Lake, pour ensuite remonter la rivière Skeena, territoire de la Nation Gitksan; il se rend finalement à la Forteresse.

Une note reprenant ce voyage, accompagnée de la carte Barbeau au pays des totems, sera publiée à la fin d’août. La carte est un travail en progrès, déjà accessible en ligne. En plus de reproduire intégralement le récit publié dans le journal La Presse en juillet 1933, nous étudions actuellement la biographie Man of Mana, Marius Barbeau, publiée en 1995 par Laurence Nowry. Le récit de ce voyage sur la Nass raconté par son biographe, en conjonction avec l’article orignal, devraient permettre d’élucider certains aspects du processus d’acquisition du Nid de l’Aigle que nous dévoilerons au moment opportun.


Montagne n’est plus…

Le Nid de L’Aigle
Marius Barbeau
Le Soleil du 12 juin 1946.

Barbeau, à la fin de son article, nous fait part des circonstances tragiques qui lui ont finalement permis de conclure cette transaction commerciale. Il les rappelle également dans Le Soleil du 12 juin 1946.


Cependant la situation avait changé dans le clan de l’Aigle. Le vieux Montagne était mort à bout d’âge —celui qui m’avait demandé le monument de Douglas en échange de son totem. Ses héritiers ne partageant pas ses scrupules, me cédèrent, d’abord, l’Aigle volant, pour le Musée Royal de Toronto, et, plus tard, le Nid de l’Aigle, pour le parc de Québec.

Le Nid de l’Aigle, ce printemps, a fait le voyage de Prince Rupert à Québec; il a justement été restauré, sous la direction de M. Harlan I. Smith, du Musée national; et il vient d’être planté sur les hauteurs, près de Charlesbourg, par M. L.-A. Richard et son personnel. Dorénavant il sera un des traits distinctifs du nouveau parc provincial de zoologie, de botanique et de traditions nationales, à la Tournée-du-Moulin.


Ce qu’on rapporte sur l’état chancelant du chef Montagne au début de l’article, et sa mort à la fin, reflète les conditions étranges dans lesquels certains mâts furent acquis. Pourrait-on croire que ceci est de l’opportunisme?

Prestige et rivalité

Barbeau rappelle également que la rivalité entre les clans fait partie intégrante de la culture Nisga’a, soulignant que le clan de l’Aigle s’est établi sur la rivière Nass suite à une invasion. C’est une dimension politique de sa stratégie d’acquisition des mâts qu’il n’est pas possible d’ignorer. Il souhaite même que le prestige du clan de l’Aigle se reflète dans l’est du pays.


Le prestige du clan de l’Aigle ne fera qu’y gagner, dans Québec et l’Ontario. La foule des visiteurs, chaque année, admirera l’originalité de ses blasons et le génie de ses sculpteurs. Pourquoi les Loups s’obstineraient-ils plus longtemps à rester à l’écart, dans la lutte de suprématie, qui se prolonge au-delà de leurs frontières? Pourquoi ne céderaient-ils pas, à Québec, eux aussi, leur totem géant, qui reprendrait sa préséance sur les Aigles?

On vient d’en souffler un mot de ma part à l’oreille des chefs du Loup, et ils m’ont justement écrit une lettre se déclarant prêts à vendre leur totem pour cent piastres de plus que celui de l’Aigle. La différence du prix, croient-ils, réaffirmera l’irrévocable supériorité du Loup sur l’Aigle, chez eux et de par le monde!


Barbeau n’est pas effrayé par ces conflits, semble-t-il. Au contraire, il est avide et ambitieux, au point de souhaiter que le clan des Loups lui cède un autre mât! Il faut bien retenir cette histoire. Quand on examinera la période de 1990 à 1995, précédant le démantèlement du mât, on verra également que des rivalités similaires peuvent survenir dans notre propre culture, cette fois-ci entre un ministère gouvernemental et une organisation sans but lucratif.


1933-07-08 : Une semaine plus tard à Québec…


Un « totem pole »
authentique
des forêts isolées
des
Montagnes Rocheuses
que les connaisseurs
regardent
comme un superbe
spécimen
de l’art indien

L’article Un Totem pour Québec de Marius Barbeau, en quatrième page du supplément soulignant l’ouverture du Jardin zoologique en raconte un peu plus, dont la légende fondatrice du peuple Nisga’a. Plus facile à lire en ligne, une version révisée été publiée dans Le Canada Français de décembre 1940.

L’éditorial Au Jardin zoologique provincial fait l’éloge d’Hector Laferté en soulignant les différents aspects du projet dans lesquels il est intervenu. On mentionne également le projet de reproduction d’un ancien village canadien, on rappelle l’existence du zoo du Manoir Kent et on met en valeur la contribution du sous-ministre L.-A. Richard.


… Et Montréal rajoute son mot

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
La Presse, samedi 8 juillet 1933, page 48

How America Was First Peopled
Marius Barbeau
Scientific American
Août 1932 – pages 86-89
Article sur JSTOR

Le reportage D’où vinrent les sauvages du journal La Presse reprend une théorie élaborée par Barbeau dans son article « How America was Peopled », publié dans le Scientific American d’août 1932. Dans ces deux articles assez similaires, il fait part de sa conception de l’arrivée des autochtones en Amérique, en plus de l’arrivée des animaux. Il résume aussi les traits de la culture autochtone de la Côte Nord-Ouest.

Ce qui étonne, à la lecture de ce long article publié dans un grand quotidien, c’est le niveau d’érudition de Barbeau. Non seulement s’est-il intéressé à la culture de la Côte Nord-Ouest, mais en plus, il brosse un portrait fascinant du peuplement de l’Amérique à travers les grandes migrations ayant eu lieu des milliers d’années auparavant et permettant de faire comprendre que les Premières Nations étaient là bien avant l’arrivée des civilisations européennes. C’était sa façon de justifier son admiration pour les pratiques artistiques des autochtones à l’autre bout du pays. Plus de quatre-vingt ans après cette publication et malgré l’évolution de nos connaissances sur le peuplement des Amériques, plusieurs de ses vues s’avèrent encore applicables dans leurs grandes lignes.


Troisième trimestre 1933 : La route du succès

Vue de la route du Parc des Laurentides
Ministère de la voirie, rapport 1935, page 11
Bibliothèque Assemblée Nationale du Québec

Le Jardin zoologique devient un point focal du tourisme dans la région de Québec. On projette accueillir 100 000 visiteurs à la fin août.


Juillet

Comme la radio captive l’auditoire de la province dans les années 1930, on diffuse périodiquement des causeries en direct. Elles sont animées par des membres de la Société zoologique. Par exemple, on publie le compte-rendu de celle donnée par le docteur R. Rajotte, dans l’édition du lundi 17 juillet.

