Tous les articles par Claude Lanouette

Exister, c’est partager. Partager, c’est être sur le Web. Être sur le Web, c’est exister. L’équation d’aujourd’hui. Pourquoi en dire plus? Vous me trouvez partout.

Au pied d’un Nid

Totem devant l’étang – Photographe non identifié, circa 1950
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
2007-02-001 / 106

En essayant de comprendre l'histoire de la mise en valeur du totem Le Nid de l'Aigle de 1934 à 1959, au Jardin zoologique de Québec, l'axe principal du jardin central se révèle; quelqu'un avait vu grand!

AVOIR UNE VISION DU FUTUR

Depuis l’été 1933, la deuxième saison d’ouverture du jardin zoologique de Québec, le Nid de l’Aigle s’élève au nord d’un grand terrain désert. Loin de l’entrée, comment réussira-t-on à l’inclure dans le plan de visite et à le transformer en un point focal digne d’intérêt? La Société zoologique y a pensé de toute évidence, comme on peut le voir dans le Guide du jardin de 1934.


Plan du jardin zoologique de Québec – Guide du jardin zoologique 1934
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec2007-02-01 / 90

Le mât totémique apparait en haut à gauche du plan. En y regardant de plus près, on comprend que le vaste espace devant le Nid est réservé pour des développements futurs, dont un étang en croissant de lune au pied du totem (6), une section des ours (7), un arboretum (8) et enfin une terrasse au sud (9). Autrement dit, ce plan ne représente pas tout à fait les lieux si on entreprend une visite, comme on peut le constater dans la photo suivante.


Vue aérienne du Jardin zoologique – 1937
Archives de la Ville de Québec – Fonds W.B. Edwards Inc. – P012-N023423

Même en 1937, quatre ans après son arrivée au jardin, son isolement dans un lieu peu invitant persiste. On voit bien que le mât, dans le coin inférieur droit de cette vue aérienne, fait face à un grand champ. Avant que les travaux d’aménagement proposés sur le plan de 1934 ne débutent, il y a peu d’incitatifs pour aller l’admirer de près. À moins d’avoir été intrigué par sa présence sur les lieux, suite à la lecture d’articles parus dans les journaux ou encore après avoir reçu conseil auprès des guides du jardin, il est bien possible qu’il passe inaperçu. L’amélioration graduelle de l’aménagement paysager et l’ajout d’attraits supplémentaires favoriseront les visites à proximité de cette oeuvre d’art unique.


ALLER VOIR LE TOTEM

Zone d’entrée du jardin – Plan du Guide du jardin 1934


À partir de l’entrée principale, une fois qu’on a franchi le pont rustique en bas du barrage, un embranchement de l’allée principale permet d’emprunter l’un ou l’autre des sentiers pour se rendre au totem.


Prendre le sentier de droite

Zone de la volière et des quartiers d’hiver – Plan du Guide du jardin 1934

Maison à oiseaux (Volière), Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg
Marius Barbeau 1932
Musée canadien de l’histoire – MCH 76399

Quartiers d’hiver – 1933 – La volière construite en 1933 apparait immédiatement devant
BAnQ – Le Soleil, samedi 8 juillet 1933, page 1

La grand voilier d’été au Jardin zoologique de Québec – Raymond Cayouette 1947
2 versions – 36390 (alternative SZQ 1949)
BAnQ – E6,S7,SS1,P36390

Si on emprunte l’embranchement sur sa droite, après être passé devant les quartiers d’hiver construits à l’automne 1932 et la grande volière terminée en 1933, on parvient directement au pied du mât. On peut apprécier directement ses soixante pieds de hauteur, le double de la volière.


Totem au jardin zoologique – Photographe non identifié, circa 1957
Copie temporaire – recherche des crédits en cours

Cette photo ramène le mât à une échelle humaine. Elle provient du magazine Québec Express du 31 mars 2016, consulté en novembre 2018; maintenant indisponible sur ce site suite à une migration web, nous tentons actuellement de retracer le photographe pour lui accorder le crédit. Une seconde photo intéressante a été repérée à la Société d’histoire de Charlesbourg; nous attendons leur courtoise collaboration pour l’ajouter à cette note.


Laboratoire d’ornithologie et totem – J.A. Brassard 1946
BAnQ – Patrimoine Québécois
E6,S7,SS1,P34725

Si on s’est attardé un peu en passant derrière les quartiers d’hiver et la grande volière, on aperçoit le laboratoire d’ornithologie, « une maison de pierre, exacte réplique d’une maison du régime français », construite en 1934-35 (Cayouette 1991:41). Mais on n’échappe pas à la vue du totem, à quelques foulées de là.


Prendre le sentier de gauche

Zone de la ferme expérimentale et des ruminants – Plan du Guide du jardin 1934

R. Cayouette, 1987 « Notes historiques sur le jardin zoologique de Québec », page 51
Article original en PDF

Alternativement, si on on emprunte l’embranchement gauche, on passera derrière le moulin à vent et on marchera entre la ferme expérimentale et la section des ruminants. Comme on le voit dans cette photo prise à l’hiver 1935-1936, on aura une vue éloignée sur le mât situé au sommet de ce vaste espace en pente; il est en arrière plan du grand champ enneigé derrière la ferme.


AU FIL DES SAISONS

Examinons la progression des travaux d’aménagement paysager entre 1935 et 1959 afin d’évaluer leur impact sur la circulation aux alentours du Nid de l’Aigle.


1937 : Libérer du terrain

Présentation de la nouvelle ferme expérimentale de Courville
BAnQ – L’Action catholique, jeudi 1 juin 1939, page 9

S’étalant sur une période de deux ans, le déménagement de la ferme expérimentale affectera la circulation dans le grand espace au pied du Nid de l’Aigle. Dans ses notes, Raymond Cayouette mentionne qu’elle déménagera de Charlesbourg à Saint-Louis de Courville, libérant une parcelle de terrain en vue de futurs aménagements (Cayouette 1987 : 58; 1991 : 38).

Dans L’Action catholique du 22 mars 1937, on mentionne que ce déménagement est longuement discuté lors de l’assemblée générale de l’Association des éleveurs à fourrure. Dans Le Devoir du 16 septembre 1938, le transfert se concrétise par la nomination d’un nouveau directeur, le Dr R. Rajotte; dans l’édition du 21 janvier 1939, on rend compte de la progression des travaux de la « renardière de St-Louis de Courville ». Enfin, dans une rubrique illustrée de L’Action catholique du 1er juin 1939, on se félicite de la productivité à cette ferme, « la seule du genre dans toute la province, où l’on garde actuellement 80 trios de renards qui ont produit cette année 210 renardeaux ».


1938 : L’étang du totem

Zone de l’étang des plantes aquatiques – Plan du Guide du jardin 1934

Vue d’un totem au jardin zoologique à Charlesbourg – CPR, circa 1950
Archives Ville de Québec – M07-03-49-N026220

À partir de 1939, le Nid de l’Aigle ne sera plus seul en haut d’un grand espace dégarni. Un nouvel attrait devrait attirer les gens plus près du mât, permettant de mieux apprécier ses blasons sculptés. Dans ses notes historiques, Raymond Cayouette rappelle que « devant le mât totémique, on creusa un étang dans lequel poussaient plusieurs plantes aquatiques. Des arbres de diverses essences et des arbustes furent plantés à proximité pour créer un arboretum (Cayouette 1991:43) ».

Les ours du jardin
semblent éprouver
de la difficulté
à s’endormir
cette année.
On se de­mande
si c’est à cause
du bruit
que font
les travailleurs
dans
les envi­rons…

LE DEVOIR
24 novembre

C’est un travail d’envergure, entrepris dans des circonstances inattendues. L’année 1938 est marquée par les dégâts causés par la tempête du 31 août, qu’on évoque lors de la fermeture annuelle d’automne, rapportée dans Le Devoir du 27 octobre. On y annonce de grands travaux de réfection et d’agrandissement avec des octrois à titre de secours au chômage.

Dans Le Devoir du 24 novembre, on affirme que « les travaux d’embellisse­ment consistent surtout dans l’amé­nagement d’un lac artificiel en avant du totem. Dans ce lac les visi­teurs pourront admirer différentes plantes d’eau telles que nénuphars et autres ». L’Action catholique titrera alors : « Environ 550 hommes travaillent au jardin zoologique de Charlesbourg ». L’édition du 22 mai 1939 mentionne qu’on se rend en grand nombre au jardin pour voir les travaux, même sans ouverture officielle de la 8e saison.


Horatio Walker peignant dans son jardin, île d’Orléans – M.O. Hammon, 1933
Wikipedia Commons – Archives of Ontario – F 1075-12-0-0-27

Radio-zoologie – L’étang des plantes aquatiques, Wilfrid Corrivault
BAnQ – L’action catholique, 4 novembre 1945, page 10

Dans la Chronique des jeunes naturalistes du 4 novembre 1945, Wilfrid Corrivault suscite la curiosité en posant une question. « Devant l’étang, situé à quelques pas de la volière, vous vous demandez, en regardant le mât totémique se mirer dans ces eaux, ce qu’il y a intéressant à voir? » Dressant alors un portrait intéressant de la vie grouillante de ce marécage, il n’oublie pas de souligner la contribution d’un ami du Jardin qui offrira un type de plantes aquatiques rarement visibles en milieu urbain.

