Un ballet bureaucratique orchestré entre 1931 et 1932

M. Marius Barbeau enregistrant des chansons folkloriques
A. Beaver, 1949
Photo-reportage no 173 Monsieur Marius Barbeau : le doyen des folkloristes canadiens
Fonds du MCPC 1958-09-02

Suite à un devis estimatif obtenu du ministère des Affaires indiennes, une abondante correspondance, entre novembre 1931 et décembre 1932, permettra de conclure une transaction inusitée : on importera un totem au Québec.

À la rencontre de Marius Barbeau

Le « monstre à nez long et pointu » a été sculpté pour le chef Hlidax de la tribu des Loups. Il avait environ 30 pieds de haut lors de son érection à Git’iks à la fin du 19ème siècle.
C. M. Barbeau, 1927
SFU – Bill Reid CenterGit’iks Gallery et PM E609
Marius Barbeau examinant et photographiant
des mâts totémiques
Arthur Price circa 1960
MCH 2004-021

Marius Barbeau a abondamment documenté les villages de la Côte Nord-Ouest au début du XXe siècle; il laissé un fonds documentaire impressionnant et de grand qualité, comme on le voit ci-dessus. Sur la gauche, il pose fièrement avec son appareil photo 6×6, qu’il utilise fréquemment lors de ses voyages. Il est un des premiers à se joindre à la chaîne de correspondance qui permettra de ramener le Nid de l’Aigle au Jardin zoologique. La vie de Barbeau, telle que dépeinte par le Musée canadien de l’histoire (MCH), nous le révèle tour à tour comme ethnologue, anthropologue, folkloriste et historien de l’art. Le fruit de son travail occupe 40 mètres linéaires d’archives en manuscrits et notes de recherche. Sa collection de négatifs et de photographies est un témoignage vivant de son travail de terrain, notamment de ses expéditions sur la Côte Nord-Ouest. Le Musée Marius Barbeau de Saint-Joseph de Beauce contribue de son côté à faire rayonner sa mémoire. Il suit marche dans ses traces en présentant des expositions reliées à l’histoire régionale de sa ville natale. Une L’exposition virtuelle « Pignon sur rue » présente d’ailleurs son éclectique paysage architectural. Il n’y a pas de doute, l’implication de Barbeau dans le projet de ramener un « totem » à Québec sera cruciale. Ses nombreux voyages sur la Côte Nord-Ouest du Canada auront contribué à ce qu’il devienne le plus grand spécialiste en la matière. Le témoignage de Barbeau sur son passage chez les Tsimshian, région culturelle d’où provient le Nid de l’Aigle, est éloquent à ce titre (La vie de Barbeau – MCH).

Les Tsimshians et les autres, quand vous travaillez avec eux comme je l’ai fait, une tribu après l’autre, une famille après l’autre, ils savent que vous recueillez leur propre histoire. Je m’intéresse à ce qu’ils pensent, à leur conception du bonheur, à leurs chants funèbres, à leur morale, à leur art, à leur sculpture. Lorsqu’ils s’en rendent compte, vous êtes vraiment des leurs. De fait, j’ai consigné toute l’histoire des Tsimshians: j’ai passé huit longues saisons parmi eux, et j’ai étudié pratiquement chaque famille.

Un chercheur qui se démarque par son originalité

Monsieur Marius Barbeau : le doyen des folkloristes canadiens
Office national du film du Canada
Photo-reportage no 173
Fonds du MCPC 1958-09-02

Barbeau se démarque des autres chercheurs par des théories inhabituelles, comme on le mentionne dans ce photo reportage de 1958 de l’ONF.

Dans ses récents livres, M. Barbeau a élaboré la théorie du berceau asiatique des Indiens du Nord-Ouest, en retraçant les vestiges des motifs culturels anciens qui subsistent dans les légendes, les mythes et l’artisanat. Ci-dessus, il raconte à une délégation de Russes que les mâts totémiques révèlent une forte influence russe; spécifiquement, l’aigle à deux têtes, adapté par les Indiens de l’Amérique du Nord de l’armoirie impériale.

M. Barbeau expliquant ses constatations relatives à l’influence russe sur les mâts totémiques à une délégation de Russes, Gar Lunney, 1956. BAC 4951811

On fait référence à son article « Totemic Atmosphere on the North Pacific Coast », publié dans The Journal of American Folklore en 1954 où il élabore sur cet argument, parlant bien sûr de l’armoirie impériale de la Russie. Il faut reconnaître l’importance de la présence russe sur la région de Sitka, en Alaska, pour saisir comment la théorie de Barbeau est intéressante. Avec ce bref portrait de Barbeau, on comprend dès lors comment son influence intellectuelle aura contribué à ramener le Nid de l’aigle à Québec et pourquoi il aura accepté de participer à ce ballet bureaucratique très bien orchestré pour qu’il soit livré avant l’ouverture du Jardin en juillet 1933.

Survol des sources documentaires principales

Pour rétablir le fil des événements entourant l’arrivée du Nid de l’Aigle au Jardin zoologique en 1933, il a été nécessaire d’examiner près de 300 lettres sur la préservation des mâts totémiques en Colombie-Britannique entre 1931 et 1938, les décisions du Comité du jardin de la Société zoologique de Québec et plus de 100 articles de revues et journaux couvrant la période de novembre 1931 à décembre 1932.

