Sauvetage à Gitiks : 2 rescapés sur 4

Photo d’archives mise à l’avant

1900c Collison W.H. – Falling totem pole, Nass River, BC
NBCA 2009.7.1.102

Dans l'article précédent, nous sommes revenus en 2017, alors que la nouvelle exposition permanente Art canadien et autochtone du MBAC propose un regard réconciliant les pratiques artistiques de deux cultures distinctes. Mais près de 30 ans de critiques auront-ils suffi pour abandonner une vision européenne de l’art?


Découvrons maintenant que Le Nid de l’Aigle, ramené du village abandonné de Gitiks, sur la rivière Nass, faisait partie d’un ensemble de 4 mâts voisins. De 3 rescapés, on passe à 2 en 1995 : le Québec n'a pas su conserver le sien.

La photo mise en avant a été prise par W.H. Collison aux alentours de 1900. Elle serait une des plus anciennes du Nid de l’Aigle, qu’on aperçoit au second plan. Elle a été repérée en parcourant toutes les photographies de mâts totémiques sur le site Northern BC Archives, car elle n’était pas identifiée au Nid de l’Aigle.

Dans le volume 1 de Totem Poles, l’ethnologue Marius Barbeau considérait les mâts de Gitiks comme un rassemblement digne d’intérêt.

Ces trois mâts de l’Aigle ensemble, auprès d’un quatrième qui serait peut-être disparu sans être inventorié, formaient le meilleur rassemblement de sculptures hautes, et magnifiques, de la Côte nord du Pacifique (Barbeau 1950a : 45)


Les mâts voisins de Gitiks

Carte Totems Nisga’a
Consulter dans Google Maps

Pour écrire l’histoire de l’acquisition et du démantèlement du Nid de l’Aigle, il faut comprendre d’où il vient; son destin est relié à celui de ses voisins. Deux rescapés sont abrités au Museum of Anthropology de l’université de Colombie-Britannique (MOA UBC) et au Royal Ontario Museum à Toronto (ROM).

Les trois mâts aperçus par Barbeau en 1927 sont décrits sur le site web Anciens Villages et Totems Nisga’a. On y trouve également une section traitant du mode de vie du peuple Nisga’a et une carte des 13 anciens villages qui longeaient la Rivière Nass (Lisims).

Itinéraire Vancouver – Gitlaxt’aamiks (New Ayansh)
Consulter dans Google Maps

Vous pouvez consulter les 2 cartes dans Google Maps pour vous familiariser avec cette région.

La carte Totems Nisga’a situe les villages riverains de la Nass, sur la Côte Nord-Ouest du pays. La carte Itinéraire Vancouver – Gitlaxt’aamiks (New Ayansh) vous conduit vers la capitale de la nation Nisga’a. Il faut prévoir rouler pendant 16 heures pour se rendre juste sous la frontière de l’Alaska.

Des quatre mâts originaux érigés côte à côte sur les rives de Gitiks, deux provenaient de Gwinwoḵ. Ils furent rescapés en les descendant à Gitiks, puisque de fortes inondations rendirent leur village d’origine inhabitable, dans les années 1900.


Les mâts originaux de Gitiks

Rendu CGI du village de Gitiks – De gauche à droite : 01. L’Aigle Flétan – MOA UBC; 02. Nid de l’Aigle – Jardin zoologique de Québec; 03 Totem de Sagaween – ROM; 04 Long Nez Sharp Monster – détruit.

Ce rendu infographique du village de Gitiks illustre la position initiale des quatre mâts; le dernier sur la droite n’a pu être rescapé; il a été détruit avant l’inventaire méticuleux effectué par Barbeau.

Il reste donc 3 mâts qui connaîtront chacun leur destinée. Les photos proviennent du fonds d’archives Marius Barbeau au Musée canadien de l’histoire (MCH). On les désigne comme les « Totems de l’Aigle », leurs propriétaires étant tous de cette tribu.