La famille des lis d’eau que les botanistes nomment la famille des Nymphéacées, est surtout représentée par le grand nénuphar jaune. C’est l’universel nénuphar, caractéristique des innombrables lacs laurentiens. Ses gros rhizomes constituent l’une des nourritures favorites du Castor et de l’Orignal. On estime même qu’il y a une corrélation très nette entre le territoire occupé par l’Orignal et l’aire de dispersion du grand nénuphar jaune. N’oublions pas la magnifique collection de Nymphéas cultivés que nous devons à un fidèle ami du Jardin Zoologique, le grand peintre canadien Horatio Walker.

Nénuphar jaune
Wiki Commons

Horatio Walker était un bon ami de L.-A. Richard, ce sous-ministre qui avait initié l’acquisition du Nid de l’Aigle en 1931, comme on a pu le remarquer dans une note précédente. Il est aussi intéressant de noter que le bassin du jardin zoologique est dessiné en quartier de lune, comme celui derrière la résidence de Walker, à l’Ile d’Orléans.

Dans les journaux, on reviendra sur l’étang de temps à autre, comme au printemps 1946 lorsque la nature se réveille au jardin. Dans Le Soleil et dans L’Action catholique du 27 avril 1946, on remarque qu’il s’est libéré de la glace au milieu du mois et que plusieurs têtards de la grenouille verte quittent le fond de l’étang où ils ont hiberné. On rappelle aussi que c’est l’arrivée des oiseaux migrateurs.††

Beaucoup plus tard en 1956, l’étang sera transformé pour accueillir les canards, les oies et les flamants (Cayouette 1991 : 47). Pour l’ouverture de la 25e saison de 1957, on en fait part dans L’Action catholique du 3 mai, en annonçant que le jardin « offrira certaines nouveautés dont un magnifique étang aménagé non loin du pavil­lon des fauves, en face du totem géant qui, depuis des années, do­mine le paysage d’assez étran­ge façon ». Un géant domine d’étrange façon; que pense l’auteur de cet article?


1938-1939 : La grange multifonctionnelle

Grange au jardin zoologique de Québec – Richard Bernard 1943
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P15831

Bassin des phoques – Richard Bernard 1942
BAnQ – Fonds Ministère de la Culture et des Communications
E6,S7,SS1,P7181

Entre 1938 et 1939, une bâtiment de type intéressant s’ajoute à l’est du jardin central au pied du Nid de l’Aigle. On le voit bien à partir du bassin des otaries qui s’ajoute devant en 1942. En forme de L, il est surnommé la « grange » par le personnel du zoo. Dans la partie sud, on y abrite les oiseaux aquatiques pendant l’hiver. Ce bâtiment sera démoli en 1981 (Cayouette 1991:43).

Au niveau de l’aménagement paysager, son style s’inscrit adroitement dans la continuité du village canadien qu’on tente de créer. Ce style sera également adopté lors de la création du pavillon des fauves, mais en plus grand, dans les années 1950.


1942 : Le bassin des otaries

Otarie au jardin zoologique – Richard Bernard 1942
BAnQ – E6,S7,SS1,P6991

Bassin des otaries – Raymond Cayouette 1945
BAnQ – E6,S7,SS1,P26808

Gens qui regardent une otarie dans son bassin – Sperling Montreal Standard 1947
Archives Ville de Québec – M07-03-49-N026227 – Domaine public

Bassin des otaries au Jardin zoologique de Québec – Raymond Cayouette 1947
BAnQ – E6,S7,SS1,P35264

Même s’il ne fait pas partie des développements futurs illustrés sur le plan du jardin publié en 1934, le bassin des otaries sera un autre élément important qui pourra augmenter la circulation dans le vaste espace au sud du Nid de l’Aigle. On prend connaissance de sa création dans L’Action catholique du 29 juillet 1942, suite à l’arrivée d’un couple d’otaries de la Californie, qu’on qualifie comme étant « une autre curiosité au Jardin ». Dans L’Action catholique du 28 octobre 1945, Joseph Vandal énonce bien comment on circule entre le moulin à vent et le bassin.

Cette allée de gauche, en passant par la tour du moulin et le nouveau res­taurant, mène à la section des ruminants, et a l’esquisse d’une terrasse qui supporte un grand bassin régulier à deux branches, le bassin des otaries. Le grand bassin par sa forme et son emplacement conditionne le dévelop­pement futur du grand terrain en pente situé au nord.

Il préfigure bien le prochain aménagement paysager, les terrasses étagées.


1946 : Les terrasses étagées

BAnQ
L’Action catholique, dimanche 28 octobre 1945, page 10

Dans la Chronique des jeunes naturalistes du 28 octobre 1945, tandis que Sylvio Brassard insiste sur l’adoption du style canadien, Joseph Vandal s’aventure à proposer un style différent pour les futurs aménagements dans son l’article « L’architecture paysagiste au jardin zoologique ».

Zone des terrasses étagées
Plan du Guide du jardin 1934

Le style classique français a été choisi à cause du caractère architectural des édifices du Jardin Zoologique que ce parterre doit accentuer. Le terrain en pente traité dans un tel style demande un développement en terrasses qui se ferait en trois étages. Le premier constituerait une longue terrasse bordée au nord par la première allée et séparée de celle-ci par une baie très élevée en forme de charmille de façon à unir ce parterre avec le reste du Jardin et lui constituer un cadre. Le second étage présenterait un vaste plan portant deux pelouses carrées, chacune étant coupée en quatre compartiments par deux allées à angle droit avec un bassin circulaire au point d’intersection, et avec écoincement à tous les angles. Ces deux pelouses seraient séparées par une ligne aviale nord-sud sur laquelle se trouvait un très long bassin étroit, constituant une allée d’eau qui recevrait ses eaux d’un autre grand bassin adossé à une fontaine et tous deux placés à un étage supérieur, les déverserait à son tour au moyen d’un escalier d’eau ou cascade dans le bassin actuel des otaries, au dernier étage.

La réalisation de ce plan est commentée dans les notes historiques de Raymond Cayouette (1991 : 45) qui fait remarquer que « ce jardin à la française, commencé en 1948, fut assez lent à réaliser, les pelouses n’étant terminées qu’en 1956. Une terrasse de 130 mètres de longueur soutenue par un mur de pierre, fut terminée en 1949 ». Ainsi, cet autre aménagement paysager pourra modifier la circulation aux alentours du Nid de l’Aigle.

Dans le la planification de 1934, on prévoyait la construction de la terrasse Sarrazin, au sud du grand espace délimité au nord par le mât. Les plans ayant changé, on décide plutôt d’adopter un modèle étagé au nord du bassin des otaries, s’inspirant du plan que Joseph Vandal avait soumis en 1946 (Cayouette 1991 : 45).

Cet abandon du plan de la terrasse Sarrazin amène ainsi la Société zoologique à honorer ce naturaliste avec une stèle, tel que le rapporte L’Action catholique du 11 octobre 1957.


Pluvier Kildir – Ted Busby
Faune et flore du pays – Fédération canadienne de la Faune

Emplacement d’un nid de pluvier kildir (indiqué par le piquet) – Raymond Cayouette 1946
BAnQ – E6,S7,SS1,P35993

Datant de 1946, cette photo de Raymond Cayouette sera utilisée pour illustrer un fait divers, paru dans Le Soleil du 8 juin. On prend soin de spécifier où ont lieu ces travaux : « La Société Zoologique de Charlesbourg sous la direction du docteurJ.-A. Brassard, surintendant du jardin, décida de faire défricher le terrain, pour l’aménagement de deux superbes terrasses en étage, qui coupées par une allée centrale, descendront directement au bassin des otaries ». On rapporte une anecdote intéressante sur le nid d’un pluvier.

Lorsque qu’un gros tracteur nivelle le terrain, un pluvier kildir installé sur son nid traine de la patte en feignant d’être blessé. Le conducteur doit descendre et courir après pour tenter de le déplacer, ce jeu de fuite durant près d’une dizaine de jours et retardant les travaux. Mais le directeur du zoo désirait avant tout protéger le nid et la couvée. En ferait-on autant aujourd’hui?


Un retour graduel vers la nature

Finalement, les deux murs construits au sud du Nid de l’Aigle auront permis d’atteindre un des objectifs du plan de Joseph Vandal, soit « un développement en terrasses qui se ferait en trois étages », comme il l’énonçait dans « L’architecture paysagiste au jardin zoologique » en 1945. On peut le constater dans les deux photos suivantes où figure le totem. On verra que certaines distractions visuelles seront éliminées au fil des années.


Mur de pierre de la terrasse française – Tirage photographique de 1959
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
P884 2007-02-001 / 88

Sur la photo du mur de pierre de la terrasse française, construite de 1949 à 1953, la volière des condors apparait sur la droite, mais des chalets obstruent l’arrière-plan. Comme on le confirme dans Le Soleil du 9 mai 1969, ils seront démolis, éliminant une distraction quand on regarde le Nid de l’Aigle.


Mur de pierre de l’étang – Tirage photographique – 1959
BAnQ – Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
P884 2007-02-001 / 88

Après la fin des travaux de construction du mur de pierre de l’étang en 1956, le réservoir d’eau construit en 1954 obstrue l’arrière-plan. Il sera démoli en 1970, comme on le rapporte dans Le Soleil du 3 septembre, éliminant aussi une autre distraction.



Etang du totem – Raymond Duguay, 1976
BAnQ – Fonds Ministère des communications
E10,S44,SS1,D76-298

Ces grands travaux terminés, et les obstacles visuels éliminés, ce portrait démontre comment on a réussi à créer un environnement invitant aux alentours du totem. En plein cœur de la nature, il est entouré d’arbres qui auront bien profité au fil des ans; c’est comme si on le contemplait dans ses lieux d’origine au bord de la rivière Nass, mais sans ses montagnes.