  • « Correspondance, rapports, publications, coupures de presse et photographies sur la préservation des mâts totémiques en Colombie-Britannique » – BAC 206458
  • « Fonds Société zoologique de Québec » – BAnQ P625
  • « Jardin Zoologique (1931-11 à 1932-12) » – BAnQ
  • « La vie de Barbeau » – MCH
  • « Qui est Marius Barbeau »? – Musée Marius Barbeau
  • « Pignon sur rue » – Musée virtuel du Canada

Correspondance et décisions stratégiques

Le Nid de l’Aigle aurait pu être exporté à New-York

Mât totémique « le nid de l’aigle » (emblème du Moustique, du Castor et de la Grenouille), au Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg
Marius Barbeau, 1954 –MCH 2004-474
Détails : Blason du Trakolk – Observations sur le long dard du moustique

Voici donc comment se déroule l’histoire du Nid, suite au premier échange entre L.-A. Richard et D.C. Scott, le 5 et le 7 novembre 1931, décrit dans la note précédente. Contrairement à ce qu’on croit, la finalisation de la transaction d’achat d’août 1932 comporte certaines ambiguïtés qu’il sera nécessaire d’éclaircir, en dépit des fouilles méticuleuses dans les documents d’archives. Il y a un fil conducteur essentiel qui manquerait pour une reconstruction absolument fidèle de cette histoire : les conversations entre les personnes et leurs intentions, ce qui ne figure pas dans les traces écrites; gardons ceci à vue. Comme on le voit dans cette lettre de Barbeau à Scott, on découvre les nombreuses ramifications que prend la requête originale. C’est la première lettre de Barbeau qui fournit plus de détails sur l’acquisition du Nid de l’Aigle. Barbeau dresse un portrait de la situation pour un lot de 5 mâts totémiques qu’il désire se procurer. Fait intéressant : à cette date, c’est le National Museum of the American Indian de New-York qui veut obtenir 2 mâts de grande taille, le Nid de l’Aigle et le mât de Grane, pour compléter leur collection. Dans son commentaire, il fait état d’une partie manquante. Le totem du Nid de l’Aigle se trouve à Gitiks, au bas de la rivière Nass, dans un village désert, dans la brousse. Il a plus de soixante ans et commence à s’effriter. Une partie du mât est tombée et a été perdue depuis que je l’ai photographié. Il est grand et haut, et une structure fine. Il appartient aux membres d’un clan de l’Aigle. Comme expliqué dans la page de notes, cette partie tombée et perdue serait le nez du moustique (Trakolk). Dans sa lettre, Barbeau suppose que le mât aurait été sculpté dans les années 1870. On sait également que le Nid de l’Aigle n’a pas été acheminé à ce musée, mais nous n’avons pas trouvé un document expliquant ce changement de destination. Mais en page 3, Barbeau envisageait de fournir un autre mât à ce musée si le gouvernement de Colombie-Britannique ne renouvelait pas sa requête : ce serait le Beaver-Pole de Angèdes, (ang)d’une trentaine de pieds. Barbeau souligne d’ailleurs qu’un représentant du gouvernement venait de faire parvenir une requête pour obtenir un mât totémique.

Un « totem pole pour ornementer » le jardin zoologique

Le 21 novembre 1931, le Comité du Jardin était bien affairé, la plupart des séances conduisant à des décisions fidèlement enregistrées par son secrétaire. Celles touchant directement l’acquisition du Nid de l’Aigle ont été retenues pour cette note. Alors qu’il y a déjà une chaîne de correspondance en cours à ce sujet, le comité en est avisé. Le comité prend connaissance d’une correspondance échangée entre M. Richard et M. Duncan Scott, sous-ministre des affaires indiennes, relativement à un totem pole pour ornementer le jardin zoologique. Bien que les totem poles soient devenus très rares et que la Colombie en ait prohibé l’exportation, M. Scott croit qu’il serait possible d’en avoir un pour le jardin, vu que la province de Québec n’en possède aucune et que la cité de Québec a été, au début de son histoire, si mêlée à la vie des sauvages de l’Est, qu’un témoignage de la civilisation des sauvages de l’Ouest serait fort approprié. Seulement, ces totem poles sont la propriété des Sauvages qu’il faudrait indemniser pour une somme que M. Scott estime être de 1 500 $ ou peut-être un peu moins. Le comité ne prend aucune décision, bien que, de l’avis de tous, un totem pole serait en soit toute une ‘attraction’ pour notre population et qu’il serait particulièrement à sa place dans un parc destiné à la faune canadienne. Au surplus, si le comité manque cette occasion, il est possible que ce soit la dernière chance de la province de se procurer un totem pole authentique. Le 15 décembre 1931, cette décision de ne pas « laisser passer la chance », ressemble bien à ce qu’on appelle dans la langue des affaires aujourd’hui « ne pas rater les bénéfices de concrétiser une opportunité ». C’est une décision stratégique importante. On imagine déjà le potentiel d’attraction d’un « totem pole » au Jardin. Rappelez-vous d’une note précédente, à propos du pouvoir d’attraction des totems de Kitwanga sur les touristes voyageant en train le long de la Skeena. En lisant attentivement, on constate que le projet du jardin est assez audacieux. Tout ce qui est proposé pour en faire une attraction touristique majeure suit un remue-méninges efficace des administrateurs du comité. La qualité de la tenue de réunions transparaît dans ces compte-rendus détaillés; le déroulement du projet est réglé comme un mouvement d’horlogerie.