  • Le 20 juillet, on invite un groupe visiteurs de l’hôtel de ville, dont le maire Lavigueur.
  • Le 26 juillet, on annonce fièrement que le jardin a reçu 35 000 visiteurs.

Arrivée de l’Aviso colonial D’Entrecasteaux à Québec le 28 juillet 1933
alabordache.fr

Fac-similé – Le Soleil du 28 juillet page 3
Ouvrir dans BAnQ – Collection Patrimoine québécois / Revues et journaux

Le 28 juillet sera l’événement le plus remarquable pour les membres de la Société Zoologique. Le jardin accueille de la visite prestigieuse! M. René Turck, le nouveau consul général de France au Canada, arrive par le train du Pacifique Canadien le 27 juillet, tandis que le croiseur français D’Entrecasteaux arrive le 28 devant la Citadelle, en saluant la ville de 21 coups de canon.


Fac-similé – Le Soleil du 1er août page 3
Ouvrir l’article original sur le site de BAnQ
Patrimoine québécois / Revues et journaux

Un programme de réceptions et de divertissements s’enchaîne pour les marins et sous-officiers du croiseur. Le vendredi et le lendemain, deux groupes auront droit à une promenade en autobus à Charlesbourg, au Jardin Zoologique. Samedi soir, on tient un banquet chez Kerhulu, sous les auspices de la Société Française de Bienfaisance, offert au Consul Général de France, au Commandant du D’Entrecasteaux et à son État-Major. Enfin le lundi, en après- midi, la Société zoologique de Charlesbourg donne une réception au jardin pour les officiers de bord.


Août

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le samedi, 5 août 1933, page 10

  • Le 1er août, voici les visiteurs heureux devant la maison canadienne du jardin – si vous ouvrez la page en ligne, vous verrez aussi ces nombreux marins photographiés dans un champ!
  • Le 5 août, on souligne l’inauguration du Jardin Zoologique en même temps que celle du nouveau Musée Provincial sur les Plaines d’Abraham; remarquez que le moulin est encore entouré d’un échafaudage, ce qui indique que le jardin est un chantier en progrès!
  • Le 10 août, on annonce 50 000 visiteurs et on parle déjà d’élargir la route.
  • Le 31 août, on prédit 100 000 visites au Jardin.

Fac-similé – Le Soleil du 25 août page 4
Ouvrir dans BAnQ – Collection Patrimoine québécois / Revue et journaux

Pour revenir sur les causeries, on publie le 25 août l’intégralité de celle donnée par Edgar Rochette, vice-président de la Société de zoologie, qui retrace toute l’histoire du jardin. On y souligne notamment pourquoi la Société zoologique est née.

De plus, vu qu’à la différence des organisations du même genre notre Jardin Zoologique était propriété gouvernementale, il fut trouvé nécessaire d’y adjoindre un autre corps pour faire rayonner mieux par toute la Province son oeuvre éducationnelle, pour assurer sa vie interne et externe, pour consolider et compléter son objet scientifique et. enfin, pour s’occuper des menus détails de la vie journalière. C’est alors qu’est née la Société Zoologique de Québec [en juin 1932].


Septembre

Le 6 septembre, le Club Automobile suggère un élargissement de la route menant au jardin et le 29 septembre on confirme la réalisation de ce projet.

En consultant le rapport annuel du ministère de la Voirie, on constate effectivement que les ententes entre le gouvernement du Dominion et le gouvernement de la province permettent d’engager des travailleurs provenant des endroits où le chômage est particulièrement élevé. On les envoie notamment dans le parc des Laurentides.

Le jardin drainant un grand nombre de visiteurs, le ministère de la Voirie fera élargir à 66 pieds la route de Charlesbourg qui conduit à Notre-Dame-des-Laurentides en passant devant le jardin. Des arpenteurs sont déjà sur les lieux et on commencera les travaux d’élargissement dès qu’Ottawa les aura approuvés.


Groupe de Chômeurs – Camp numéro 9
Ministère de la voirie, rapport de 1933, page 68
Bibliothèque Assemblée Nationale du Québec

Groupe de Chômeurs – Camp numéro 7
Ministère de la voirie, rapport de 1933, page 197
Bibliothèque Assemblée Nationale du Québec

Simultanément, dans plusieurs camps du Parc National des Laurentides, le ministère de la Voirie emploie 600 hommes travaillant à la réfection de la route du Parc. Bref, ce trimestre se sera achevé sur un air de prospérité économique; on fait travailler des chômeurs, enfin, après ceux engagés sur la ferme expérimentale et le jardin.


1933 : Une seconde saison réussie

Stationnement le long du mur – R. Brassard circa 1932
SZQ 298 à retracer (Cayouette 1987:62)

Comme on l’a vu, l’année 1933 a été marquée par l’arrivée du Nid de l’Aigle, soulignée par quelques articles illustrés. À ses débuts, le jardin étant un chantier, on avait simplement invité les gens à le visiter sans déclarer d’ouverture officielle comme on peut le voir dans L’Action catholique du 5 mai.

À l’automne, dans Le Soleil du 6 novembre, en annonçant qu’il fermera la semaine suivante, on se félicite d’avoir atteint cet objectif de 100 000 visites de l’été qu’on s’était fixé le 31 août. « Le Jardin créé pour répondre à un besoin éducationnel a rempli sa mission. Les jeunes naturalistes par groupes ou isolément s’y sont rendus souvent et y ont sans doute acquis des connaissances considérables. »


BAnQ
Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le Canada Français Décembre 1933

En décembre finalement, L.-A. Richard clôt l’année en publiant l’article « Le Jardin Zoologique de Québec » dans la revue Le Canada Français de décembre. Dans ce bilan des deux dernières saisons (1932 et 1933), il souligne quelques faits importants sur l’utilité du jardin zoologique, sur son lien avec le projet de la ferme expérimentale et sur sa contribution à l’activité touristique.

Plutôt que de faire exécuter des travaux d’une nature plus ou moins utile dans la banlieue de Québec pour venir en aide aux chômeurs, ils se sont entendus pour doter la ville et la province de Québec d’un jardin zoologique greffé sur la ferme expérimentale des animaux à fourrure dont le gouvernement Taschereau venait d’entreprendre l’organisation. Non seulement les chômeurs y ont trouvé leur compte, mais encore notre ville en a retiré des avantages considérables au point de vue éducationnel de même qu’au point de vue touristique.

Il conclut enfin que le jardin est un grand succès. « Il est certain qu’au point de vue touristique, le Jardin est déjà un très grand succès, et rien ne le prouve avec plus d’éloquence que l’affluence des visiteurs au cours de l’été et de l’automne ».


Les revues et journaux

En fin de compte, on aura publié plus de 70 articles sur le jardin en 1933, dans les les revues et journaux du Québec; on aura évoqué le Jardin zoologique de Charlesbourg, d’autre fois le Jardin zoologique de Québec et même du Jardin zoologique provincial.