Comme le faisait remarquer Marius Barbeau dans Le Soleil du 8 juillet 1933, « si ces monuments, une fois transplantés ailleurs, sont imposants, ils le sont davantage chez eux, parmi les grands arbres d’une côte semi-tropicale, dans des montagnes quelques fois enguirlandées de vapeurs bleuâtres, que le soleil couchant colore de pourpre ».

La Société zoologique aura presque réussi à le faire mentir, le Nid de l’Aigle ne s’en laissant pas imposer, justement; il est aussi imposant dans son jardin central. Aux pourpres du soleil s’ajoutera le camaïeu des roses de la faune tropicale à ses pieds… on le devine ici.


1950 : La restauration du Nid

Le totem du Nid de l’Aigle en voie de restauration – Société zoologique de Québec – 1950
BAnQ – Le Soleil, vendredi 30 juin 1950, page 6


Dans Le Soleil du 30 juin 1950, on annonce des travaux de restauration du mât, dont l’application d’une couche de peinture végétale pour lui rendre les couleurs vives qu’il possédait. Deux photos de cette opération avaient déjà été repérées dans un contenant d’archives du fonds P625 Société zoologique de Québec, sans pouvoir en confirmer la date; nous la connaissons désormais.

La photo du plan d’ensemble de l’échafaudage est probablement dans un des contenants d’un fonds d’archives de BAnQ.


Tête du Nid de l’Aigle – Raymond Cayouette 1964
« Le Nid de l’Aigle »; +++ Titre vol no – Article en format PDF

La Société zoologique prend bien soin de cette oeuvre d’art. Dans l’article Le Totem du Nid de l’Aigle publié en 1964, Raymond Cayouette résume comment on avait pris soin du mât, à deux reprises.

Pour le préserver des attaques du temps le cèdre géant dut être repeint en entier en juin 1950, un travail qui nécessita un échafaudage assez élaboré. Puis à nouveau en juillet 1962, on a du remplacer ici et là quelques pièces de bois pourri, entre autres le nez du Trakolk qui a été refait en entier d’une pièce de pin, puis on a encore une fois repeint le vieux totem maintenant centenaire.

Haliotis
Nacre de coquille d’ormeau
Wiki Commons 2019
Wikipedia

Au sommet de son mât et loin des yeux de ceux et celles qui se promènent dans ses alentours immédiats, on ne peut estimer comment l’Aigle silencieux dans son nid, soumis à toutes ces intempéries pendant si longtemps sans broncher, réussit à conserver ses ornements. Illustrant l’article de Cayouette, ce gros plan de la tête de l’Aigle laisse deviner la beauté des écailles serties dans le bec. Selon Harlan Smith, ayant décrit avec minutie tous les éléments du mât et de ses blasons lors de sa restauration en 1932, « les pupilles étaient constituées en nacre d’ormeau. Bien que les lèvres et les ailes ne montrent aucun signe de peinture, elles étaient probablement de couleur rouge ocre. Les dents (car il y avait des dents) étaient également en nacre d’ormeau (Barbeau 1950 : 42) ». Une beauté à l’état pur, maintenant volatilisée depuis 1995!

Une note de recherche hors-série sur le traitement des couleurs et la restauration des mâts paraîtra au courant de septembre, les abonnés seront avisés.

1951 : Un bassin amélioré

Le bassin des otaries – Société zoologique, circa 1951
BAnQ – Le Soleil, vendredi 27 juillet 1951, page 17

La Société zoologique n’hésite pas à investir dans des améliorations pour attirer le public comme au bassin des otaries, au sud du grand terrain où domine le totem, derrière l’étang des plantes aquatiques. Dans Le Soleil du 27 juillet 1951 on annonce que « le bassin des otaries vient d’être rénové et l’un des avantages de cette transformation, c’est que les visiteurs peuvent beaucoup mieux observer l’agilité et la vitesse extraordinaire de ces nageurs de grande de classe ».


Visite des orphelins devant le lac du totem
BAnQ – L’Action catholique, vendredi 3 août 1951, page 3

Comme on le voit dans L’Action catholique du 3 août 1951, cette amélioration suscite un regain d’intérêt chez les jeunes. « Les enfants ont été particulièrement intéressés à l’heure des repas des animaux. Au bassin des otaries et à la cage des ours blancs surtout, l’enthousiasme fut à son comble. Comme s’ils avaient sentis que 2 000 yeux les regardaient dans leur bassin respectif, ces animaux firent de magnifiques plongeons pour attraper leur nourriture. Les jeunes ont été ensuite conduits près du lac du Totem où un goûter préparé par les pensionnaires du Manoir Charles de Foucauld leur fut servi ».

Ceci confirme bien un des itinéraires de visite qu’il est possible de suivre dans la partie centrale du jardin, pour remonter vers le Nid de l’Aigle. C’est la seule fois qu’on utilisera le surnom « lac du totem » dans les journaux, malgré toutes ces années où on forge d’autres expressions pour parler de l’étang des plantes aquatiques.


Journées-école en août 1951
BAnQ – Le Soleil, mardi 4 août, page 18

En collaboration avec la Société zoologique, on organise des journées-école au Jardin zoologique dès le milieu des années 1930, comme l’annonce Le Devoir du 22 juin 1936. Pendant l’été 1951, Le Soleil du 19 avril indique que l’O.T.J. (l’oeuvre des terrains de jeux) les chapeaute; dans l’édition du 14 août, on voit que Club Rotary fait des heureux. Cette pratique continuera jusqu’au milieu des années 1960, étant une stratégie efficace pour intéresser les jeunes et augmenter les visites au jardin.


1952 : La fête de l’arbre

Fête de l’arbre au Jardin Zoologique de Québec
BAnQ – L’Action catholique, mardi 20 mai 1952, page 3

Dans L’Action catholique du 20 mai 1952, on souligne l’organisation d’une fête de l’arbre, une initiative de la Société zoologique. Suite à cette cérémonie, on plante une douzaine d’érables à sucre. On mentionne que « les érables en question ont été plantés en bordure du chemin qui conduit au bassin des otaries. On sait que cette partie du Jardin est tout simplement charmante ». On remarque d’ailleurs en arrière-plan le moulin à vent et la cheminée d’une des maisons de style canadien à la gauche, ce qui nous situe sur l’ancien site de la ferme expérimentale. Comme on peut s’y attendre, plusieurs notables sont présents.

Cet événement n’est qu’un exemple parmi d’autres activités d’aménagement des lieux qui se déroulent sans cérémonie afin de favoriser l’amélioration continue de l’espace central du jardin.


1953 : La volière des condors

Nid de l’Aigle, volière des condors – Marius Barbeau 1954
Musée canadien de l’histoire – MCH 2004-452

À l’été 1953, lorsqu’on effectue une randonnée dans le jardin, un autre attraction s’ajoute dans le vaste espace au pied du Nid de l’Aigle. C’est la volière des condors, cette vaste cage en aluminium qui reluit au soleil, comme on le constate sur cette photo de Marius Barbeau prise l’année suivante.

On l’aperçoit immédiatement après être passé devant la grande volière terminée en 1933. Si vous agrandissez la photo, vous verrez même les deux pignons blancs à chaque extrémité du toit des quartiers d’hiver des oiseaux, juste sous le nez protubérant du mât.

C’est dans le Le Soleil du 28 août 1952 que le Dr J.-A. Brassard annonce la construction de cette volière, alors qu’on a connu une saison record de 300 000 visites. Dans Le Soleil du 8 mai 1953, à l’occasion de l’ouverture de la 22e saison du jardin, le Dr Brassard déclare que la nouvelle volière des condors sera prête dans le courant de l’été. Finalement, on finit par en publier une photo dans L’Action catholique du 7 août 1954.


1956 : Les 25 ans du Jardin

En 1956, on célèbre le 25e anniversaire de la fondation du Jardin zoologique en 1931. Rappelons qu’en 1932, on ouvre pour la première saison d’été en accueillant les premiers visiteurs, même si certaines parties du jardin sont en construction. Ce n’est qu’à la saison suivante qu’on verra le totem Le Nid de l’Aigle. Mais les travaux d’amélioration n’ont jamais cessé en fait; nous avons surtout examiné ceux aux alentours du Nid de l’Aigle, affectant le circuit des visites et contribuant à accroitre sa visibilité doit-on rappeler.

Totem le Nid de l’aigle – Raymond Cayouette , 6 décembre 1955, SZQ 3321
BAnQ – Fonds Société zoologique de Québec
P625 1960-01-600 / 297 – Dossier No 15

Cette impression photographique, localisée dans les archives de BAnQ, est probablement attribuable à Raymond Cayouette qui produit la plupart des photos pour la Société zoologique.


Brassard J.-A. « Les vingt-cinq années du Jardin zoologique »;
Les Carnets, vol. XVI, no. 2, avril 1956 : 52-53

« des totems mystérieux rappelant des légendes fantastiques »

Publicité CNR juillet 1955
BAnQ
Le Samedi 27 juillet 1925

Dans l’article « Les vingt-cinq années du Jardin zoologique », J.-A. Brassard brosse un tableau intéressant de ses origines et de son développement pendant ce premier quart de siècle. Le Nid de l’Aigle a droit à un clin d’oeil, à droite d’une page illustrée. Si vous avez le sens de l’observation, vous lui trouverez quelque chose de différent. Vous devinez? Ayez du flair, la réponse n’est pas loin de vous.