On confirme la décision


Le 16 décembre le sous-ministre Richard fait parvenir un télégramme à D.C. Scott, à quoi s’ajoute une lettre, confirmant que le Comité accepte sa proposition. Ça ne traine pas. On voit ici l’enthousiasme devant cette acquisition potentielle.

Nous serons très heureux de nous procurer un totem selon les conditions mentionnées dans votre lettre du 17 novembre, soit 1500 $ dollars ou moins, plus les frais de transport.

Cette dépense était-elle excessive? Un montant de 1500$ en 1933 (25 000 $ en 2020) est dédié à l’achat d’une une oeuvre d’art monumental. Le budget initial des projets de la Ferme et du Jardin est de 175 000$ (3 000 000 $ en 2020). Cet investissement représente 0,85% du budget total, moins que l’allocation de1,00% préconisée dans la « Politique d’intégration des arts à l’architecture et à des bâtiments et des sites gouvernementaux » du Ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCC 2020)

On escalade vers le haut rapidement


Le 29 décembre 1931, Dans cette lettre, D.C Scott fait part de son projet à son supérieur, le Surintendant général des affaires indiennes, T. G. Murphy. Il décrit le projet d’acquisition de 4 mâts, joignant à cet envoi la lettre de Barbeau du 20 novembre, présentée ci-dessus. Il mentionne une discussion menée avec le premier ministre de la Colombie-Britannique S.F. Tolmie en août précédent, lui faisant part de son intention de lui écrire. Le 4 janvier 1932, malgré les congés de la période des fêtes, Scott se presse à aviser le Premier ministre de la province qu’un du projet d’acquisition de totems est discuté. Il évoque la permission demandée à son supérieur Murphy dans sa lettre du 29 décembre, ci-dessus. En vertu la loi sur les Indiens son intention est d’acquérir 4 mâts : 1 pour le British Museum ou le Victoria and Albert Museum, 2 pour le National Museum of the American Indian à New-York et 1 pour le Gouvernement du Québec. Il demande donc son appui en lui faisant part d’une conversation avec M. Newcombe.

Une demi-heure a suffi pour adopter le budget

BAnQ
Patrimoine québécois
Revues et journaux
La Presse, 19 janvier 1932
BAnQ
Patrimoine québécois
Revues et journaux
Le Soleil, vendredi 22 janvier

Pendant qu’on s’affaire au Comité du Jardin, des décisions importantes se prennent à l’Assemblée législative au début de 1932. Comme on le constate dans le journal reconstitué des débats, la séance du 18 janvier a été une des plus brèves de la 1ère session de la 18ème législature; en une demi-heure, on règle bien des choses! Dans Le Soleil du 19 janvier, en faisant remarquer l’absence du premier ministre, on relate que M. Laferté précise que le budget de 75 000 $ pour le projet du jardin zoologique sera partagé entre les gouvernements fédéral et provincial, montant qui s’ajoutera au budget initial de la ferme expérimentale. On rappelle qu’il y a déjà 125 ouvriers affairés sur le site, d’anciens chômeurs profitant d’un programme mis en place en raison de la crise économique. Dans un grand encadré, La Presse présente cette information dans un contexte plus large. On illustre bien comment on veut régler la crise économique en plaçant des chômeurs sur les terres abandonnées des paroisses et on compte beaucoup sur le projet de ferme expérimentale. Dans Le Soleil du 22 janvier, on apporte des éclaircissements sur le budget de la ferme expérimentale et du jardin zoologique. On confirme les deux sommes allouées : 100 000 $ le 4 avril 1930 pour la ferme expérimentale et 75 000 $ pour le jardin.

L’enlèvement des mâts de la rivière Nass va causer des remous


Le 4 février 1932, en répondant à Duncan C. Scott, W.A. Newcombe lui indique qu’il ne peut pas se substituer à Tolmie pour autoriser l’enlèvement et le transport du Nid, n’ayant pas obtenu encore son autorisation. Il était attaché au Provincial Museum of Natural History de Victoria – maintenant le Royal BC Museum. Il rappelle à Scott que le P.M. Tolmie étant malade, il a été mandaté pour répondre aux lettres du 29 décembre et du 4 janvier, adressées à MM. Murphy et Tolmie (voir ci dessus) relativement à l’enlèvement de 4 mâts. Il partage aussi son avis sur cet enlèvement potentiel, tiré d’un mémorandum qu’il avait déjà fait parvenir à Tolmie, où il avait argumenté ceci :

1. Il y a nombre de Sociétés et d’individus en Colombie-Britannique qui sont opposés à tout enlèvement supplémentaire de mâts. Deux cas précédents que je connais ont adopté des résolutions à cet effet adressées aux premiers ministres du Canada et de la Colombie-Britannique.
2. Si on considère l’enlèvement des mâts de la rivière Nass, on sait que cela va causer des remous; comme un nombre de personnes de cette localité ont visité Victoria dans les six derniers mois, tous souhaitent qu’aucun autre mât soit pris de cet endroit.
3. Aucune considération n’a été portée par ces Sociétés ou ces individus à la « survie » des mâts, la majorité desquels ont plus de 30 ans; sans moyens pris pour les conserver, peu demeureront sur les lieux pour un autre dix ans. Ce délai passé, ceux voulant les voir devront visiter les institutions les ayant acquises.