Le tableau suivant résume leurs principaux attributs. Les liens sur la sixième rangée renvoient à leur fiche descriptive, provenant du site Anciens Villages et Totems Nisga’a.

01
Aigle
Flétan
02
Nid
de l’Aigle
03
Aigle
des Montagnes
Chef / Sculpteur
Laa’iGitx̱’unSag̱aw̓een
OyeeAqstaqhlAqstaqhl
WEB
Anciens
Villages
 Laay̓ Tx̱ux
Ii Xsgaak
Anluuhlkwhl
X̱sgaak
Sag̱aw̓een
55 pieds66 pieds81 pieds
2 segments
– 1 entreposé
– 1 exposé
2 segments
– au transport
3 segments
– au transport
LIEUX
Gwinwoḵ 1870sGwinwoḵ 1870
Gitiks 1900sGitiks 1875Gitiks 1900
Acquis en 1947Acquis en 1933Acquis en 1928 
à confirmerà confirmerTransport 1929
Vancouver 1976

Ajout d’une aile
au
MOA UBC
Québec 1933

Inauguration
Jardin
zoologique
Toronto 1933

Ajout d’une aile
au
ROM
En conservationDétruit en 1995En conservation

Passons en revue leur destinée, en retenant les faits essentiels. On verra que le Nid de l’Aigle faisait partie d’un bon voisinage, qu’on peut encore aller saluer au MOA et au ROM, en l’absence de celui de Québec.


01. Aigle Flétan de Lai’i

Ce totem n’a pas été mis à la vue du public pendant près de 50 ans. Ce n’est qu’en 1976 qu’il fera son apparition au MOA. Son histoire est relatée dans le volume 1 de Totem Poles : According to Crests and Topics (49-54) de Marius Barbeau.

La photographie suivante a été prise à Gitiks en 1927. La personne en avant-plan permet de jauger sa hauteur.

Eagle-Halibut Pole of Laay – C.M. Barbeau, 1927 – MCH 69757
Northwest Coast Village Project / Nisga’a / Git’iks – SFU Bill Reid Center

L’article « Nishga masterpiece join totem pole collection » publié dans UBC Reports en 1976 résume son histoire de conservation, depuis son achat par le MOA en 1947.

Poles – Museum of Anthropology, University of British Columbia
Ouvrir la fiche 2015-06-21 sur Wikimedia Commons

Dans cet espace lumineux, le mât comportant un coffre porté au dessus de la tête se distingue des autres. Ce n’est que son tronçon inférieur qui est exposé. Même si on avait voulu l’exposer en entier, la hauteur du hall aurait été insuffisante.

Détail du pied du mât
A50020 MOA UBC

Ce tronçon n’a jamais été exposé en plein air en raison de son état; les intempéries auraient pu aggraver sa détérioration. Fragmentées, certaines sections sculptées par le restaurateur remplacent celles qui étaient pourries, alors que d’autres sections ont été consolidées pendant le processus de restauration. Son tronçon supérieur est encore entreposé.

Le sculpteur Nisga’a Norman Tait, dont la production artistique est prisée, a été impliqué dans sa restauration avant qu’il soit exposé et mis en valeur. C’est après la construction d’un nouveau pavillon du MOA en 1976 qu’il a été installé dans son dernier refuge.

La tête et le coffre porté au dessus de la tête sont considérés comme deux emblèmes distincts, par Barbeau (1950a : 50).

Mât totémique du Flétan (emblème) et de l’Aigle (emblème), Gitiks
69755 du MCH

La tête représente les Gunas avaleurs de l’Esprit-Flétan, comme raconté dans le mythe; une boîte funéraire représente le cercueil de Laa’i, un chef de l’Aigle du bas de la Nass qui, pendant les migrations des Aigles provenant du Nord, avait précédé la faction de Gitrhawn.

On peut remarquer que les motifs de la boîte funéraire, bien apparents dans la photographie noir et blanc de 1927, ne figurent pas dans la photographie couleur au dessus.