Parfois, on l’évoque avec un élan poétique, comme dans la Chronique des jeunes naturalistes du 22 avril 1956 où on termine une première visite hâtive du jardin « au pied du grand totem qui plane mystérieusement sur tout le Jardin zoologique de Québec ». Il y a toujours ce petit aura de mystère autour du Nid; rappelons-nous ces publicités dont on a discuté dans une note précédente!


Le pavillon des fauves

Photo aérienne du jardin – 3 novembre 1962 – SZQ 4762
1991 Cayouette Raymond – Notes historiques sur le jardin

Dans L’Action catholique du 19 août 1956, Louis-Philippe Audet profite du 25e anniversaire du jardin pour dresser un bilan des travaux accomplis sous la direction du grand architecte du jardin, Sylvio Brassard. Il est d’avis qu’ils ont contribué « à parachever le plan initial de la décoration du centre du jardin dont l’axe principal est constitué par le mât totémique et le bassin des otaries ». Il confirme ainsi l’importance du Nid de l’Aigle en tant qu’élément structurant de l’aménagement paysager du jardin central.

Comme le démontre la photo aérienne de 1962, en traversant les allées du centre du jardin vers le long bâtiment du pavillon, on passe devant l’étang des plantes aquatiques et du Nid de l’Aigle en haut du terrain. Au bas du terrain, sur la gauche du grand pavillon, on voit le bassin des otaries.

On coiffe alors ces 25 saisons révolues par l’inauguration du pavillon des fauves, parfois dénommé la maison des fauves et des singes. Cette nouvelle attraction, dont la construction avait débuté en 1954 (Cayouette 1991 : 46), donnera plus de visibilité au Nid de l’Aigle.


Le pavillon des fauves, Photos du Soleil, 1956
BAnQ – Le Soleil, vendredi 28 septembre 1956, page 3

Comme on l’illustre dans le Le Soleil du 28 septembre 1956, le pavillon des fauves a été inauguré la veille, la Société zoologique célébrant à cette occasion son jubilé d’argent. Ajoutant à cette célébration, Le Soleil du 29 septembre souligne dans son éditorial que le Jardin zoologique est « une institution qui fait la fierté de tous les Québécois », en rappelant que Québec est la seule ville du pays à posséder le jar­din zoologique le plus complet, unique en son genre.


1958 : Le Nid est un monument

Stèle Carl Von Linné – Patric A. 2013
Yelp – Photos pour Parc des Moulins

De gauche à droite, Me C.-A. Leclerc président de la Société Linnéenne, le Dr Georges Gauthier président la la Société Zoologique et M. L.-A. Richard sous-ministre de la Chasse et de la Pêche.
BAnQ – L’Action catholique, vendredi 21 juin 1958, page7

D’où vinrent les sauvages?
Marius Barbeau 1933
BAnQ – La Presse 8 juillet 1932

Le Nid de l’Aigle est tout de même pris en estime par la Société zoologique, un monument du jardin, comme on le rapporte dans l’Action catholique et Le Soleil du 20 juin 1958 lors du dévoilement d’une stèle honorant Charles Linné. M. Georges Gauthier, président de la société, avant de résumer l’histoire des autres monuments, cite le Nid en premier.

En premier lieu je signalerai celui qui a été érigé à la mémoire des premiers habitants du pays, les innombrables peuplades paléo-américaines. C’est le totem du « Nid de l’Aigle » qui fut planté dans un coin du Jardin en juin 1933.

Remarquez qu’on vient de forger un nouvel euphémisme pour désigner le peuple des Premières Nations : Les « peuplades paléo-américaines ». Si on se rappelle, à cette époque on les désignait souvent comme des « sauvages ». L’article de Marius Barbeau dans La Presse du 8 juillet 1933, publié à l’arrivée du Nid de l’Aigle à Charlesbourg, en fait foi.


NOUVEAUX COMPAGNONS

Revenons en 1947 afin de faire connaissance avec d’autres figurants dans le paysage. Ils entrent discrètement en scène, en arrière-plan, mais finiront par occuper le devant.


1947 : Des volages en avion

Flamants roses du Chili et ibis au Jardin zoologique de Québec – Raymond Cayouette 1947
BAnQ – E6,S7,SS1,P36351

Flamants et ibis – Photo provenant de Raymond Cayouette
BAnQ – Le Soleil, samedi 21 juin 1947, page 9

Faisons connaissance avec un nouveau compagnon de l’Aigle, qui atterrit dans ses alentours et passera graduellement en avant-plan au fil des ans. Comme on peut le voir dans Le Soleil du 21 juin 1947, qui reprend une photo de Raymond Cayouette, la section d’ornithologie du jardin abrite maintenant des pensionnaires qui ajoutent un point d’attraction exotique.


Carte postale d’époque de la Rare Bird Farm de Kendall, une attraction maintenant disparue.
Ebay – Encan d »objets souvenirs Rare Bird Farm

Arrivée d’un lot d’oiseaux
J.-A. Brassard 1947
BAnQ – E6,S7,SS1,P35732

Ces pensionnaires n’arrivent pas n’importe comment, on leur fait un traitement de faveur. Dans la Chronique des jeunes naturalistes du 27 juillet 1947 on fournit les détails sur leur arrivée en avion, bien sûr!

Le 21 mars, nous recevions de Rare Bird Farm, à Kendall près de Miami en Floride, toute une cargaison de splendides oiseaux, qui eux aussi firent le trajet par avion. Sans doute les plus intéressants sont les Flamants roses au somptueux plu­mage rose écarlate, originaires de Cu­ba, mais qui se rencontrent aussi en Floride et en Amérique du Sud. L’ibis écarlate, qui ne manque pas non plus d’attrait ainsi qu’une couple de péli­cans bruns originaires du sud des États-Unis.

Et comme on le fait périodiquement, Damase Potvin ne manque pas d’effectuer un rappel sur les monuments du jardin, dont le Nid de l’Aigle bien sûr: « Canadien, jusque dans ses fibres, il est l’emblème, non seulement de nos vastes richesses na­turelles, mais aussi de notre jeune na­tion qui, dans le monde, aspire à par­ticiper à l’avancement des arts et de la civilisation ». Il venait en fait de citer Marius Barbeau, qui avait publié l’article « Le Nid de l’Aigle » dans La Presse du 1er juillet 1933. Sa présence sur les lieux est emblématique, et son identité semble bien nationale!


1956 : Un étang transformé

L’étang devant et le pavillon des fauves – Raymond Cayouette 6 juin 1957 – SZQ 3802
Négatif original à localiser dans les fonds de BAnQ

Dans ses notes, Raymond Cayouette utilise cette photo pour illustrer son propos, en nous rappelant que l’étang en face du mât totémique est transformé en 1956 pour recevoir des canards, des oies et des flamants (Cayouette 1991 : 46). C’est une une autre amélioration des installations du jardin qui pourra augmenter la circulation aux alentours du Nid de l’Aigle, lui attirant de nouveaux regards et lui donnant un peu plus de vie.


BAnQ – Le Bien Public, vendredi 28 juin 1957, page 2

Suivant ces transformations au début de la 26e saison du jardin, Le Bien Public du 28 juin 1957, un journal de Trois-Rivières, nous informe que de nouveaux flamants roses arrivent de Miami le 27 avril 1957. On les présente à titre de nouveaux venus; pas si nouveaux en considérant les autres membres de la famille vivant dans la grande volière depuis 1947. Maintenant, il ne sont plus confinés derrière les barreaux. Cette information paraitra également dans Le Progrès du Golfe du 26 juillet 1957, un journal de la région de Rimouski.


Les flamants roses et le totem du Nid de l’Aigle – Raymond Cayouette, circa 1957

Les ébats des flamants
BAnQLa Presse, samedi 27 juillet 1957, page 14

Reprenant trois photos de Raymond Cayouette, le supplément La Presse Rotogravure du 27 juillet 1957 rappelle que « le Jardin zoologique de Charlesbourg à Québec permet à l’esprit de s’évader. Quand vous êtes en présence de flamants, comme ceux que renferme le nouvel étang, vous vous croyez transportés dans les pays tropicaux, vous errez quelque part en Amérique du Sud ».

Remarquons qu’à partir de ce moment, le Nid de l’Aigle occupera surtout un rôle d’arrière-plan dans les photos de l’étang. Bonne nouvelle cependant, on l’estime bien et on le considère comme un monument du jardin.


Admirer sans comprendre

Flamants roses devant le Nid de l’Aigle – Société zoologique de Québec – circa 1990
Fonds Société des parcs de sciences naturelles du Québec
BAnQ – 2007-02-001 / 90

L’examen de l’évolution de l’aménagement paysager aux alentours du Nid a démontré comment s’est développé l’axe principal du centre du jardin : du nord au sud en ce qui a trait au Nid de l’Aigle et au bassin des otaries, et d’est en ouest en ce qui a trait aux volières et au pavillon des fauves, notamment. On peut croire que cette évolution a contribué à une meilleure visibilité de cette oeuvre d’art autochtone, mais sans contribuer à la connaissance de son histoire.

Canadien,
jusque dans ses fibres,
il est l’emblème,
non seulement
de nos vastes
richesses na­turelles,
mais aussi
de notre
jeune na­tion qui,
dans le monde,
aspire à par­ticiper
à l’avancement
des arts et
de la civilisation

MARIUS BARBEAU
1er juillet 1933

Même avec une visibilité accrue, peu de personnes auront été amenées à comprendre la place qu’un mât totémique occupe dans la culture de la Côte Nord-Ouest, notamment comme outil d’affirmation sociale et moyen de transmission des légendes fondatrices d’une nation comme les Nisga’a, d’où il provenait. Rappelez-vous qu’au jardin tout est canadien, les bâtiments, les héros qu’on honore et même le Nid de l’Aigle.