Il conclut qu’au rétablissement de Tolmie, il va prendre les mesures pour parfaire ses opinions à ce sujet et qu’il communiquera ensuite avec Scott.

Une vision du Jardin zoologique

Bulletin L’élevage des animaux à fourrure du 15 février 1932
BAnQ

Le 15 février 1932, tandis qu’on discute de budget dans les journaux et qu’on échange de la correspondance à différents paliers du gouvernement, le sous-ministre du Département de la colonisation, de la chasse et des pêcheries fait part de sa vision dans l’article Le Jardin zoologique de Québec, publié dans le bulletin L’élevage des animaux à fourrure. C’est le premier document qui présente le projet du Jardin, qui se greffe à celui de la ferme expérimentale, tel qu’imaginé par L.-A. Richard et les membres du Comité du Jardin. On profite de cet article pour promouvoir les six objectifs principaux de ces deux projets conjoints : promouvoir l’étude des sciences naturelles, permettre une bonne utilisation du temps de loisir, développer un esprit de conservation de la nature, ajouter un attrait à la région, fournir une nouvelle inspiration pour les artistes naturalistes et enfin encourager à entreprendre des études poussées. Comme on l’a vu dans une note précédente où on se demandait si les totems étaient un art monumental autochtone ou canadien, sans révéler publiquement à ce moment le projet d’acquisition du totem, on aperçoit en filigrane dans l’article son thème autochtone lorsqu’il expose son programme futur.

Puisqu’il est question de reconstitutions, il convient d’avouer que le programme en comporte plus d’une. Combien de gens dans nos villes et même dans nos campagnes ignorent le genre d’existence des sauvages et des bûcherons dans les grands bois? Pour percer, à leurs yeux et aux yeux des enfants, le mystère de la forêt et pour leur montrer une chose qu’ils n’auraient peut-être jamais l’occasion de voir, un endroit a été réservé au jardin zoologique pour y dresser un campement de sauvages et un campement de chantier. Il pourront mieux se rendre compte de la vie primitive que mènent en forêt ceux qui sont attirés par la chasse des animaux à fourrure ou par l’industrie forestière.

Au moment de rédiger ces lignes, Richard travaille déjà pour ramener un mât totémique au Jardin, mais la partie n’est pas encore gagnée. Ce sera six mois plus tard, en août, qu’on enverra un chèque à Barbeau pour conclure la transaction. lI sera payé par un subside obtenu par la Société zoologique de Québec, créée un mois auparavant, en juillet. Simultanément à ce projet ambitieux, on annonce que « pour des raisons administratives, le Quebec Power décidait justement de fermer le petit jardin zoologique que, pendant près de trente ans, il avait entretenu au Kent House, soit avec la maison Holt Renfrew, soit seul ensuite ».

Cages au Jardin zoologique des chutes Montmorency
[Paris] : ND phot. ,[entre 1902 et 1912]
BAnQ 0003513048

C’est effectivement vers 1902 qu’arrivent les premiers pensionnaires, un ours noir et un couple d’orignaux. Dans l’article Le jardin zoologique de la maison Kent, l’historien Jean Provencher nous rappelle que les citadins de la région et les touristes sont accoutumés à visiter ce jardin zoologique dès le début du XXème siècle. On peut également explorer la page Le zoo Holt Renfrew, faisant partie d’un site qui traite de la chute Montmorency et de ses environs, une histoire visuelle constituée à partir d’une collection privée de carte postales.

Montréal annonce un Parc zoologique pour Québec

La grande volière – La ménagerie à Paris – Le Charles 1932
MNHN IC 2235

Dans La Presse du 10 mars, tout en annonçant un projet ambitieux pour l’époque, on se compare aux autres et on n’ose penser qu’un projet puisse être d’envergure. Certes, comme on le le dit dans l’article ci-dessus, « ce ne sera pas tout de suite, on le comprend facilement, le Jardin des Plantes de Paris ou le Zoological Garden de New-York, mais nous avons tous les éléments pour faire vite un Zoologique (sic) des plus intéressants, la nation entière y mettant du sien ». La grande volière qui sera construite plus tard au Jardin zoologique sera tout de même similaire à ce qu’on voit à Paris et New-York. Mais pour le moment, c’est encore un rêve qui prendra de plus en plus de place dans les journaux entre 1932 et 1933 : mais le projet est enfin dévoilé au grand jour. Autre signe des temps, le Jardin sera sur cette route qui va vers le Parc National des Laurentides; il sera un arrêt obligé et il faudra même prévoir un grand stationnement en ce début du siècle automobile.