On sait maintenant comment il a été difficile d’acquérir le Nid de l’Aigle, et le 1er juillet 2019 nous sommes devant 86 ans d’histoire. Mais l’histoire du Nid n’est pas terminée encore, parce qu’il sera présent pendant plus de 60 ans sur le site du Jardin zoologique.

Note suivante : Cette recherche des origines du Nid de l'Aigle est arrivée par coïncidence. Voici l'histoire derrière l'histoire d'un totem.

Aide à la recherche…

Pour explorer le thème de cette note, on peut se référer aux sources documentaires disponibles en ligne au moment de la publication.

Certains titres d’ouvrages provenant de archive.org peuvent être empruntés facilement en s’inscrivant avec son adresse courriel.

Mises à jour

  • 1er août 2019-08-01 – Ajout – Le Samedi, édition du 5 août 1933
  • 2019-08-22 – Mise en page révisions mineures
  • 2019-08-24 – Mise à jour du bilan de l’année

1931-32 : Un ballet bureaucratique

Photo d’archives mise en avant

M. Barbeau expliquant ses constatations relatives à l’influence russe sur les mâts totémiques à une délégation de Russes – 1956
BAC 4951811

NOTE 08

Voyons maintenant ce qui se passera après avoir obtenu un prix estimé du ministère des Affaires indiennes, une longue série de lettres seront échangées, entre novembre 1931 et décembre 1932.

Marius Barbeau

Le « monstre à nez long et pointu » a été sculpté pour le chef Hlidax de la tribu des Loups. Il avait environ 30 pieds de haut lors de son érection à Git’iks à la fin du 19ème siècle.

C.M. Barbeau, 1927
SFU Bill Reid Center
Git’iks Gallery

Ouvrir le Témoignage de Barbeau chez les Tsimshian

Un des premiers à se joindre à la chaîne de correspondance qui permettra de ramener le Nid de l’Aigle au Jardin zoologique est Marius Barbeau; il l’avait déjà aperçu en 1927 dans le village abandonné de Gitiks.

La vie de Barbeau, telle que présentée par le Musée canadien de l’histoire, nous le fait découvrir tour à tour comme ethnologue, anthropologue, folkloriste et historien de l’art. Imaginez, le résultat de son travail occupe 40 mètres linéaires d’archives en manuscrits et notes de recherche. Sa collection de négatifs et de photographies est un témoignage vivant de son travail de terrain, dont ses expéditions sur la Côte Nord-Ouest.

Le Musée Marius Barbeau, honorant sa mémoire, suit ses traces en présentant des expositions reliées à l’histoire régionale de sa ville natale, Saint-Joseph de Beauce. L’exposition virtuelle Pignon sur rue présente d’ailleurs son éclectique paysage architectural.

Son implication dans le projet de ramener un « totem » à Québec sera cruciale. Ses nombreux voyages sur la Côte Nord-Ouest du Canada auront contribué à ce qu’il devienne le plus grand spécialiste en la matière. Le témoignage de Barbeau sur son passage chez les Tsimshian, région culturelle d’où provient le Nid de l’Aigle, est éloquent à ce titre.


Dr. Marius Barbeau Dean of Canadian Folklorists
National Filmboard Mat Release No. 173 – 2 septembre 1958
Canadian Institute of Photography – Photostories Canada

Barbeau se démarque des autres chercheurs par des théories inhabituelles, comme on le mentionne dans ce photo reportage de 1958 de l’ONF, d’où est tiré la photo mise en avant.

Dans ses récents livres, M. Barbeau a élaboré la théorie du berceau asiatique des Indiens du Nord-Ouest, en retraçant les vestiges des motifs culturels anciens qui subsistent dans les légendes, les mythes et l’artisanat. Ci-dessus, il raconte à une délégation de Russes que les mâts totémiques révèlent une forte influence russe; spécifiquement, l’aigle à deux têtes, adapté par les Indiens de l’Amérique du Nord de l’armoirie impériale.

On fait sans doute référence à son article « Totemic Atmosphere on the North Pacific Coast », publié dans The Journal of American Folklore en 1954 où il élabore sur cet argument, parlant bien sûr de l’armoirie impériale de la Russie. Il faut reconnaître l’importance de la présence russe sur la région de Sitka, en Alaska, pour saisir comment la théorie de Barbeau est intéressante.

Avec ce bref portrait de Barbeau, on comprend dès lors comment son influence intellectuelle aura contribué à ramener le Nid de l’aigle à Québec et pourquoi il aura accepté de participer à ce ballet bureaucratique très bien orchestré pour qu’il soit livré avant l’ouverture du Jardin en juillet 1933.


Consultation des sources

Marius Barbeau examinant et photographiant des mâts totémiques
Arthur Price circa 1960

Musée canadien de l »histoire
MCH 2004-021

Pour brosser un tableau convaincant des événements entourant l’arrivée du Nid de l’Aigle au Jardin zoologique en mai 1933, les sources suivantes ont été consultées.

Voici donc comment se déroule l’histoire du Nid, suite au premier échange entre L.-A. Richard et D.C. Scott, le 5 et le 7 novembre 1931, décrit dans la note précédente. Contrairement à ce qu’on croit, la finalisation de la transaction d’achat d’août 1932 comporte certaines ambiguïtés qu’il sera nécessaire d’éclaircir, en dépit des fouilles méticuleuses dans les documents d’archives. Il y a un fil conducteur essentiel qui manquerait pour une reconstruction absolument fidèle de cette histoire : les conversations entre les personnes et leurs intentions, ce qui ne figure pas dans les traces écrites; gardons ceci à vue.

Le ballet de la correspondance et des décisions


1931-11-20 : Le Nid de l’Aigle à New-York?


Comme on le voit dans cette lettre de Barbeau à Scott, on découvre les nombreuses ramifications que prend la requête originale. C’est la première lettre de Barbeau qui fournit plus de détails sur l’acquisition du Nid de l’Aigle.

Mât totémique « le nid de l’aigle » (emblème du Moustique, du Castor et de la Grenouille), au Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg

Marius Barbeau 1954
Musée canadien de l’histoire
MCH 2004-474

Ouvrir la page de notes

Barbeau dresse un portrait de la situation pour un lot de 5 mâts totémiques qu’il désire se procurer. Fait intéressant : à cette date, c’est le National Museum of the American Indian de New-York qui veut obtenir 2 mâts de grande taille, le Nid de l’Aigle et le mât de Grane, pour compléter leur collection. Dans son commentaire, il fait état d’une partie manquante.

Le totem du Nid de l’Aigle se trouve à Gitiks, au bas de la rivière Nass, dans un village désert, dans la brousse. Il a plus de soixante ans et commence à s’effriter. Une partie du mât est tombée et a été perdue depuis que je l’ai photographié. Il est grand et haut, et une structure fine. Il appartient aux membres d’un clan de l’Aigle.