Entre les années 1930 et 1950, la pédagogie de l’histoire n’était pas orientée sur l’exploration de la culture des Premières Nations. Le Nid de l’Aigle, une oeuvre d’art autochtone, aurait pu servir à ces fins. L’admiration lui étant vouée pouvait se limiter à une simple expérience esthétique. Tout au plus, on pouvait évoquer naïvement qu’il racontait l’histoire d’un peuple ayant migré de l’Alaska, résumée sur un minuscule panneau explicatif planté sur un piquet devant son socle.

Comblés au niveau de l’aménagement paysager et de la visibilité, en considérant les aspirations du jardin zoologique en matière d’éducation des élèves le visitant, on peut se demander si on a vraiment réussi à livrer une leçon de civilisation.

Prochaine note - au courant de septembre

1935-1984 - On couvrira cette fois un demi-siècle où on parlera du Nid à travers tous les médias, pour tenter de répondre à une question fondamentale. Est-ce qu'on finira par comprendre son histoire culturelle et les légendes de ses emblèmes? Ou restera-t-on devant une oeuvre d'art muette?

Mises à jour

  • 2019-08-22 – Ajout de la section sur le laboratoire d’ornithologie; remplacement de la section sur la construction des murs d’étagement.
  • 2019-08-24 – Ajout de la section sur la grange multifonctionnnelle

1967-2007 – Vents d’Ouest

Photo d’archives mise en avant

Pavillon des Indiens du Canada – 1967
Archives de la Ville de Montréal – VM97-Y_1P208

Dans l'article précédent, nous avons vu comment le Nid de l'Aigle a été sectionné en deux, hélé sur une barge et transporté en train d'ouest en est pour que le Nid soit arrivé à Charlesbourg pour l'été 1933. Il deviendra le nouveau symbole de fierté canadienne, trônant au nord de son étang.

Découvrons comment cette série de notes à propos du totem le Nid de l'Aigle a débuté par coïncidence. Voici quelques souvenirs personnels se cachant derrière une histoire en devenir.

Deux moments d’art totémique

Pavillon du Canada (Katimavik et Arbre des Canadiens)
Collection personnelle de Roger Laroche 1967
Ouvrir original dans Mémoire des Montréalais

Un lecteur de cette série de notes me posait cette question très pertinente : « Qu’est-ce qui motive votre recherche sur le Nid de l’Aigle? » Il est toujours agréable de se faire poser de telles questions, surtout quand on a déjà une note en chantier pour y répondre rapidement, mais parfois on se fait devancer. J’écris ici à la première personne, ce que j’ai tenté d’éviter dans les notes précédentes, le temps de prendre une pause afin de répondre plus personnellement.

Fac-similé – Partie de l’ile Notre-Dame – Plan souvenir officiel Expo 67
Éditions Maclean Hunter 1967
Collection personnelle de l’auteur

La photo du pavillon des Indiens du Canada [414] mise en avant nous ramène à Expo 67, il y plus de cinquante ans; j’avais treize ans. Remarquez le mât en arrière plan. Il voisinait également le pavillon du Canada [406] reconnu facilement par sa pyramide inversée Katimavik (lieu de rencontre en Inuktitut).

C’est en 2007, pour le 40e anniversaire d’Expo 67, que le totem Kwakiutl du parc Jean-Drapeau est restauré par Stanley Clifford Hunt. Il est le fils d’Henry Hunt, qui avait sculpté ce mât d’une hauteur de 21,3 mètres. Une rencontre personnelle avec les membres de cette famille allait alors changer mon destin, sans que je le sache encore, à ce moment.

C’est un peu plus tard dans l’année qu’un élément de coïncidence allait se présenter, illustré par ces deux photographies éloignées de 12 ans, chacune capturant un moment précis de l’existence d’un mât totémique, un à Montréal et l’autre à Québec. C’est tout récemment qu’est apparue cette idée de les présenter en regard, une sous l’autre, comme deux moments bien différents du cycle de vie d’une oeuvre d’art totémique: un travail de restauration en haut, le résultat d’un démantèlement en bas.

Aujourd’hui, une question me revient sans cesse. En dépit d’un rapport d’expertise rédigé en 1990, cinq ans avant ce « démantèlement » du Nid de L’Aigle, aurait-il été possible de trouver une autre avenue pour le conserver, quitte à l’entreposer et à réfléchir, comme on a su le faire pour les mâts Nisga’a conservés au Museum of Anthropology (MOA) de Vancouver et au Musée royal de l’Ontario (ROM) à Toronto?

Si on ne connaissait pas l’histoire de ces deux photos, elles auraient vraiment l’air similaires, comme dans ce jeu qu’on voit souvent dans les journaux. Identifiez les différences!


1967-2007 – Restauration du mât Kwakiutl

Le génie du lieu – Affiche commémorative
Atelier Chinotto – 2008
Voir l’original sur archive.org

Comme les mâts totémiques sont un élément se profilant fréquemment dans le paysage de la Côte Nord-Ouest, nous avons rarement l’occasion de les observer grandeur nature dans leurs lieux d’origine. Ce mât kwakiutl qui domine l’horizon au-dessus de l’île Notre-Dame dans le parc Jean-Drapeau, je le voyais de temps en temps lors de mes marches dans le parc, mais sans y penser plus.


Fac-similé – Bilan 2005-2006 Ville de Montréal page 34
Lire dans BAnQ Patrimoine québécois / Revue et journaux

Soucieuse de la qualité culturelle du cadre de vie, dont la présence du patrimoine urbain, la Ville de Montréal prévoit déjà son plan de mise en oeuvre pour 2007 dans son Bilan 2005-2006. Il faut célébrer le quarantième anniversaire de l’exposition universelle Terre des Hommes.

Face-similé
Procès-verbal
Ville de Montréal
25 avril 2077
Lire le document original

Suivant ces prévisions, le Service de l’art public de la ville de Montréal se fait octroyer un budget de plus de 160 000 $ en avril 2007 afin de restaurer le mât Kwakiutl, autant pour son apparence que pour sa structure. On annonce cette activité dans La Presse du 6 juillet. On planifie même une cérémonie d’élévation en septembre 2007.

Oui, une cérémonie d’élévation après l’avoir couché pour le restaurer, pour respecter la coutume, une cérémonie à laquelle le Nid de l’Aigle n’eut jamais eu droit à Charlesbourg, comme le fait remarquer M. Cayouette dans son article Le Totem du Nid de l’Aigle.

Attiré par ce projet de restauration, je me rends à quelques reprises sur le site de l’ancien pavillon des Indiens du Canada pour observer le travail minutieux des sculpteurs.  C’est à ce moment que j’ai eu le privilège de rencontrer la famille Hunt. Pouvant enfin observer de près le mât étendu, l’esthétique des emblèmes se succédant sur ce tronc gigantesque m’a fasciné. La Ville de Montréal a d’ailleurs profité de cette occasion pour faire créer une affiche commémorative intitulée Le génie du lieu, mais le génie c’est aussi celui des sculpteurs à l’oeuvre.

On m’accueille cordialement, même si on doit avant tout se concentrer sur un travail minutieux. Les membres de la famille prennent bien soin de cette ancestrale bille de cèdre rouge de Colombie-Britannique. Dans les traditions kwakiutl, les mâts totémiques sont une affaire de famille, de prestige et de fierté.

« We are number one » clame spontanément un des deux fils, se substituant à son père pour répondre à une de mes questions ayant trait à la maxime qui devrait figurer à l’honneur sur le panneau d’interprétation… Dans l’espoir de leur faire plaisir et d’être courtois, je leur dis que nous en avons un à Québec. Je leur promets de revenir avec des photos, mais sans savoir ce qui m’attendait…


Ballade dans un jardin disparu

Mât totémique « Le nid de l’Aigle », au Jardin zoologique de Québec à Charlesbourg
Marius Barbeau – 1954
Ouvrir la fiche d’archive MCH 2004-456

Originaire de la région de Québec et me rappelant du mât du Jardin zoologique, ces échanges avec les Hunt m’incitent à m’interroger sur ses origines, d’autant plus que celui-ci a toujours été l’emblème de ce magnifique lieu de conservation de la faune et de la flore.  C’est l’appareil photo en bandoulière que je retourne à Québec…

Je me pointe sur les lieux ; « Je vais photographier le gros totem du zoo », me dis-je avec enthousiasme ! Ces retrouvailles seront très intéressantes. Je suis conscient qu’on ne peut plus visiter le Jardin zoologique depuis sa fermeture en mars 2006 – on en a parlé jusqu’à Montréal. 

Le moulin à vent au parc zoologique de Charlesbourg Omer Beaudoin 1952
BAnQ – Collection patrimoine québécois – Images – E6,S7,SS1,P91405

Mais il y a désormais un nouvel accès au Parc des Moulins, inauguré six mois plus tard ! Ça devrait permettre d’approcher ce géant de mon enfance et de rapporter quelques photographies afin de répondre aux questions de Stanley Clifford Hunt, ce qui l’aiderait probablement à m’aider pour identifier les origines de ce mât totémique que je ne connaissais pas à l’époque.