Une réponse qui tarde à venir


Le 14 mars 1932, Richard fait part à Scott du délai dans la conclusion de la transaction. Il lui indique qu’il n’a pas reçu de réaction à sa lettre du 16 décembre (ci-dessus); trois mois se sont écoulés sans que rien ne bouge. Le 16 mars 1932, dans sa réponse à Richard, Scott justifie le délai, puisque Tolmie n’a pas encore accordé son feu vert. Il lui explique qu’il n’a pas encore obtenu un accord pour l’enlèvement du mât, malgré deux lettres (celles du 29 décembre 1931 et du 4 janvier 1932) auxquelles Newcombe a répondu, au nom de Tolmie temporairement indisponible. Il lui indique qu’il prend sa retraite et que son successeur prendra le dossier en main (ce sera McGill comme on le verra ci-dessous).

La société Provancher appuie le projet du Jardin

BAnQ – Québec, Le Soleil, jeudi 17 mars 1932, page 15

Le 17 mars 1932 on rappelle que la Société Provancher, la plus ancienne société savante d’histoire naturelle du Québec émet une opinion très favorable sur le projet d’un jardin zoologique à Charlesbourg. Elle le considère comme un avancement de la science de la vulgarisation et la promotion de la conservation des richesses naturelles. Un de ses directeurs, le docteur D. A. Déry, se joint au Comité du Jardin et de la ferme expérimentale.

Montréal annonce son Jardin botanique

Le 23 mars 1932, on a peine à souffler dans les annonces à propos du Jardin : un autre billet « Lettre de Québec » du journal La Presse! Maintenant que la province a son musée et son parc zoologique voici ce qui ressemble à un triumvirat! Montréal ne peut se retenir : on planifie maintenant un jardin botanique. Et on justifie sa longue gestation de près de cinquante ans ainsi : « Ce qui a fait défaut alors, c’est probablement le nerf de la guerre. Va-t-il manquer encore? »

Barbeau s’illustre dans le prestigieux Scientific American

Fac-similé de l’article de Barbeau dans Scientific American
JSTOR obtenu via BAnQ numérique.

En avril 1932, Barbeau contribue à de nombreuses publications, jamais à bout de souffle pour émettre ses idées, comme dans l’article Totem Poles, publié dans la prestigieuse revue Scientific American. Cette fois-ci, il spécule sur l’origine des mâts totémiques, dans un texte serré de deux pages. Après l’avoir lu, que peut-on retenir de nouveau qui pourrait nous éclairer sur le Nid de l’Aigle, particulièrement?

C’est une erreur de dire, comme on le fait souvent de manière irresponsable, que les mâts totémiques ont plusieurs siècles. Ils ne pourraient pas l’être, en raison de la nature des matériaux et des conditions climatiques. Un cèdre vert coupé et replanté sans nutriments dans le sol ne peut se tenir debout bien au-delà de 50 ou 60 ans dans la région nord de la Skeena, où les précipitations sont modérées et où le sol est généralement constitué de gravier et de sable. Le long de la côte, il dure rarement plus de 40 ans en raison de l’humidité qui règne la plupart du temps dans la tourbière dans laquelle il se retrouve.

Le Jardin va s’ouvrir annonce Le Devoir

BAnQ – Montréal, Le Devoir, samedi 9 avril 1932, A1
BAnQ Collection patrimoniale

Le 9 avril 1932, comme on peut le lire en première page du Devoir, on dresse un portrait assez intéressant du Jardin zoologique et ses différents attraits. Cette intéressante plaquette remise par la Société zoologique serait vraisemblablement un tiré à part du bulletin publié le 15 février (voir ci-dessus). On en parle également dans l’Action catholique et dans Le Soleil. Bref, ça sent de plus en plus l’ouverture, même si on a pas encore publiquement parlé du Nid de l’Aigle, car l’affaire n’est pas encore bouclée. C’est en juin qu’on verra un virage pour enfin pouvoir acquérir cette oeuvre d’art monumental; concentrons notre attention sur ceci.

Une décision stratégique – on reporte l’achat

BAnQ – Québec, Le Soleil 1 juin 1932 page 11
Procès-verbal du 16 juin 1932
BAnQ- P625 S1 1992-002 \ 1

Le 16 juin 1932, on était bien affairé dans la préparation du Jardin, en donnant des causeries un peu partout, même à la Cie d’Autobus de Charlesbourg qui verrait plus de voyages sur la ligne desservant le jardin pendant l’été 1932. C’était une décision d’affaires parmi tant d’autres, et cela tenait le sous-ministre Richard bien occupé. Ainsi, lors de la dixième séance du Comité du Jardin, il doit expliquer le glissement des délais pour la livraison d’une attraction importante du Jardin, le Totem Pole; le comité doit prendre une décision importante pour éviter un imbroglio administratif.