Soulignons que cette omission n’est pas une négligence du restaurateur. Plusieurs courants de pensée se côtoient quant à l’utilisation de la couleur sur les mâts totémiques, sur les oeuvres originales ou sur les oeuvres restaurées. La note Couleur « Totems » qui paraîtra le 30 août prochain présente une discussion à ce sujet.

Des photos détaillées du tronçon exposé figurent sur la fiche Eagle-Halibut Pole A50020 du MOA UBC.


Coffre Tsimshian circa 1905 – MCH VII-C-109 a-b
Parcourir les collections de boîtes Tsimshian et de coffres Tsimshian du MCH

Les Nisga’a créent une gamme variée d’objets décorés, dont des boîtes et des coffres en bois, tous ornés d’un graphisme distinct. Pour avoir une idée de l’apparence du coffre sur le mât original, voici un exemple typique tiré de la collection d’objets Tsimshian du MCH.


02. Nid de l’Aigle de Githawn

Le Nid de l’Aigle domina le site Jardin zoologique de Québec de 1933 à 1995, étant reconnu comme son emblème. Il est peu connu dans la région, étant disparu du paysage depuis vingt-cinq ans. Son histoire est relatée dans le volume 1 de Totem Poles : According to Crests and Topics (42-46) de Marius Barbeau.

Deux photos d’archives, qui se ressemblent, le représentent dans son contexte original. Elles proviennent de deux sites web : Northwest Coast Village Project et Anciens Villages et Totems Nisga’a.

Harlan I. Smith, un archéologue du Musée canadien de l’histoire, a été impliqué dans la restauration du mât, avant qu’on l’installe au bout de l’étang du Totem, construit en 1933 au Jardin zoologique de Québec. C’est suite à un don de la Société zoologique de Québec, annoncé dans le journal Le Soleil du 10 mai 1933, que le Jardin pourra s’enorgueillir de ce mât.

Fac-Similé – Coupure de presse
BAnQ – Le Soleil du 10 mai 1933

Barbeau portait une affection particulière aux mâts de Gitiks – les mâts de l’Aigle – quand il écrivait à leur sujet, et plus particulièrement sur le Nid de l’Aigle.

Jamais on n’a vu de plus superbe structure, sculptée à même un seul arbre, sauf un autre grand mat à cent pas de distance qui, celui-là, penchait vers la rivière, à la veille de s’écrouler, et qui depuis a été transporté au Royal Ontario Museum. Plusieurs animaux sauvages, admirablement modelés, les uns au-dessus des autres, décoraient ces deux mâts gigantesques, dans toute leur longueur, l’un de 66 pieds, l’autre de 81 pieds.

L’aigle des montagnes assis au sommet du Nid de l’Aigle, les ailes grandes ouvertes, semblait proclamer ses droits préhistoriques sur cette solitude. Mais la forêt tout autour envahissait la clairière qu’y avait naguère pratiquée une tribu riveraine, depuis passée à d’autres lieux (Source – page)

Un peu plus loin, il mentionne que le Nid de l’Aigle ne peut pas être perçu tel qu’il était dans son environnement.

[…] si ces monuments, même une fois transplantés ailleurs, sont imposants, ils le sont encore d’avantage chez eux, parmi les grands arbres d’une côte semi-tropicale, dans des montagnes quelquefois enguirlandées de vapeurs bleuâtres, que le soleil couchant colore de pourpre (source – page).

Cette prose aux élans poétiques est typique de l’époque. Cet enthousiasme ne reflète pas les enjeux déchirants et les manoeuvres qui seront nécessaires pour amener le mât à Québec. Pour demeurer dans le même élan on voit ci-dessous le mât dans ses années de gloire, devant l’Etang du totem. On a peine à imaginer la suite…

Totem du Nid de l’Aigle devant l’étang du totem (numérisation temporaire sur table lumineuse d’un négatif de type 120, format 6×7 – Circa 1990
BAnQ – P884 – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec

« Dangereux », « Terrassé », « Abattu » – C’est la fin du troisième rescapé

Fac-similé – La Une – journal Le Soleil – 3 mars 1995
BAnQ – Collection patrimoniale

La manchette à la une du journal Le Soleil du 3 mars 1995, « Un géant rend l’âme » annonce l’article « Trop dangereux : Un géant terrassé » en page A3.