Venant de constater que le mât totémique de Montréal avait subi les ravages irréversibles du temps, celui de Québec souffrait probablement aussi de son âge, après tout. Mais cette visite fut une amère déception : l’étang devant lequel est planté le mât totémique est au-delà des limites de ce nouveau parc, ce sera pour une prochaine fois, me dis-je.

Mais je découvrirai à mon retour à Montréal que je ne suivais pas tellement l’actualité puisque le mât avait été démantelé en 1995. Je demeurais à Québec encore à ce moment, mais j’avais la tête sans doute trop remplie par un projet de migration à Windows 95 au siège social d’une grande papetière, ironiquement une compagnie spécialisée dans l’abattage du bois de pulpe et la fabrication de papier journal, dont je n’étais pas consommateur semble-t-il, pour que cette nouvelle m’échappe.


Charade 1 : À qui appartient ce zèbre?

Salle des archives du Musée des Beaux-Arts de l’Ontario (MBAO)
Claude Lanouette 1 juin 2019

Cela fait de nombreuses années que je fouille sur le web et plus récemment depuis l’automne 2018 dans des contenants d’archives à BAnQ au pavillon Casault à l’Université Laval, plus récemment à Toronto aux archives de la Ontario Art Galery (AGO) et du Royal Ontario Museum (ROM). Mon voisinage, mon réseau amical et ma famille sont très patients, imaginez le sujet de mes conversations… Ah? Non, il est parti aux archives. Ça les repose un peu!

Fac-similé
Guide du jardin zoologique 1966
Société Zoologique de Québec
BAnQ P625

Fouiller dans des contenants bien catalogués est le pain quotidien, c’est normal. Mais permettez moi d’ajouter aussi un principe de proximité. Avancez ou reculez de quelques dossiers et vous tombez sur du matériel documentaire inattendu, que vous ne cherchiez pas initialement; ça devient une nouvelle piste, dans certains cas.

Ma soeur devant son mur psycho-pop!
Collection personnelle de l’auteur

Par exemple, en retrouvant le gros zèbre sur fond zébré du Guide du Jardin zoologique de Québec, dans un contenant d’archives de BAnQ, voilà que cela me plonge sans avertissement dans un souvenir familial des années folles de l’Expo 67. Tout était psychédélique et pop, les signes de cette nouvelle culture hippie culminant pendant Woodstock en 1969. Même le papier peint de notre maison de banlieue reflétait cela!

Comme nous ne demeurions pas loin du jardin, on s’y rendait de temps à autre, mais le souvenir du totem était encore vague. J’aurais dû conserver mon exemplaire du guide, mais on ne connaît pas l’avenir!

C’est pendant ce voyage de retour à Montréal que je devrai effectivement commencer à jouer au chercheur dilettante pour comprendre ce qui s’était passé avec ce fameux totem. C’est comme si je devais jouer à cette populaire charade À qui appartient le zèbre, qui ne peut se résoudre qu’en traitant méthodiquement tous les indices. Je devais faire la même chose avec le Nid de l’Aigle, pour comprendre pourquoi il est disparu. Et encore pire, apprendre qu’il s’appelait ainsi, car je ne le savais même pas.

En 2007 je partais de zéro, pour ainsi dire, et encore aujourd’hui je n’ai pas trouvé tous les morceaux et résolu entièrement l’énigme de la disparition du Nid de l’Aigle. C’est ce que nous tentons de faire avec cette série de notes : jongler avec des inconnues et replacer les pièces d’un immense puzzle que peu de personnes ont eu la patience de reconstruire. Beaucoup de matériel inédit, de documents textuels et iconographiques n’ont pas été vus du public, tirés d’archives numériques et de contenants de fonds d’archives que j’apprend encore à explorer.

Fac-similé
La Presse du 27 octobre 1984
Supplément La semaine des sciences
Ouvrir dans BAnQ

Au moment de retourner à Montréal, pendant que la famille Hunt était encore sur les lieux, et après avoir envoyé quelques courriels, presque aléatoirement, pour tenter de comprendre cette disparition, on me confirme que le mât présent sur ce site depuis 1933 a été abattu en 1995. Zut!

Le temps court, le départ des Hunt me presse, je n’aurai pas le temps de leur fournir une réponse suffisamment intelligente, et je ne pourrai m’excuser auprès d’eux pour une erreur qui me semble irréparable. Aujourd’hui, avec une certain recul, je pense par exemple à la destruction du cadeau de la Ville de Paris, qui était à Place de Paris – Regard sur l’histoire – et je peux croire que cet incident diplomatique est similaire. Mais la comparaison s’arrête là pour le moment.

Ainsi informé, je retrouve l’article paru le 3 mars 1995 dans Le Soleil et quelques articles associés. En 2007, les archives électroniques n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. J’entreprends une recherche sommaire afin d’établir les origines de ce mât, pour tenter de prendre connaissance des circonstances entourant son acquisition, son arrivée et son installation au jardin zoologique. Je remets un rapport insatisfaisant à une des personnes au courant de ce dossier; je me rends compte que j’ai bien du chemin à faire pour bien évaluer les faits.

Cette partie de mon aventure ne se termine pas tellement bien avec la famille Hunt, lorsque je leur apprends la nouvelle. Imaginez la tête qu’il font! Même si on ne doit pas tirer sur le messager, je ne suis plus à l’aise lors de mes visites subséquentes sur le site où s’effectue la restauration. J’aurais bien aimé participer à la cérémonie d’élévation, mais je ne reçois pas d’invitation, cela se comprend. J’ai surtout l’air d’un ignorant en matière de culture autochtone à ce moment, mes cours en ethnologie de l’Amérique ne m’ont pas préparé à une telle situation. J’en ai pris mon parti et j’ai continué à réfléchir à cette question de la disparition pendant plus de dix ans. J’ai repris le collier en novembre 2018 et en voici le résultat.

Une partie de la trentaine de contenants de fonds d’archives examinés à BanQ Québec
Claude Lanouette 15 novembre 2018

Cela aura été une recherche en dilettante, étant trop occupé par ma profession pour y consacrer suffisamment de temps afin de vraiment éclaircir les origines du Nid et les décisions administratives ayant conduit à son démantèlement. En résumé, depuis plus de dix ans, je parcours les archives numériques et les contenants de papiers. Et pour vous donner une idée de ce qui s’en vient, nous verrons bientôt que dès 1990 on a songé à restaurer le Nid, puis à l’automne 1994 le vent a tourné et on a décidé de mettre fin à ce projet.

Le ministère opérant le jardin avait accordé un budget de 5 000 $ pour le démanteler… « Cinq mille piastres! ». Bien peu d’argent et d’efforts pour tenter de le mettre à l’abri, comme on le verra. Étant à la retraite, j’ai décidé de publier mes notes – ce n’est pas encore un mémoire, mais il y a d’autres projets pour approfondir cette première recherche et potentiellement laisser d’autres personnes fournir de l’information pour élucider les questions en suspens.

Pour donner un aperçu du travail en cours, la note couvrant la période 1990-1995 de cette histoire est en rédaction. Intitulée temporairement « Le déclin du Totem », on y verra des extraits de correspondances provenant de ministères, de compte-rendus de réunions de différents comités, mais ils seront caviardés. Une recherche en histoire n’est pas destinée à accuser ni démasquer des individus ni à ternir des réputations. Ce sont des fonctionnaires en poste et des personnes ayant la capacité de prendre des décisions administratives en réunion dans des organismes de gestion. Quant aux décisions publiées dans les médias, je n’y puis rien.

Considérons ces notes comme une première version de travail permettant éventuellement de bien rétablir les faits.

Retour sur le Pavillon des Indiens

Il n’est pas possible de terminer cette note sans revenir sur quelques souvenirs personnels retrouvés très récemment et les assortir également à ce qui a été dit sur le pavillon des Indiens du Canada. En plus, comme on le verra, Montréal peut être fière de ses 2 mâts Kwakiutl.


1967 – Expo 67 est un virage vers la technologie

Reculons de 50 ans, à la fête du centenaire de la Confédération. En fouillant dans la boite de diapositives grand format 6 x 6 prises par mon père, j’ai retrouvé ces deux instantanés. Aurais-je imaginé que ce mémento apparaisse sur une note de recherche éditée sur un ordinateur portable 50 ans plus tard et dont le brouillon est souvent relu sur une tablette?

Bien des souvenirs on refait surface en écrivant ceci, dont ce voyage en autobus scolaire avec les élèves de ma classe, alors que ma mère avait eu cette magnifique idée de glisser une banane très mûre – trop mûre – dans mon sac de voyage tout neuf à l’effigie d’Expo 67, bien sûr. Sa prévoyance s’avéra désastreuse pour ce beau guide officiel de l’Expo 67 que j’avais lu tant et tant de fois en rêvant de ce voyage. Non, il ne sent plus la banane, mais ceci nous mène tout droit à la page 183, au pavillon des Indiens du Canada.


Un mât totémique générique? Ça n’existe pas!

Fac-similé – Expo 67 Guide officiel – Les indiens du Canada – page 183
Collection personnelle de l’auteur

Pour créer l’atmosphère propre à un tel pavillon, l’on a fait appel au talent de peintres et de sculpteurs qui ont exprimé dans les éléments d’exposition l’idée d’un dialogue entre les lndiens et leurs concitoyens canadiens et aussi entre les lndiens et les autres peuples de la Terre des Hommes. Les difficultés que les plus anciens des Canadiens rencontrent dans le monde moderne sont ici l’objet d’une réflexion sur la volonté d’affirmer des valeurs que les ancêtres tenaient en haute estime.