Monsieur Richard explique ensuite que, à la suite de démarches prolongées, il avait pu obtenir par l’entreprise de MM. Duncan Scott et Marius Barbeau, une des plus beaux spécimens de totem poles de la Colombie. Cependant, par suite de la dépression [économique] et des critiques que l’achat d’un totem aurait pu apporter au département, il avait décidé de remettre à plus tard l’acquisition d’un totem. Comme les totems se font de plus en plus rares, que la Colombie en a défendu l’exportation, qu’il n’en existe aucun à l’est d’Ottawa, qu’ils constituent un sujet de grande curiosité pour le public, qu’ils ajoutent considérablement à la valeur touristique d’un jardin zoologique, le comité est d’avis que la future société de zoologie, avec le fonds qu’elle pourra posséder, devrait prendre les moyens de s’en procurer un et de l’offrir au jardin. Adopté à l’unanimité. »

La future
société de zoologie
devrait
prendre les moyens
de s’en procurer un
et
de l’offrir au jardin

Le comité tient compte des critiques que doit rencontrer le Département de la colonisation, de la chasse et des pêcheries; c’est un organisme gouvernemental pour qui Richard est sous-ministre. On peut voir ceci comme un obstacle légal potentiel, étant donné que la Colombie-Britannique en défend l’exportation. Ainsi, on peut mieux comprendre les aléas de cette interdiction d’exporter des mâts totémiques de la Colombie-Britannique. On ne peut pas présumer comment cet obstacle était perçu à l’époque, sinon à travers ce qui est écrit dans la correspondance et dans les procès verbaux. Si on lit entre les lignes, on comprend mieux l’avis du comité qui suggère que la Société de zoologie, une OSBL, prenne les devants, pour l’offrir au Jardin; on en fait d’ailleurs une proposition adoptée à l’unanimité. Il aurait été embêtant que le gouvernement du Québec intervienne directement dans cette affaire, dans une transaction entre gouvernements provinciaux. Cette décision administrative reste inscrite inéluctablement dans l’histoire du mât, étant évoquée régulièrement.

De la compétition

Alors qu’on s’empresse de prendre les bonnes décisions pour créer des attractions intéressantes pour le jardin, dans La Presse du 16 juin, on parle de deux jardins-musées, « il convient de faire ici un rapprochement. Mont­réal possédera sous peu son jardin botanique. Québec montrera avec orgueil aux étrangers son jardin zoolo­gique ». La compétition entre Montréal et Québec ne date pas d’hier.

On parlera de cette décision jusqu’en 2005

La Société
en a fait don
au gouvernement
parce que ce dernier
ne pouvait faire
une telle acquisition
sans soulever
de critiques

M. Raymond Cayouette rappelle cette situation dans son article Le totem du Nid de l’Aigle publié lors du 60e anniversaire du Jardin en 1991. On le mentionne dans l’article « Trop dangereux, un géant terrassé », dans le journal Le Soleil du 3 mars 1995, suite à son démantèlement : « Il fut offert au Jardin en mai 1933 et installé dans la partie la plus haute du jardin surplombant un étang ».

M. Gabriel Filteau, l’ancien président de la Société zoologique, le souligne également dans deux articles de la section Opinions du journal Le Soleil : Société zoologique de Québec, un traitement méprisable non mérité publié en 1995 et finalement dans l’article Histoire d’un jardin zoologique menacé publié en 2005, dix ans après que le mât ait été démantelé. 


On attend l’approbation du P.M.


Le 24 juin 1932, dans une lettre de Williams, il réitère l’importance d’obtenir l’approbation de Tolmie. Il lui rappelle de se référer à la lettre de Scott du 29 décembre, au sujet des 4 mâts à sortir de Colombie-Britannique. Tolmie avait effectivement écrit à Scott le 4 janvier (ci-dessus) au sujet de la permission requise et lui rappelle que Barbeau a constaté que Tolmie est libre et qu’il serait temps d’en venir à une décision à ce sujet. Il revient sur les 2 mâts demandés par Barbeau, dont le premier destiné gouvernement du Québec qui est dans un village abandonné, dans une forêt. L’autre, destiné au RBC, est à Angidaw, plus haut sur la rivière. Barbeau a indiqué que ces deux mâts sont détériorés et que certaines parties se sont écroulées. Il indique également que Barbeau a déjà pris des ententes et qu’il reste seulement à obtenir l’accord de Tolmie.

On pousse sur la décision

Lettre du 30 juin 1832
BAC 2060458

Le 30 juin 1932, dans une lettre de Williams, il continue la discussion avec Tolmie en absence de Scott. Il inclut une copie de la lettre du 24 juin (ci-dessus) afin de faire avancer la demande d’autorisation. Il rappelle à Tolmie qu’il doit prendre les rênes, étant donné l’absence du surintendant général (T. G. Murphy). Il réitère à Tolmie que Barbeau désire le rencontrer, pour enfin obtenir son accord final.

La Société zoologique est née, enfin!

Fac-similé coupure de journal
Collection patrimoniale BAnQ, Le Soleil

Le 12 juillet 1932, on annonce la fondation de la Société zoologique de Québec à la Une du journal Le Soleil.

Un groupe de concitoyens fondent une nouvelle société scientifique ayant pour but l’étude des sciences naturelles — L’hon. M. Laferté est président d’honneur.

Son président, l’honorable M. Laferté, sera un ardent défenseur du Jardin. On y énonce la mission de la société, ainsi que les membres qui la constitue; ils verront à l’avancement et à la concrétisation du projet de la ferme expérimentale.

Comme on le verra, cette société sera le véhicule administratif pour permettre de finaliser la transaction d’achat et offrir le Nid au Jardin.

Elle sera intimement liée aux destinées du Jardin entre 1932 et 1995, année où elle sera expulsée le 31 mars; la période de 1990 à 1995 sera examinée en détail dans une future note, incluant les décisions prises pour conduire au démantèlement du Nid de l’Aigle. Certains faits relatifs à ce démantèlement n’ont pas encore publiés et la population de la ville de Québec sera informée de nouveaux faits, lors de cette publication.