Comme expliqué dans la page de notes, cette partie tombée et perdue serait le nez du moustique (Trakolk). Dans sa lettre, Barbeau suppose que le mât aurait été sculpté dans les années 1870. On sait également que le Nid de l’Aigle n’a pas été acheminé à ce musée, mais nous n’avons pas trouvé un document expliquant ce changement de destination.

Mais en page 3, Barbeau envisageait de fournir un autre mât à ce musée si le gouvernement de Colombie-Britannique ne renouvelait pas sa requête : ce serait le Beaver-Pole de Angèdes, d’une trentaine de pieds. Barbeau souligne d’ailleurs qu’un représentant du gouvernement venait de faire parvenir une requête pour obtenir un mât totémique.


1931-11-21 : On annonce un « totem pole »!

Fac-similé du procès verbal du 21 novembre 1931
Fonds Société du Jardin zoologique de Québec – BAnQ Fonds P625

Le Comité du Jardin était bien affairé, la plupart des séances conduisant à des décisions fidèlement enregistrées par son secrétaire. Celles touchant directement l’acquisition du Nid de l’Aigle ont été retenues pour cette note. Alors qu’il y a déjà une chaîne de correspondance en cours à ce sujet, le comité en est avisé.

Le comité prend connaissance d’une correspondance échangée entre M. Richard et M. Duncan Scott, sous-ministre des affaires indiennes, relativement à un totem pole pour ornementer le jardin zoologique.

Bien que les totem poles soient devenus très rares et que la Colombie en ait prohibé l’exportation, M. Scott croit qu’il serait possible d’en avoir un pour le jardin, vu que la province de Québec n’en possède aucune et que la cité de Québec a été, au début de son histoire, si mêlée à la vie des sauvages de l’Est, qu’un témoignage de la civilisation des sauvages de l’Ouest serait fort approprié.

Seulement, ces totem poles sont la propriété des Sauvages qu’il faudrait indemniser pour une somme que M. Scott estime être de 1 500 $ ou peut-être un peu moins. Le comité ne prend aucune décision, bien que, de l’avis de tous, un totem pole serait en soit toute une ‘attraction’ pour notre population et qu’il serait particulièrement à sa place dans un parc destiné à la faune canadienne.

Au surplus, si le comité manque cette occasion, il est possible que ce soit la dernière chance de la province de se procurer un totem pole authentique. 

On peut se demander aujourd’hui si cette dépense était excessive. Toutes proportions gardées, ce montant de 1 500$ de 1933 (environ 25 000 $ en 2019) est dédié à l’achat d’une une oeuvre d’art monumental. Le budget initial des projets de la Ferme et du Jardin est de 175 000$ (environ 2 950 000 $ en 2019). Cet investissement représente 0,85% du budget, en deçà de la part de 1% préconisée dans la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à des bâtiments et des sites gouvernementaux.


1931-12-15 : Ne laissons pas passer la chance

Fac-similé du procès verbal du 15 décembre 1931
Fonds Société du Jardin zoologique de Québec – BAnQ Fonds P625

Cette décision de ne pas « laisser passer la chance », ressemble bien à ce qu’on appelle dans la langue des affaires aujourd’hui « ne pas rater les bénéfices de concrétiser une opportunité ».

C’est une décision stratégique importante.

On imagine déjà le potentiel d’attraction d’un « totem pole » au Jardin. Rappelez-vous d’une note précédente, à propos du pouvoir d’attraction des totems de Kitwanga sur les touristes voyageant en train le long de la Skeena.

En lisant attentivement, on constate que le projet du jardin est assez audacieux. Tout ce qui est proposé pour en faire une attraction touristique majeure suit un remue-méninges efficace des administrateurs du comité. La qualité de la tenue de réunions transparaît dans ces compte-rendus détaillés; le déroulement du projet est réglé comme un mouvement d’horlogerie.

Agrandissez chacun de ces documents et examinez-les; c’est tout à fait intéressant.


1931-12-16 : On confirme la décision

Fac-Similé du télégramme du 16 décembre 1931
BAC Fonds 206458

Dès le lendemain, le sous-ministre Richard fait parvenir un télégramme à D.C. Scott, à quoi s’ajoute une lettre, confirmant que le Comité accepte sa proposition. Ça ne traine pas.


Fac-similé de la lettre du 16 décembre 1931
BAC Fonds 206458

On voit ici l’enthousiasme devant cette acquisition potentielle.

Nous serons très heureux de nous procurer un totem selon les conditions mentionnées dans votre lettre du 17 novembre, soit 1 500 $ dollars ou moins, plus les frais de transport.


1931-12-29 : On escalade vers le haut

Fac-Similé de la lettre du 29 décembre 1931
BAC Fonds 206458

Dans cette lettre, D.C Scott fait part de son projet à son supérieur, le Surintendant général des affaires indiennes, T. G. Murphy. Il décrit le projet d’acquisition de 4 mâts, joignant à cet envoi la lettre de Barbeau du 20 novembre, présentée ci-dessus. Il mentionne une discussion menée avec le premier ministre de la Colombie-Britannique S.F. Tolmie en août précédent, lui faisant part de son intention de lui écrire.


1932-01-04 : Scott avise le premier ministre

Fac-similé de la lettre du 4 janvier 1932
BAC Fonds 206458

Malgré les congés de la période des fêtes, Scott se presse à aviser le Premier ministre de la province qu’un du projet d’acquisition de totems est discuté. Il évoque la permission demandée à son supérieur Murphy dans sa lettre du 29 décembre, ci-dessus. En vertu la loi sur les Indiens son intention est d’acquérir 4 mâts : 1 pour le British Museum ou le Victoria and Albert Museum, 2 pour le National Museum of the American Indian à New-York et 1 pour le Gouvernement du Québec. Il demande donc son appui en lui faisant part d’une conversation avec M. Newcombe.


1932-01-18 : Une demi-heure a suffi

BAnQ
Patrimoine québécois
Revues et journaux
La Presse, 19 janvier 1932

Pendant qu’on s’affaire au Comité du Jardin, des décisions importantes se prennent à l’Assemblée législative au début de 1932. Comme on le constate dans le journal reconstitué des débats, la séance du 18 janvier a été une des plus brèves de la 1ère session de la 18ème législature; en une demi-heure, on règle bien des choses!


Dans Le Soleil du 19 janvier, en faisant remarquer l’absence du premier ministre, on relate que M. Laferté précise que le budget de 75 000 $ pour le projet du jardin zoologique sera partagé entre les gouvernements fédéral et provincial, montant qui s’ajoutera au budget initial de la ferme expérimentale. On rappelle qu’il y a déjà 125 ouvriers affairés sur le site, d’anciens chômeurs profitant d’un programme mis en place en raison de la crise économique.