Comme on le voit sur la page jaunie du guide officiel que je conserve depuis, cette esquisse de l’architecte J. W. Francis fait une belle place au mât totémique élevé à ce moment et restauré en 2007, 40 ans plus tard. On remarque que Francis utilise une représentation stéréotypée des mâts totémiques, dont le sommet est un aigle aux ailes déployées. C’est l’apparence habituelle des petits mâts qu’on retrouve dans les boutiques pour touristes.

Mother Earth and Her Children
[La Terre-Mère et ses enfants] 1967

Murale conçue pour le pavillon des Indiens du Canada – Œuvre détruite

Lire le livre en ligne
Norval Morrisseau. Sa vie et son oeuvre

En plus du mât totémique Kwakiutl qui continue de garder le site sur le défunt pavillon, l’exposition universelle fut une belle opportunité pour mettre en valeur les artistes autochtones. Prenons par exemple cet artiste anishinabé, qui est commémoré dans la collection de livres l’Institut de l’art canadien : « Norval Morrisseau. Sa vie et son oeuvre « . Tel qu’on le mentionne dans sa biographie, la création d’une murale extérieure pour le pavillon sera une dure épreuve.

Peu après son exposition au Musée du Québec, Morrisseau fera partie des neuf artistes autochtones invités à réaliser des œuvres pour le pavillon des Indiens du Canada d’Expo 67, à Montréal. Il conçoit une grande murale extérieure représentant des oursons allaités par la Terre-Mère, mais lorsque les organisateurs de l’événement expriment leurs préoccupations entourant cette image peu orthodoxe, Morrisseau décide d’abandonner le projet plutôt que d’en censurer le contenu. La murale sera modifiée et complétée par son ami, l’artiste Carl Ray (1943-1978).

Fac-similé
Revue de la Société historique du Canada Vol. 17, No. 2, page 169
Lire l’article original
Erudit.org

On pourra dire que la représentation des autochtones aura été soumise à beaucoup d’analyses et de critiques, comme on peut le constater dans un des articles phares à ce sujet : “It’s Our Country”: First Nations’ Participation in the Indian Pavilion at Expo 67 publié dans la Revue de la Société historique du Canada en 2007, quarante ans après la tenue de l’événement. Retenons ce point essentiel du résumé.

[…] rien de permet d’affirmer que le pavillon Indiens du Canada – quel que soit le succès de scandale dont il a pu profiter – a eu une incidence durable sur les façonneurs d’opinion ou sur les décideurs. Par contre, l’expérience de construire, de gérer et de défendre le pavillon importait tout d’abord aux Premières nations elles-mêmes. Que ce soit une relation de cause à effet ou une coïncidence, la confiance et la fierté récemment découvertes qui étaient à la base de la création du pavillon indien concordaient tout à fait avec le comportement positif des dirigeants politiques autochtones de la fin des années 1960.

Avec ce que nous avons vu sur le Nid de l’Aigle à date, on peut se demander si l’acquisition des mâts totémiques n’est pas toujours entourée de controverses. Dans cet article, on mentionne également cet épisode où le ministère des Affaires indiennes décide de consulter un anthropologue, ce qui les conduit à retenir Bill Reid. Mais il rejette cette commande dans une lettre caustique dans laquelle il souligne qu’un mât « générique », tel que demandé par le ministère des Affaires indiennes (MAI), était impossible à réaliser, car les styles de mâts totémiques varient en fonction de la communauté d’origine du sculpteur. En fait, on tombe dans le même piège dans lequel est tombé l’architecte en dessinant son croquis, un mât stéréotypé.

Si vous embauchez un sculpteur haïda, vous obtenez un pôle haïda. Si vous embauchez un sculpteur kwakuitl, vous obtenez un pôle kwakuitl. Il n’y a pas de sculpteur tsimshian. Si vous voulez un bâtard, tirez vos propres conclusions.

Finalement, on retient les services de Henry et Tony Hunt, père et fils, pour sculpter un totem générique pour moins de la moitié du montant demandé par Reid. Ce sera donc un totem kwakiutl qui sera élevé près du pavillon.

Nos relations d’Ouest en Est

En avançant dans cette recherche, au fil des années, j’aurai appris à réfléchir un peu plus sur les relations entre les différentes cultures du Canada. Rappelons-nous du roman Les deux solitudes écrit par Hugh MacLennan en 1992, qui exposait de manière imagée les rapports tendus entre Canadiens francophones et anglophones du Canada; nous tentons encore d’en faire une relecture. Devrait-on plutôt penser qu’il y en a trois : Les anglophones, les francophones et les autochtones, qu’on a peine encore à appeler les Premières Nations?

Amalgame et juxtaposition des années 1930

J’hésite moins aujourd’hui, après cette période de recherche, à me prononcer sur des aspects moins reluisants de l’histoire en empruntant des routes inédites, un licence que je m’accorde.

1933 Campement « indien » sur le site du Jardin zoologique
Diapositive sous verre colorée manuellement
BAnQ Fonds P625,S44 Contenant 1960-01-600297

Par exemple, cette photo d’archives jette un regard inédit sur les années 1930, au moment où les Canadiens tentent de s’établir une identité, justement. Voici un bel exemple de notre imaginaire qui se matérialise au jardin zoologique de Charlesbourg. Il représente une juxtaposition inédite de trois cultures, d’un seul coup d’oeil : Un mât totémique Nisga’a de la côte ouest planté sur la gauche, un trio de tipis de l’est du pays et une maison ancestrale canadienne.

Pour remettre en contexte notre relation avec la culture autochtone dans les années 1930, revenons à une citation de l’abbé Albert Tessier du Séminaire des Trois-Rivière publiée dans le numéro de septembre de la revue L’enseignement primaire.

Et ce n ’est pas tout… À l ’extrémité du champ défriché, là-bas, sous les arbres denses, s’érigera un campement indien, et, tout à côté, un campement de bûcheron. De cette façon la vie des bois sera évoquée sous tous ses aspects et elle revivra de façon concrète pour le plus grand intérêt de milliers de gens qui ne la connaissent que par les livres.

Totem du Nid de l’Aigle à Gitiks
Ouvrir dans le site Anciens Villages et Totems Nisga’a

Dans cette citation, les « indiens » sont associés à la vie des bois vraisemblablement. Même aujourd’hui, nous devons apprivoiser les différences et les similitudes entre les groupes autochtones de deux aires culturelles distinctes à chaque extrémité du pays : la Région de la Côte Nord-Ouest où habitent près d’une dizaine de groupes, dont les Kwakiutl et les Nisga’a et la Région boréale subarctique où une vingtaine de groupes se retrouvent, tels les Huron-Wendat de la région de Québec et les Innu de la Côte-Nord.

Comme nous sommes habitués d’entendre des critiques sur les amalgames, cette association avec la vie des bois n’est pas surprenante, mais elle ne représente pas véritablement ce qu’était l’environnement initial du Nid de l’Aigle, comme on peut le constater dans la photographie prise par W.A. Newcombe en 1913, derrière une maison en planches, style typique d’habitation qu’on voyait sur les rives de la rivière Nass et de la rivière Skeena.

Art autochtone de l’Ouest à l’Est

Nous devons également considérer que les mâts totémiques sont avant tout une production artistique typique des autochtones de la Côte Nord-Ouest; leur sculpture et leur élévation ne fait pas partie des moyens d’expression artistique des groupes autochtones dans l’est du pays.

Même si Le Nid de l’Aigle est disparu, des mâts créés par des artistes Kwakiutl sont maintenant présents dans la région de Montréal. Depuis 1967, le Mât Kwakiutl sculpté Tony et Henry Hunt et dévoilé lors de l’Expo 67 fait partie de la collection d’art public de Montréal. Depuis 2017, le Mât totémique des orphelinats trône devant le Musée des Beaux-arts de Montréal. C’est une création de Charles Joseph entre 2014-2016. C’est la raison pour laquelle cette note est intitulée Vents d’Ouest.

Un second mât pour Montréal

Mât totémique des pensionnats
Charles Joseph – 2016-2017
Ouvrir la fiche descriptive
WikiCommons

Ce nouveau mât du paysage montréalais prend un sens important au niveau de l’histoire des relations entretenues entre le gouvernement canadien et les autochtones, comme on le démontre dans la fiche Wiki Commons qui le dépeint devant le musée.

Ce totem a été créé par l’artiste Charles Joseph de la nation kwakiutl de la Colombie-Britannique. Sa stature de plus de 21 mètres impose devant le pavillon Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Le dévoilement eut lieu le 3 mai 2017, dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. Nommé Mât totémique des pensionnats, l’œuvre fait partie d’un parcours de l’exposition La Balade de la Paix – un musée à ciel ouvert. Il rappelle les enfants autochtones qui ont été retirés de leurs familles et placés dans des pensionnats durant la période de 1820 jusqu’en 1996, une situation que l’auteur a lui-même vécu.

Il est intéressant de prendre note de l’ensemble du contenu de l’exposition Balade pour la paix, programmée pour le 375e anniversaire de Montréal, également. Voilà donc une leçon d’histoire qui s’exprime dans le talent artistique d’un sculpteur de l’autre bout du pays, un dévoilement spectaculaire que le BMAM annonce sur son site. Espérons que cette nouvelle merveille, qui subira les intempéries au fil de temps, saura être préservée aussi bien que celui de Terre des Hommes.

Charade 2 : Où est le Nid de l’Aigle?