On expédie 1 700 $ à Marius Barbeau

Procès verbal 8 Août 1932
BAnQ- P625 S1 1992-002 \ 1

Le 8 août 1932, lors de la onzième séance du comité, on annonce l’expédition de l’argent à Barbeau (le 5 août).

M. le président Frémont annonce ensuite aux membres que le lendemain de la réception du subside de 2 000 $, il câblait, à la demande de M. Richard, un montant de 1 700 $ à Marius Barbeau pour qu’il se porte acquéreur au nom de la Société Zoologique de Québec, du grand Totem Pole de l’aigle. M » L.A » Richard avait été autorisé dans une assemblée précédente de faire la correspondance nécessaire avec M. Barbeau pour l’acquisition de de monument. De plus, M » le Président annonce encore que la Société a acheté ce Totem dans l’intention d’en faire cadeau au Jardin Zoologique de Québec.

Le montant initial de 1 500 $ est passé à 1 700 $, sur des subsides de 175 000 $; c’est encore en deçà de 1% du budget pour orner le jardin d’une oeuvre d’art monumental.

On autorise l’enlèvement du mât

Légende à rédiger
BAC Fonds xxxx

Le 27 août 1932, neuf mois après la demande initiale de Richard, Barbeau a maintenant l’argent en poche et 2 télégrammes confirment les autorisations d’enlèvement du site. Le premier télégramme du 27 est expédié du premier ministre Tolmie à Barbeau, relativement à une lettre du 20 (non retracée pour le moment) pour lui donner la permission de transporter 2 totem, l’un pour le gouvernement provincial et l’autre pour le musée britannique. Le second du 29 août est expédié de Williams à l’agent local Collison de Prince Rupert autorisant l’enlèvement des mâts et lui demande d’aviser le constable local. Comme il a déjà été discuté en présentant les 3 mâts dans une note précédente, il est possible que les mâts rescapés en 1929, dont l’Aigle des Montagne du ROM qui a été livré en 1933 à Toronto, aient été entreposés à Prince-Rupert. Nous allons tenter de trouver des détails à ce sujet, éventuellement.

Il est temps de faire le bilan

Si on résume cette année où on a décidé d’acheter un mât totémique, le projet du jardin s’est aussi concrétisé à grande vitesse, à partir de son annonce et de l’achat du terrain en bordure de la route 15 qui mène au parc des Laurentides.

La file des visiteurs
s’allongera et
resserra des rangs
à mesure
qu’avan­ceront
les travaux


Dans Le Soleil du 2 septembre 1932, on fait état de la progression des travaux suite à l’achat de l’immense terrain de 15 acres – près de 350 000 mètres carrés – sur la route 15 entre Charlesbourg et Notre-Dame des Laurentides; c’est la campagne, à cette époque. On croit que « les vastes espaces à peine colonis­és qui s’étendent à quelques milles de Québec facilitaient le choix d’un ter­rain parfaitement adopté à la cons­truction de ce parc ». Dans Le Soleil du 2 novembre 1932, une traduction d’un article du Chronicle Telegraph révèle un aspect inédit du travail de conception du parc. « C’est le travail de nos gens, approuvé avec enthou­siasme par l’un des éminents directeurs du jardin zoolo­gique de New-York, probablement l’une des plus gran­des autorités en la matière en Amérique ». Dans Le Soleil du 14 novembre, L.-A. Richard dresse un premier bilan de la seconde saison du jardin. « Chaque jour, malgré que la saison ne s’y prê­te guère et que l’organisation soit bien loin d’être terminée, les ci­toyens de Québec et des environs se rendent en grand nombre visiter le parc, et il a fallu organiser un service d’ordre pour éviter l’encombrement, tant l’affluence est considérable le dimanche et les jours de fête ». On exprime également une certaine fierté au niveau de sa situation en regard de la route, « le jardin est masqué à la vue des passants par un solide mur de pierre de teinte rosée rappelant les murailles de quelques unes de nos plus ancien­nes et robustes propriétés ». On planifie de réaliser le projet d’aménagement sur une période de 5 ans. Dans La Presse du 15 novembre, en déclarant que les activités du jardin sont presque terminées, on parle spécifiquement des activités future du jardin, annoncées dans le Soleil le jour précédent. « La première sera une fête des ar­bres. On ne sait si le ministère des Terres et Forêts pourra reprendre une coutume interrompue, cette an­née, mais il y aura assurément une fête des arbres au Jardin de Charlesbourg puis, ce sera l’inauguration of­ficielle de ce parc et, enfin, le dixiè­me anniversaire de la mort de Comeau , à qui un monument sera élevé (voir Cayouette 1997:49) »