Dans un grand encadré, La Presse présente cette information dans un contexte plus large. On illustre bien comment on veut régler la crise économique en plaçant des chômeurs sur les terres abandonnées des paroisses et on compte beaucoup sur le projet de ferme expérimentale.


BAnQ
Patrimoine québécois
Revues et journaux
Le Soleil, vendredi 22 janvier

Dans Le Soleil du 22 janvier, on apporte des éclaircissements sur le budget de la ferme expérimentale et du jardin zoologique.

On confirme les deux sommes allouées : 100 000 $ le 4 avril 1930 pour la ferme expérimentale et 75 000 $ pour le jardin.


1932-01-28 : Excursion à Kitwanga

Kitwanga Totem Pole – Ministère de l’intérieur – circa 1930
Ouvrir la fiche BAC 3916717

En ce début d’année, les gens de Québec qui planifient leurs prochaines vacances et recherchent du nouveau ont un nouvel incitatif pour traverser le pays : les totems sont dans l’air du temps. Ils pourront aller à leur rencontre, en train ou en croisière.


Face-similé – Le Soleil, 28 janvier, page 9
BAnQ – Collection patrimoniale

The famous 5 day Triangle Tour
of the Canadian Rockies

National Geographic
1931-05, v. 59 no .5 : 656
via BAnQ numérique

L’excursion proposée par la Canadian National est d’ailleurs annoncée en pleine page dans le National Geographic depuis plusieurs mois; les voyagistes proposent donc ce « fameux itinéraire triangulaire ». Si vous avez eu la chance de lire « La route des totems vers l’Alaska », une note précédente, nous voilà dessus… avec cette promotion.

De Jasper, ils se dirigeront vers la Côte du Pacifique où ils monteront à Vancouver à bord du navire qui les conduira à Victoria, Seattle et Prince Rupert – soit le voyage en triangle. A ce dernier endroit, ils reprendront leur train pour le voyage de retour vers l’est

Au retour comme à l’aller, il se trouve plusieurs points intéressants à visiter. Le premier arrêt sera fait à Kiswanga (sic) où le gouvernement canadien poursuit des travaux de restauration des mâts totèmiques (sic), vestiges des premiers occupants du Canada.


1932-02-04 : On n’aime pas l’expatriation


En répondant à Duncan C. Scott, W.A. Newcombe lui indique qu’il ne peut pas se substituer à Tolmie pour autoriser l’enlèvement et le transport du Nid, n’ayant pas obtenu encore son autorisation. Il était attaché au Provincial Museum of Natural History de Victoria – maintenant le Royal BC Museum. Il rappelle à Scott que Tolmie étant malade, il a été mandaté pour répondre aux lettres du 29 décembre et du 4 janvier, adressées à Murphy et Tolmie (voir ci dessus) relativement à l’enlèvement de 4 mâts.

Il partage aussi son avis sur cet enlèvement potentiel, tiré d’un mémorandum qu’il avait déjà fait parvenir à Tolmie, où il avait argumenté ceci :

1. Il y a nombre de Sociétés et d’individus en Colombie-Britannique qui sont opposés à tout enlèvement supplémentaire de mâts. Deux cas qu’il connaît ont passé des résolutions à cet effet, adressées aux premiers ministres du Canada et de la Colombie-Britannique.

2. Si on considère l’enlèvement des mâts de la rivière Nass, on sait que cela va causer des remous; comme un nombre de personnes de cette localité ont visité Victoria dans les six derniers mois, tous ceux-ci souhaitant qu’aucun autre mât soit pris de cet endroit.

3. Aucune considération n’a été portée par ces Sociétés ou ces individus à la ‘vie’ des mâts, la majorité desquels ont plus de 30 ans; sans moyens pris pour les conserver, peu demeureront sur les lieux pour un autre dix ans. Ce délai passé, ceux voulant les voir devront visiter les institutions les ayant acquises.

Il conclut qu’au rétablissement de Tolmie, il va prendre les mesures pour parfaire ses opinions à ce sujet et qu’il communiquera ensuite avec Scott.


1932-02-15 : Une vision du Jardin zoologique

Fac-similé
Bulletin L’élevage des animaux à fourrure
BAnQ Collection patrimoniale

Tandis qu’on discute de budget dans les journaux et qu’on échange de la correspondance à différents paliers du gouvernement, le sous-ministre du Département de la colonisation, de la chasse et des pêcheries fait part de sa vision dans l’article Le Jardin zoologique de Québec, publié dans le bulletin L’élevage des animaux à fourrure.

C’est le premier document qui présente le projet du Jardin, qui se greffe à celui de la ferme expérimentale, tel qu’imaginé par L.-A. Richard et les membres du Comité du Jardin. On profite de cet article pour promouvoir les six objectifs principaux de ces deux projets conjoints : promouvoir l’étude des sciences naturelles, permettre une bonne utilisation du temps de loisir, développer un esprit de conservation de la nature, ajouter un attrait à la région, fournir une nouvelle inspiration pour les artistes naturalistes et enfin encourager à entreprendre des études poussées.

Comme on l’a vu dans une note précédente où on se demandait si les totems étaient un art monumental autochtone ou canadien, sans révéler publiquement à ce moment le projet d’acquisition du totem, on aperçoit en filigrane dans l’article son thème autochtone lorsqu’il expose son programme futur.

Puisqu’il est question de reconstitutions, il convient d’avouer que le programme en comporte plus d’une. Combien de gens dans nos villes et même dans nos campagnes ignorent le genre d’existence des sauvages et des bûcherons dans les grands bois? Pour percer, à leurs yeux et aux yeux des enfants, le mystère de la forêt et pour leur montrer une chose qu’ils n’auraient peut-être jamais l’occasion de voir, un endroit a été réservé au jardin zoologique pour y dresser un campement de sauvages et un campement de chantier. Il pourront mieux se rendre compte de la vie primitive que mènent en forêt ceux qui sont attirés par la chasse des animaux à fourrure ou par l’industrie forestière.

Au moment de rédiger ces lignes, Richard travaille déjà pour ramener un mât totémique au Jardin, mais la partie n’est pas encore gagnée. Ce sera six mois plus tard, en août, qu’on enverra un chèque à Barbeau pour conclure la transaction. lI sera payé par un subside obtenu par la Société zoologique de Québec, créée un mois auparavant, en juillet.

Simultanément à ce projet ambitieux, on annonce que « pour des raisons administratives, le Quebec Power décidait justement de fermer le petit jardin zoologique que, pendant près de trente ans, il avait entretenu au Kent House, soit avec la maison Holt Renfrew, soit seul ensuite ».


Cages au Jardin zoologique des chutes Montmorency. Entre 1902 et 1912
Ouvrir la fiche BAnQ – Collection patrimoniale de cartes postales

C’est effectivement vers 1902 qu’arrivent les premiers pensionnaires, un ours noir et un couple d’orignaux. Dans l’article Le jardin zoologique de la maison Kent, l’historien Jean Provencher nous rappelle que les citadins de la région et les touristes sont accoutumés à visiter ce jardin zoologique dès le début du XXème siècle. On peut également explorer la page Le zoo Holt Renfrew, faisant partie d’un site qui traite de la chute Montmorency et de ses environs, une histoire visuelle constituée à partir d’une collection privée de carte postales.