Face-similé – Page A3 – journal Le Soleil – 3 mars 1995
BAnQ – Collection patrimoniale

C’est ainsi qu’on apprend à la population de Québec que le Nid de l’Aigle a été « abattu » dit-on dans la légende de la photographie. C’est un beau florilège de termes associés à la catastrophe : dangereux, terrassé, abattu…

Le Nid de l’aigle – Photo originale
Droits réservés – Une gracieuseté de Jean-Marie Villeneuve

C’est deux mois plus tard que Gabriel Filteau, ancien président de la Société zoologique, réagit dans la page Opinion du journal Le Soleil du 2 mai 1995. Il rappelle que que mât avait été un don de la Société zoologique de Québec au Jardin zoologique en 1933.

En plus d’avoir vu le Nid de l’Aigle couché sur le sol dans le stationnement du Jardin, il revient sur une suite d’événements survenus à la fin d’un mois de mars qui s’était mal terminé, pour la Société zoologique.

Fac-similé – Page Opinion – journal Le Soleil – 2 mai 1995
BANQ – Collection patrimoniale

Si on retient l’essentiel de son opinion, il croit que la Société du Jardin zoologique a eu droit à « Un traitement méprisable non mérité ».

« Mais assurez-vous de ne rien emporter que vos avocats pourront prouver vous appartenir ».

C’est sous cette menace proférée haut et fort par le directeur du Jardin zoologique du Québec que les membres du conseil d’administration de la Société zoologique se sont improvisés déménageurs pour vider leurs locaux administratifs, le 31 mars dernier.

Après cette publication, peu de réactions sont parues dans les journaux de la région pendant l’année 1995. La question de ce don va longtemps hanter l’histoire du Jardin, car en 1933 le ministère de la Colonisation n’avait pas été en mesure d’acheter le mât directement du gouvernement de la Colombie-Britannique, qui en interdisait l’exportation. Dans les notes traitant de la correspondance, on découvrira les méandres derrière cette acquisition – appropriation devrait-on dire dans la langue d’aujourd’hui.


03. Aigle des Montagnes de Sakau’wan

Examinons le totem le plus élevé, bien à l’abri au centre d’un des escaliers du ROM. Son histoire est relatée dans le volume 1 de Totem Poles : According to Crests and Topics (pp. 21-35) de Marius Barbeau. On y apprend notamment des détails sur le transport des mâts de Gitiks vers Toronto.

S’élevant sur plus de quatre-vingts pieds, quatorze emblèmes s’y succèdent. Initialement érigé à Gwunwawq, il honorait Sakau’wan, chef d’une phratrie Gitrhawn – les Mangeurs de saumon; il fut lui aussi déménagé à Gitiks. Il fut acheté d’un des héritiers de Montagne – Skaneesemsem’oiget- décédé en 1928, qui le considérait vraiment comme le sien.


Les péripéties du transport et de l’architecture

Maintenant exposé dans un puits d’escalier du Royal Ontario Museum (ROM), rappelons qu’il n’y eut pas de place pour loger les mâts acquis dans les années 20, avant les travaux d’agrandissement en 1933. Les trois photos ci-dessous, prises sur la rivières de la Nass en 1929, illustrent le transport des mâts de Gitiks entre la rivière Nass et Prince-Rupert, en passant par le canal Portland.

Il est à noter que la première à gauche a aussi été utilisée pour illustrer l’article 1933 : « Le Nid de l’Aigle » dans La Presse du samedi le 1er juillet 1933, avec la légende suivante : « No II—Le totem de l’Aigle à son départ pour le Saint-Laurent. Sculpté à même un cèdre géant, il pèse plusieurs tonnes ». En toute apparence, il s’agit effectivement d’un des trois totems de l’Aigle – L’Aigle des Montagnes.