Fin d’année difficile pour Barbeau qui n’a pas encore livré la marchandise…

Marius Barbeau vers 1930

L’année 1932 se termine, Barbeau est payé, mais le mât n’est pas rendu encore. On vient de voir les défis rencontrés par les initiateurs du projet d’acquisition Nid de l’Aigle. Même si le projet de livrer un mât totémique à Québec a franchi des étapes importantes, dont la conclusion de la transaction, la fin de l’année sera probablement difficile pour Barbeau, mais on l’apprendra beaucoup plus tard. Au début d’octobre personne impliquée dans la transaction de vente, un dénommé Walker, viendra brouiller la lignée des héritiers du mât en contestant des titres de propriété et en reportant un incident violent survenu pendant la transaction – des balles de fusil auraient été tirées dans la tête du Nid de l’Aigle – elle sont même conservée au Musée canadien de l’histoire. En décembre, McGill, le remplaçant de Scott au Affaires indiennes, recevra une réclamation d’un certain Lincoln, incluant un compte de dépense émis en septembre par un certain J.G. Robinson. Cette situation n’a pas empêché l’avancement du projet. On reviendra sur ces ces imbroglios sur le problème de la propriété réelle du Nid lors de son acquisition, incluant aussi des spéculations sur la coiffe d’apparat du chef du clan. Malgré ces quelques soucis de Barbeau, ce qu’il faut retenir de tous les efforts qu’il a déployé pour ramener le Le Nid de l’Aigle à Charlesbourg, c’est qu’il aura procuré à la SZDQ un mât qui aura battu un record de longévité. Élevé vers les années 1870 et démantelé en 1995, il aura survécu plus de 120 ans. De manière laconique d’ailleurs, Barbeau ajoute à son article un commentaire judicieux, qui pourrait orienter notre réflexion sur le destin final du Nid.

Ce n’est pas la coutume de réparer ou de transplanter un mât totémique, aussi précaire soit sa condition. Une fois tombé, le mât est mis de côté, s’il est embarrassant, et se désintègre progressivement ou est coupé et brûlé.

Dans cette simple formulation, relevons deux paradoxes : on contrevient à la coutume locale de les transplanter ailleurs en ramenant des totems de la Côte Nord-Ouest et on déploie beaucoup d’efforts pour les restaurer, mais dans l’intérêt mercantile du tourisme comme on l’a déjà vu. Ceci nous place devant une contradiction à résoudre, qui se présentera en 1995 : on abandonne le Nid une fois abattu ou on tente de le sauvegarder comme on a fait pour ses deux voisins présentés dans une note précédente? On connaît maintenant la réponse…


INFORMATION COMPLÉMENTAIRE …

Revue des sources documentaires en ligne au moment de la publication, photoreportages ou études de cas en relation avec le thème abordé dans cette note.


POUR LIRE CETTE SÉRIE DANS SON ENTIER

Accédez à la chronologie des notes sur l’histoire d’un mât totémique exceptionnel ou partagez-la à l’intérieur de vos réseaux sociaux :

PORTFOLIO : HISTOIRE DU NID DE L’AIGLE

Une réflexion sur “Un ballet bureaucratique orchestré entre 1931 et 1932

  1. Je voudrais remercier mon ami Marc pour sa contribution à une réflexion à parfaire sur l’art monumental.

    Il m’a fait part de cette ambiguïté sur l’utilisation du terme « oeuvre d’art monumental », où monumental peut être perçu comme un adjectif qui pourrait qualifier l’oeuvre d’art, dans son aspect de gigantisme, ce qui nous conduirait à croire qu’une oeuvre d’art est effectivement « monumentale », parce qu’elle est d’une proportion démesurée par rapport à l’objet qu’elle veut représenter.

    Mais serait-ce une erreur monumentale de croire qu’il est difficile de définir ce qu’est-ce que « l’art monumental »?

    L’excellent article « La monumentalité dans l’art contemporain » offre de magnifiques exemples, comme les œuvres de Cristo ou le fameux pouce de César sur la plazza de Beaubourg.

    Selon l’auteur, « les œuvres d’art contemporaines sont souvent remarquables par leur impact chez le spectateur. Tout est pensé pour que celui-ci soit immergé en elles. La monumentalité est une réponse possible pour produire une oeuvre remarquable. Des œuvres gigantesques et titanesques envahissent les villes et les musées bien souvent relayées par les médias »

    Voir l’article archivé : La monumentalité dans l’art contemporain,

    Ceci ne résout pas entièrement le débat, car en effectuant une recherche sur le terme Art Monumental dans Google, on retrouve beaucoup d’articles à ce sujet, le milieu des arts nous habituant à de telles discussions. Vous pourrez effectuer une telle recherche pour vous apercevoir comment on doit réfléchir à cette question.

    Une fois ceci dit, et grâce à la contribution critique de mon ami, je comprends mieux comment on réagit devant l’utilisation du masculin lorsque je précise que le Nid de l’Aigle est une oeuvre « art monumental », et temporairement, je vais ajouter des guillemets quand j’utilise cette expression.

    Le fond de la question est maintenant de se demander en quoi le Nid se qualifie dans cette catégorie, et pour conserver le débat ouvert, je vais rédiger une note hors-série qui posera la question suivante :

    Le Nid de l’Aigle est-il de l’art monumental? Ceci sous-entend : les mâts totémiques sont-ils de l’art monumental?

    Enfin, ce qui peut introduire une autre ambiguïté, ce que les mâts totémiques sont aussi des monuments commémoratifs, dans certains cas, qui témoignent d’une histoire de famille de son propriétaire.

    La langue française permet de tels débats, soyons-en heureux!

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