1932-03-10 : On annonce un parc zoologique

La grande volière – La ménagerie à Paris – Le Charles 1932
Ouvrir la fiche MNHN IC 2235

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et jour aux
La Presse, 10 mars 1932, page 6

Dans La Presse du 10 mars, tout en annonçant un projet ambitieux pour l’époque, on se compare aux autres et on n’ose penser qu’un projet puisse être d’envergure. Certes, comme on le le dit dans l’article ci-dessus, « ce ne sera pas tout de suite, on le comprend facilement, le Jardin des Plantes de Paris ou le Zoological Garden de New-York, mais nous avons tous les éléments pour faire vite un Zoologique (sic) des plus intéressants, la nation entière y mettant du sien ». La grande volière qui sera construite plus tard au Jardin zoologique sera tout de même similaire à ce qu’on voit à Paris et New-York.

Mais pour le moment, c’est encore un rêve qui prendra de plus en plus de place dans les journaux entre 1932 et 1933 : mais le projet est enfin dévoilé au grand jour. Autre signe des temps, le Jardin sera sur cette route qui va vers le Parc National des Laurentides; il sera un arrêt obligé et il faudra même prévoir un grand stationnement en ce début du siècle automobile.


1932-03-14 : Une réponse qui tarde

Fac-similé de la lettre du 14 mars 1932
BAC – Fonds 206458

Dans cette lettre Richard fait part à Scott du délai dans la conclusion de la transaction. Il lui indique qu’il n’a pas reçu de réaction à sa lettre du 16 décembre (ci-dessus); trois mois se sont écoulés sans que rien ne bouge.


1932-03-16 : On attend le feu vert du P.M.

Fac-similé de la lettre du 16 mars 1932
BAC Fonds 206458

Dans cette réponse à Richard, Scott justifie le délai, puisque Tolmie n’a pas encore accordé son feu vert. Il lui explique qu’il n’a pas encore obtenu un accord pour l’enlèvement du mât, malgré deux lettres (celles du 29 décembre 1931 et du 4 janvier 1932) auxquelles Newcombe a répondu, au nom de Tolmie temporairement indisponible. Il lui indique qu’il prend sa retraite et que son successeur prendra le dossier en main (ce sera McGill comme on le verra ci-dessous).


1932-03-17 : La société Provancher

Fac-similé – Le Soleil, 17 mars, page 15
BAnQ – Collection patrimoniale

La Société Provancher, la plus ancienne société savante d’histoire naturelle du Québec – elle fête son centenaire en 2019 – émet une opinion très favorable sur le projet d’un jardin zoologique à Charlesbourg. Elle le considère comme un avancement de la science de la vulgarisation et la promotion de la conservation des richesses naturelles. Un de ses directeurs, le docteur D. A. Déry, se joint au Comité du Jardin et de la ferme expérimentale.


1932-03-22 : Montréal annonce un Jardin


On a peine à souffler dans les annonces : un autre billet « Lettre de Québec » du journal La Presse! Maintenant que la province a son musée et son parc zoologique voici ce qui ressemble à un triumvirat! Montréal ne peut se retenir : on planifie maintenant un jardin botanique. Et on justifie sa longue gestation de près de cinquante ans ainsi : « Ce qui a fait défaut alors, c’est probablement le nerf de la guerre. Va-t-il manquer encore? »


1932-04 : Barbeau dans Scientific American

Fac-similé de l’article de Barbeau dans Scientific American
JSTOR via BAnQ numérique.

Barbeau contribue à de nombreuses publications, jamais à bout de souffle pour émettre ses idées, comme dans l’article Totem Poles, publié dans la prestigieuse revue Scientific American. Cette fois-ci, il spécule sur l’origine des mâts totémiques, dans un texte serré de deux pages. Après l’avoir lu, que peut-on retenir de nouveau qui pourrait nous éclairer sur le Nid de l’Aigle, particulièrement?

C’est une erreur de dire, comme on le fait souvent de manière irresponsable, que les mâts totémiques ont plusieurs siècles. Ils ne pourraient pas l’être, en raison de la nature des matériaux et des conditions climatiques. Un cèdre vert coupé et replanté sans nutriments dans le sol ne peut se tenir debout bien au-delà de 50 ou 60 ans dans la région nord de la Skeena, où les précipitations sont modérées et où le sol est généralement constitué de gravier et de sable. Le long de la côte, il dure rarement plus de 40 ans en raison de l’humidité qui règne la plupart du temps dans la tourbière dans laquelle il se retrouve.

Une amorce de réflexion…

Le Nid de l’Aigle, dans ce sens, aura battu un record de longévité. Élevé vers les années 1870 et démantelé en 1995, il aura survécu plus de 120 ans. De manière laconique d’ailleurs, Barbeau ajoute à son article un commentaire judicieux, qui pourrait orienter notre réflexion sur le destin final du Nid.

Ce n’est pas la coutume de réparer ou de transplanter un mât totémique, aussi précaire soit sa condition. Une fois tombé, le mât est mis de côté, s’il est embarrassant, et se désintègre progressivement ou est coupé et brûlé.

Dans cette simple formulation, relevons deux paradoxes : on contrevient à la coutume locale de les transplanter ailleurs en ramenant des totems de la Côte Nord-Ouest et on déploie beaucoup d’efforts pour les restaurer, mais dans l’intérêt mercantile du tourisme comme on l’a déjà vu.

Ceci nous place devant une contradiction à résoudre, qui se présentera en 1995 : on abandonne le Nid une fois abattu ou on tente de le sauvegarder comme on a fait pour ses deux voisins présentés dans une note précédente? Ceci peut être au coeur d’une discussion à venir, sur la décrépitude naturelle de tout patrimoine matériel, ironiquement. La note Couleur Totem qui paraître à la fin d’août sera développée autour de le thème de la restauration.


1932-04-09 : Le Jardin va s’ouvrir

Fac-Similé – Le Devoir du samedi 9 avril
BAnQ Collection patrimoniale

Comme on peut le lire en première page du Devoir, on dresse un portrait assez intéressant du Jardin zoologique et ses différents attraits. Cette intéressante plaquette remise par la Société zoologique serait vraisemblablement un tiré à part du bulletin publié le 15 février (voir ci-dessus). On en parle également dans l’Action catholique et dans Le Soleil. Bref, ça sent de plus en plus l’ouverture, même si on a pas encore publiquement parlé du Nid de l’Aigle, car l’affaire n’est pas encore bouclée. C’est en juin qu’on verra un virage pour enfin pouvoir acquérir cette oeuvre d’art monumental; concentrons notre attention sur ceci.