La petite histoire des deux totems, qui logent dans la spirale des deux escaliers du pavillon d’entrée , est une péripétie de chantier de construction, comme le résume Peter Kenter dans son article Work of indigenous builders lives on in ROM totem poles paru en 2016.

Il mentionne qu’avant leur transport, les mâts ont été saturés de pétrole (gelée?) et de cire pour les conserver; ce traitement a détruit les couleurs originales, qui ont dû être appliquées à nouveau. Les plus longs ont été coupés en tronçons afin de permettre le transport en train à Toronto. Ils ont finalement été exposés après l’agrandissement du ROM en 1933. J’Net Ayayqwayaksheelth – une éducatrice du musée, ajoute son mot : « Ils ont apporté le plus gros mât en morceaux et les ont rassemblés directement sous la lucarne, avant que l’escalier ne s’enroule autour ».

Mais comme il y a peu d’occasions depuis 1950 de voir des textes originaux de Totem Poles traduits en français, profitons des circonstances pour relater les faits tels que relatés par Barbeau. On comprendra mieux la péripétie.

Des mesures minutieuses au Musée royal de l’Ontario ont été prises sur toute sa longueur. Lorsque l’architecte a établi les fondations du grand mémorial sous le niveau du rez-de-chaussée et a aménagé son plafond pour le recevoir, il a pris pour acquis que les mesures qui lui avaient été données étaient exactes. Mais pendant un moment, il sembla avoir pris des risques (rempli de doutes?).

Le totem était si lourd que le bureau du surintendant fit appel aux services d’experts de la Dominion Bridge Company pour empiler les sections les unes sur les autres, dans l’escalier principal du bâtiment. Les deux sections inférieures étaient calées à leur place et le sommet fut lentement hissé – un autre géant à contempler.

L’officier responsable des calculs sentit un frisson le long de son dos. C’était l’arbre qu’il avait mesuré, peut-être sans d’espace suffisant pour le placer au sommet. Que lui arriverait-il s’il s’était trompé? La partie supérieure encombrante continua son ascension jusqu’à presque toucher le toit. Pendant un moment, tous les yeux étaient fixés sur celui-ci plutôt que sur l’aigle en hauteur.

Briserait-il le toit ou resterait-il patiemment sous son abri? Ça finit par bien s’ajuster. Et il y eut un soupir de soulagement tout autour, même si la marge n’était que de six pouces! Six pouces étaient suffisants pour que les moineaux qui s’étaient réfugiés dans le bâtiment pendant sa construction construisent un nid sur la tête de l’Aigle – le nid de moineaux le plus élevé connu des ornithologues de l’université (TP:34)

Voilà donc ce que nous apprenons enfin, près de cent ans plus tard, et de première main, Barbeau étant très habitué à raconter des histoires autant que d’en écouter et de les enregistrer. Il faudrait bien un complice pour fouiller dans les archives du ROM et trouver des photos de cette opération!


Au delà de l’art monumental

Chacun des mâts totémiques provenant du peuple des Premières Nations doit être considéré comme une oeuvre d’art monumental. Comment cette forme d’art est-elle considérée de nos jours? Fions-nous aux personnes les plus avisées pour en parler : le gouvernement de la Nation Nisga’a, d’où provient le Nid de l’Aigle.


Le Pts’ann – Un message de la nation Nisga’a

Mâts totémiques devant l’édifice gouvernemental de Gitlakdamix – Nation Nisga’a Lisims – 2016
Hamilton W. – The Discourse

Ci-dessus, on voit les mâts qui s’élèvent devant l’édifice gouvernemental de Gitlakdamix, la capitale de la nation Nisga’a Lisims; son drapeau flotte en compagnie de celui du Canada et de la Colombie-Britannique. Sur le site web de la nation, on rappelle ce qu’est un mât totémique – un Pts’ann; nous le traduisons ici.