1932-06-16 : Une décision stratégique

Le Jardin zoologique de Québec
BAnQ – Patrimoine québécois revues et journaux
Le Soleil 1 juin 1932 page 11

Procès-verbal
BAnQ Fonds P625

On était bien affairé dans la préparation du Jardin, en donnant des causeries un peu partout, même à la Cie d’Autobus de Charlesbourg qui verrait plus de voyages sur la ligne desservant le jardin pendant l’été 1932. C’était une décision d’affaires parmi tant d’autres, et cela tenait le sous-ministre Richard bien occupé.

Ainsi, lors de la dixième séance du Comité du Jardin, il doit expliquer le glissement des délais pour la livraison d’une attraction importante du Jardin, le Totem Pole; le comité doit prendre une décision importante pour éviter un imbroglio administratif.

Monsieur Richard explique ensuite que, à la suite de démarches prolongées, il avait pu obtenir par l’entreprise de MM. Duncan Scott et Marius Barbeau, une des plus beaux spécimens de totem poles de la Colombie. Cependant, par suite de la dépression [économique] et des critiques que l’achat d’un totem aurait pu apporter au département, il avait décidé de remettre à plus tard l’acquisition d’un totem. Comme les totems se font de plus en plus rares, que la Colombie en a défendu l’exportation, qu’il n’en existe aucun à l’est d’Ottawa, qu’ils constituent un sujet de grande curiosité pour le public, qu’ils ajoutent considérablement à la valeur touristique d’un jardin zoologique, le comité est d’avis que la future société de zoologie, avec le fonds qu’elle pourra posséder, devrait prendre les moyens de s’en procurer un et de l’offrir au jardin. Adopté à l’unanimité. »

Le comité tient compte des critiques que doit rencontrer le Département de la colonisation, de la chasse et des pêcheries; c’est un organisme gouvernemental pour qui Richard est sous-ministre. On peut voir ceci comme un obstacle légal potentiel, étant donné que la Colombie-Britannique en défend l’exportation.

La future
société de zoologie
devrait
prendre les moyens
de s’en procurer un
et
de l’offrir au jardin

Ainsi, on peut mieux comprendre les aléas de cette interdiction d’exporter des mâts totémiques de la Colombie-Britannique. On ne peut pas présumer comment cet obstacle était perçu à l’époque, sinon à travers ce qui est écrit dans la correspondance et dans les procès verbaux.

Si on lit entre les lignes, on comprend mieux l’avis du comité qui suggère que la Société de zoologie, une OSBL, prenne les devants, pour l’offrir au Jardin; on en fait d’ailleurs une proposition adoptée à l’unanimité. Il aurait été embêtant que le gouvernement du Québec intervienne directement dans cette affaire, dans une transaction entre gouvernements provinciaux. Cette décision administrative reste inscrite inéluctablement dans l’histoire du mât, étant évoquée régulièrement.


De la compétition

Alors qu’on s’empresse de prendre les bonnes décisions pour créer des attractions intéressantes pour le jardin, dans La Presse du 16 juin, on parle de deux jardins-musées, « il convient de faire ici un rapprochement. Mont­réal possédera sous peu son jardin botanique. Québec montrera avec orgueil aux étrangers son jardin zoolo­gique ». La compétition entre Montréal et Québec ne date pas d’hier.


Des rebonds futurs

M. Raymond Cayouette rappelle cette situation dans son article Le totem du Nid de l’Aigle publié lors du 60e anniversaire du Jardin en 1991.

La Société
en a fait don
au gouvernement
parce que ce dernier
ne pouvait faire
une telle acquisition
sans soulever
de critiques

On le mentionne dans l’article « Trop dangereux, un géant terrassé », dans le journal Le Soleil du 3 mars 1995, suite à son démantèlement : « Il fut offert au Jardin en mai 1933 et installé dans la partie la plus haute du jardin surplombant un étang ».

M. Gabriel Filteau, l’ancien président de la Société zoologique, le souligne également dans deux articles de la section Opinions du journal Le Soleil : Société zoologique de Québec, un traitement méprisable non mérité publié en 1995 et finalement dans l’article Histoire d’un jardin zoologique menacé publié en 2005, dix ans après que le mât ait été démantelé. 


1932-06-24 : On attend l’approbation du P.M.


Dans une lettre de Williams, il réitère l’importance d’obtenir l’approbation de Tolmie. Il lui rappelle de se référer à la lettre de Scott du 29 décembre, au sujet des 4 mâts à sortir de Colombie-Britannique.

Tolmie avait effectivement écrit à Scott le 4 janvier (ci-dessus) au sujet de la permission requise et lui rappelle que Barbeau a constaté que Tolmie est libre et qu’il serait temps d’en venir à une décision à ce sujet. Il revient sur les 2 mâts demandés par Barbeau, dont le premier destiné gouvernement du Québec qui est dans un village abandonné, dans une forêt.

L’autre, destiné au RBC, est à Angidaw, plus haut sur la rivière. Barbeau a indiqué que ces deux mâts sont détériorés et que certaines parties se sont écroulées. Il indique également que Barbeau a déjà pris des ententes et qu’il reste seulement à obtenir l’accord de Tolmie.


1932-06-30 : On pousse sur la décision

Fac-similé de la lettre du 30 juin
BAC

Dans une lettre de Williams, il continue la discussion avec Tolmie en absence de Scott. Il inclut une copie de la lettre du 24 juin (ci-dessus) afin de faire avancer la demande d’autorisation.

Il rappelle à Tolmie qu’il doit prendre les rênes, étant donné l’absence du surintendant général (T. G. Murphy). Il réitère à Tolmie que Barbeau désire le rencontrer, pour enfin obtenir son accord final.


1932-07-12 : La Société zoologique est née

Fac-similé coupure de journal
Collection patrimoniale BAnQ, Le Soleil

On annonce la fondation de la Société zoologique de Québec à la Une du journal Le Soleil.

Un groupe de concitoyens fondent une nouvelle société scientifique ayant pour but l’étude des sciences naturelles — L’hon. M. Laferté est président d’honneur.

Son président, l’honorable M. Laferté, sera un ardent défenseur du Jardin. On y énonce la mission de la société, ainsi que les membres qui la constitue; ils verront à l’avancement et à la concrétisation du projet de la ferme expérimentale.

Comme on le verra, cette société sera le véhicule administratif pour permettre de finaliser la transaction d’achat et offrir le Nid au Jardin.

Elle sera intimement liée aux destinées du Jardin entre 1932 et 1995, année où elle sera expulsée le 31 mars; la période de 1990 à 1995 sera examinée en détail dans une future note, incluant les décisions prises pour conduire au démantèlement du Nid de l’Aigle. Certains faits relatifs à ce démantèlement n’ont pas encore publiés et la population de la ville de Québec sera informée de nouveaux faits, lors de cette publication.


1932-08-08 : On paye Barbeau

Fac-similé du procès verbal
Fonds P625 Société zoologique de Québec

Lors de la onzième séance du comité, on annonce l’expédition de l’argent à Barbeau (le 5 août).

M. le président Frémont annonce ensuite aux membres que le lendemain de la réception du subside de 2 000 $, il câblait, à la demande de M. Richard, un montant de 1 700 $ à Marius Barbeau pour qu’il se porte acquéreur au nom de la Société Zoologique de Québec, du grand Totem Pole de l’aigle. M » L.A » Richard avait été autorisé dans une assemblée précédente de faire la correspondance nécessaire avec M. Barbeau pour l’acquisition de de monument. De plus, M » le Président annonce encore que la Société a acheté ce Totem dans l’intention d’en faire cadeau au Jardin Zoologique de Québec.

Le montant initial de 1 500 $ est passé à 1 700 $, sur des subsides de 175 000 $; c’est encore en deçà de 1% du budget pour orner le jardin d’une oeuvre d’art monumental.


1932-08-27 : On autorise l’enlèvement

Neuf mois après la demande initiale de Richard, Barbeau a maintenant l’argent en poche et 2 télégrammes confirment les autorisations d’enlèvement du site.

Légende à rédiger
BAC Fonds xxxx

Le premier télégramme du 27 est expédié du premier ministre Tolmie à Barbeau, relativement à une lettre du 20 (non retracée pour le moment) pour lui donner la permission de transporter 2, l’un pour le gouvernement provincial et l’autre pour le musée britannique. Le second du 29 est expédié de Williams à l’agent local Collison de Prince Rupert autorisant l’enlèvement des mâts et lui demande d’aviser le constable local.

Comme il a déjà été discuté en présentant les 3 mâts dans une note précédente, il est possible que les mâts rescapés en 1929, dont l’Aigle des Montagne du ROM qui a été livré en 1933 à Toronto, aient été entreposés à Prince-Rupert. Nous allons tenter de trouver des détails à ce sujet, éventuellement.

1932-09 : Un bilan de l’année

Village de Charlesbourg – Herménégilde Lavoie – 1938
BAnQ – Fonds ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P10528

Recherche de pâturage à Notre-Dame-des-Laurentides, comté de Québec – L.J. Boulet – 1945
BAnQ – Fonds ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P27515

Si on résume cette année où on a décidé d’acheter un mât totémique, le projet du jardin s’est aussi concrétisé à grande vitesse, à partir de son annonce et de l’achat du terrain en bordure de la route 15 qui mène au parc des Laurentides.


La file des visiteurs
s’allongera et
resserra des rangs
à mesure
qu’avan­ceront
les travaux

Dans Le Soleil du 2 septembre 1932, on fait état de la progression des travaux suite à l’achat de l’immense terrain de 15 acres – près de 350 000 mètres carrés – sur la route 15 entre Charlesbourg et Notre-Dame des Laurentides; c’est la campagne, à cette époque. On croit que « les vastes espaces à peine colonis­és qui s’étendent à quelques milles de Québec facilitaient le choix d’un ter­rain parfaitement adopté à la cons­truction de ce parc ».


Dans Le Soleil du 2 novembre 1932, une traduction d’un article du Chronicle Telegraph révèle un aspect inédit du travail de conception du parc. « C’est le travail de nos gens, approuvé avec enthou­siasme par l’un des éminents directeurs du jardin zoolo­gique de New-York, probablement l’une des plus gran­des autorités en la matière en Amérique ».

Dans Le Soleil du 14 novembre, L.-A. Richard dresse un premier bilan de la seconde saison du jardin. « Chaque jour, malgré que la saison ne s’y prê­te guère et que l’organisation soit bien loin d’être terminée, les ci­toyens de Québec et des environs se rendent en grand nombre visiter le parc, et il a fallu organiser un service d’ordre pour éviter l’encombrement, tant l’affluence est considérable le dimanche et les jours de fête ».

On exprime également une certaine fierté au niveau de sa situation en regard de la route, « le jardin est masqué à la vue des passants par un solide mur de pierre de teinte rosée rappelant les murailles de quelques unes de nos plus ancien­nes et robustes propriétés ». On planifie de réaliser le projet d’aménagement sur une période de 5 ans.

Dans La Presse du 15 novembre, en déclarant que les activités du jardin sont presque terminées, on parle spécifiquement des activités future du jardin, annoncées dans le Soleil le jour précédent. « La première sera une fête des ar­bres. On ne sait si le ministère des Terres et Forêts pourra reprendre une coutume interrompue, cette an­née, mais il y aura assurément une fête des arbres au Jardin de Charlesbourg puis, ce sera l’inauguration of­ficielle de ce parc et, enfin, le dixiè­me anniversaire de la mort de Comeau , à qui un monument sera élevé (voir Cayouette 1997:49) »


Une fin d’année difficile pour Barbeau

Marius Barbeau vers 1930

L’année 1932 se termine, Barbeau est payé, mais le mât n’est pas rendu encore. On vient de voir les défis rencontrés par les initiateurs du projet d’acquisition Nid de l’Aigle.

Même si le projet de livrer un mât totémique à Québec a franchi des étapes importantes, dont la conclusion de la transaction, la fin de l’année sera probablement difficile pour Barbeau, mais on l’apprendra beaucoup plus tard.

Au début d’octobre personne impliquée dans la transaction de vente, un dénommé Walker, viendra brouiller la lignée des héritiers du mât en contestant des titres de propriété et en reportant un incident violent survenu pendant la transaction – des balles de fusil auraient été tirées dans la tête du Nid de l’Aigle – elle sont même conservée au Musée canadien de l’histoire. En décembre, McGill, le remplaçant de Scott au Affaires indiennes, recevra une réclamation d’un certain Lincoln, incluant un compte de dépense émis en septembre par un certain J.G. Robinson. Cette situation n’a pas empêché l’avancement du projet. Ces imbroglios feront partie d’une note traitant du problème de la propriété réelle du Nid lors de son acquisition, incluant aussi des spéculations sur la coiffe d’apparat du chef du clan.

Article suivant : En pleine période de crise économique des années 1930, le projet de création d'une ferme expérimentale, d'un jardin zoologique et d'un village canadien fait écho jusqu'à l'Assemblée législative. Toute une affaire.

Aide à la recherche…

Pour explorer le thème de cette note, on peut se référer aux sources documentaires disponibles en ligne au moment de la publication.

Certains titres d’ouvrages provenant de archive.org peuvent être empruntés facilement en s’inscrivant avec son adresse courriel.

Révisions

  • 2019-08-25 : Section volière éliminée
  • 2019-08-27 : Articles – Jardins-musées – Bilan de l’année
  • 2019-09-03 : Article avec photo de Richard