Chaque pts’aan (“totem” ou “mât à blasons”) est une liste d’ayukws (de blasons). Les Nisga’a élèvent des pts’aan pour raconter l’histoire de leurs familles et de leurs biens. Traditionnellement, quand un chef élevait un pts’aan, il organisait un festin et racontait son adaawak (histoire traditionnelle).

Élever un pts’aan est un signe de richesse. Le sculpteur doit être remercié correctement, et la levée du mât est célébrée avec un festin et de nombreux cadeaux au maître sculpteur et aux assistants. La levée du mât et le festin deviennent le centre d’attention de toute la communauté. Les gens s’intéressent davantage au chef et à son wilp (maison) quand ils élèvent un pts’aan.

Lorsque les missionnaires sont arrivés, ils pensaient à tort que les pts’aan étaient des statues de dieux païens vénérés par les Nisga’a. Ils ont décidé que tous les pts’aan devraient être abattus. Beaucoup ont été brûlés, certains ont été coupés et utilisés comme poteaux pour de nouvelles maisons, d’autres ont été expédiés dans des musées du monde entier.

Aujourd’hui, la nation Nisga’a reste l’un des chefs de file parmi les peuples de la Côte-Ouest dans l’art de sculpter et d’élever des pts’aan puisque chaque village Nisga’a compte maintenant plusieurs pts’aan dans leurs communautés, dont beaucoup ont été sculptés au cours des 30 dernières années.

La page web définissant les totems du site Anciens Villages et totems Nisga’a, de la communauté de Gingolx, propose une définition originale qui synthétise parfaitement la nature des emblèmes; elles sont un système d’enregistrement des histoires. Ça dit tout en peu de mots.

[…] les Nisga’a […] enregistraient les histoires des origines et des anciennes migrations des familles, ainsi que les relations de celles-ci entre elles et avec d’autres familles et clans, au moyen d’un système d’images iconiques ou « emblèmes » sculptés sur des totems (ou peints sur des façades de maisons, tissés dans des couvertures ou sculptés sur des coiffures). 


Pouvons-nous prévenir le gaspillage?

Les mâts totémiques sont un type d’art monumental de grande valeur. Ils racontent des histoires de héros ou de famille, en plus d’exprimer le talent des artistes. Mais quand une telle oeuvre est expatriée hors du contexte culturel où elle prend toute sa signification et occupe une fonction de cohésion sociale, la mémoire qu’elle véhicule se dissipe dans le brouillard de l’oubli, inévitablement.

Pourtant les mâts totémiques occupent une place importante dans l’organisation de la vie sociale à l’ouest du pays, même aujourd’hui. Ils sont trop souvent considérés comme une attraction touristique servant d’arrière-plan pour les autoportraits, sans qu’on connaisse leurs riches secrets. L’art des peuples de la Côte Nord-Ouest est peu présent dans l’est canadien et peu d’opportunités se présentent pour en connaître la nature.

Dans le cas du Nid de l’Aigle, on peut se demander si cette oeuvre d’art a été gaspillée par la méconnaissance de son histoire, et encore plus l’ignorance de la culture de la Côte Nord-Ouest. C’était une belle opportunité de créer un lien avec l’autre extrémité du pays, mais l’est ne semble pas parler souvent à l’ouest.

N’accusons personne d’ignorance, tentons d’éduquer simplement.

Article suivant : Un sous-ministre veut rapporter un totem de Colombie-Britannique pour le Jardin zoologique en s'adressant aux Affaires indiennes.

Aide à la recherche…

Pour explorer le thème de cette note, on peut se référer aux sources documentaires disponibles en ligne au moment de la publication.

Certains titres d’ouvrages provenant de archive.org peuvent être empruntés facilement en s’inscrivant avec son adresse courriel.

3 réflexions sur « Sauvetage à Gitiks : 2 rescapés sur 4 »

    1. Merci de ces mots encourageants. Les mâts totémiques à l’ouest de notre grand pays sont peu connus… il y aura d’autres découvertes pour vous et vos élèves peut-être!

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