Si nous conservons notre intérêt pour l’histoire du mât du Nid de l’Aigle, depuis de nombreuses années, c’est justement en découvrant que cette histoire débutant sur la Côte Nord-Ouest aura permis d’enrichir le paysage urbain d’un objet dont la valeur patrimoniale était sans doute inestimable. En tentant de comprendre comment on en sera arrivé à des décisions administratives qui ont résulté dans sa disparition, on se demande encore pourquoi une telle oeuvre d’art s’est volatilisée. Cela ne fait pas honneur à la région.

Comme le disait Raymond Cayouette, conservateur des oiseaux au Jardin Zoologique de Québec, « ce mât totémique a d’ailleurs une histoire fort étrange et il est au surplus l’un des trois parmi les plus hauts connus ». Nous étions en 1964. Mais à ce moment, on ne savait pas encore que la fin de son histoire le serait autant en mars 1995, et que des années plus tard, d’anciens membres de la Société zoologique de Québec expulsés des lieux en 1995 se poseraient la question suivante en 2006, comme on a pu retracer dans un des fonds d’Archive de BAnQ.

Fac-similé – Courriel du 27 mars 2006 – page 1 – expéditeurs et destinaires caviardés.
BAnQ – Fonds P625 -1992-09-002 /1

 Où est le Totem, monument donné à Société zoologique (sic); où l’avez-vous caché; nous n’osons croire que ce patrimoine soit détruit?

A moins d’une incompréhension ou d’une erreur au niveau de la rédaction, c’est la Société zoologique qui avait fait don du mât au Jardin zoologique en 1933, comme on l’a déjà vu. Ceci est un échantillon de ce qui s’en vient quand on abordera la période 1990 à 1995. Cette disparition a laissé des traces dans les archives de la BAnQ qui ne cachent rien, comme on le verra….

Article suivant : Le Nid de l'Aigle retient l'attention des médias pendant près de 50 ans; toujours quelque chose à dire sur lui… Mais quelqu'un tente de lui voler la vedette!

Samedi le 27 juillet :
1935-1985
Un demi-siècle paisible pour le Nid...

Aide à la recherche…

Pour explorer le thème de cette note, on peut se référer aux sources documentaires disponibles en ligne au moment de la publication.

Certains titres d’ouvrages provenant de archive.org peuvent être empruntés facilement en s’inscrivant avec son adresse courriel.

Révisé le 21 juillet 2019 – ajout d’une discussion sur les mâts totémiques « génériques »

1933 – Un totem pour l’été

Image d’archives mise en avant

Plan du jardin zoologique de Québec
Annexe au Guide du jardin zoologique de Québec 1934
BAnQ – Fonds P884, contenant 2007-02-01/90, dossier 18

Dans la note précédente, on a pu comprendre pourquoi la crise des années 1930 ne faisait pas bon ménage avec la création d'une ferme expérimentale, d'un jardin zoologique et d'un village canadien.

Examinons maintenant comment le Nid de l'Aigle a été sectionné en deux, hélé sur une barge et transporté en train d'ouest en est pour que le Nid soit arrivé à Charlesbourg pour l'été 1933. Il deviendra le nouveau symbole de fierté canadienne, trônant au nord de son étang.

En marche vers la province

Fac similé
Douzième séance du Comité du Jardin
BAnQ – Fonds P625

Le 12 mai 1933, deux jours après l’annonce faite dans Le Soleil, lors la douzième séance du Comité du Jardin, on fait la lecture de la lettre de Charles Frémont.

Dans une assemblée précédente, M. L.-A. Richard avait été autorisé par le bureau de la direction de négocier avec qui de droit, l’achat d’un Totem Pole au nom de la Société qui devait ensuite l’offrir au Jardin Zoologique de Québec. Le marché conclu et le Totem en marche vers la province, M. le président Frémont écrivait en ces termes à l’honorable Ministre :

Notre Société, qui doit forcément en disposer (Totem Pole), en faveur d’un parc de la cité ou des environs, a pensé qu’il serait plus spécialement à sa place au Jardin Zoologique et je suis chargé de venir vous l’offrir avec les hommages de la Société Zoologique de Québec. Il serait, nous semble-t-il, un attrait de plus à ajouter à tous ceux que le Jardin présentera pour le plaisir et l’instruction de notre population, une fois qu’il sera terminé.

Charles Frémont, président


On travaille sur le totem

Treizième séance du Comité du Jardin

Le 15 mai, lors de la treizième séance du Comité du Jardin on effectue du travail de planification; il reste beaucoup de pain sur la planche pour être en mesure d’accueillir le public au milieu de l’été.

On dresse « la liste des travaux à exécuter que les Directeurs de la Société ont jugé comme indispensables pour le printemps et que le comité étudiera à ses réunions hebdomadaires ».

Le travail sur le « totem pole » – comme on le nomme à l’époque – apparaît au numéro 12. Il implique la participation de M. Louis Chollet, paysagiste attitré du jardin et M. Marius Barbeau, ethnologue attitré au projet, pendant juin et juillet.

Après avoir été soumis au ballet bureaucratique de la correspondance et après avoir franchi les remous de l’Assemblée législative, dix-huit mois viennent de passer depuis la première lettre de Richard à Scott en novembre 1931. Le mât s’en vient enfin! Il faudra y effectuer les dernières retouches et le hisser avant que les visiteurs affluent.


On cible les jeunes naturalistes

Entête d’une des chronique dans la revue l’oiseau bleu
BAnQ – Patrimoine Québécois / Revues et journaux
L’Oiseau Bleu Août-Septembre 1938

Comme son désire attirer la foule, outre l’arrivée du Nid de l’Aigle, soulignons l’apport des Cercles des jeunes naturalistes, une clientèle cible qu’on encourage à venir explorer les lieux. Le sous-ministre L.-A. Richard les invite cordialement dans L’Action catholique du 20 mai, leur 62e chronique déjà. L’auteur le remercie ainsi : « Espérons que les Jeunes Naturalistes répondront nombreux à une invitation aussi bienveillante et se feront on devoir de profiter de cette occasion exceptionnelle d’étudier la nature hors du manuel scolaire »

Dans un résumé de l’oeuvre de Louis Philippe Audet paru dans Les cahiers des Dix no. 43, on rappelle que c’est « plus de six cents articles qu’il rédigea, de 1932 à 1964, pour le journal L’Action, articles qui constituent la chronique fidèle des activités des Cercles des jeunes naturalistes pour cette période. » On démarre effectivement leur publication dans L’Action Catholique du 31 mars 1932, ce qui coïncide avec l’ouverture de la première saison du jardin; on y parlera principalement de la faune et de la flore, et sporadiquement des attractions du jardin, dont le totem.


Un « trésor folklorique » à préserver

En 1964, Raymond Cayouette, responsable des volières et rédacteur des Carnets de zoologie, décrit l’arrivée du mât en mai 1933 dans son article Le Totem du Nid de l’Aigle. Nous n’avons pas retracé de document illustrant son élévation. Les deux photos d’archives suivantes donnent un aperçu d’une des techniques utilisées pour élever un mât afin d’assurer sa stabilité. Elles furent prises lors des travaux de restauration à Kitwanga, dont on a discuté précédemment.


Erecting totem pole No. 19
Bibliothèque et Archives Canada – Fonds CNR – 1926
BAC 3349321

Totem pole no. 19 looking northeast, showing the bottom of the new pole.
Kitwanga, B.C. Harlan I. Smith – July 29, 1925
Musée canadien de l’histoire
MCH 64327 LS

Ouvrons une parenthèse. La comparaison de l’information apparaissant dans chacune des fiches provenant de deux sources différentes démontre comment il est parfois difficile de disposer de tous les détails permettant de bien faire parler des photographies. C’est pourquoi il faut gérer méthodiquement ses sources documentaires et apprendre à utiliser différents fonds d’archives disséminés en Amérique et en Europe.

Par exemple, la première photo provient de Bibliothèque et Archives Canada, sans attribution d’auteur. La seconde provient du Musée canadien de l’histoire; on constate qu’elle est de Harlan I. Smith, cité par Cayouette, dans son explication de l’arrivée du mât.

Lorsqu’en 1933, on érigea le mât totémique au Jardin Zoologique il y eut sans doute moins d’apparat, mais on prit tout de même d’ultimes précautions pour préserver ce trésor folklorique. Le mât était venu par chemin de fer de Prince Rupert en Colombie, en deux morceaux, car on avait dû le sectionner pour le transport.

Fraîchement restauré sous la direction experte de monsieur Harlan I. Smith du Musée national, il était reçu à la fin de mai 1933 par monsieur Louis-Arthur Richard, principal fondateur du Jardin, le docteur Armand Brassard, directeur de l’institution et les directeurs de la Société Zoologique.

On dut le fixer à une poutre d’acier encastrée dans toute sa longueur et l’asseoir sur une base solide de béton de respectable dimension. Par crainte des foudres de l’Oiseau-tonnerre, on fixa au sommet du mât un paratonnerre, qui sans doute fut très utile par la suite!

Remarquez que Cayouette mentionne qu’il fut élevé avec moins d’apparat. Il fait probablement allusion à la cérémonie d’élévation tenue lors d’un potlatch. Comme il se réfère à des textes de Barbeau à la fin de son article, il est sans doute au courant du déroulement de ces cérémonies.

Deux lacunes importantes, souvent mentionnées par les conservateurs, allaient contribuer à fragiliser le mât: la poutre encastrée sur toute sa longueur et la séparation du mât en deux tronçons pour le transport. Ce furent deux portes grandes ouvertes à l’infiltration, conduisant plus facilement à la pourriture.

Traditionnellement, on creuse un grand trou et la partie du tronc qui n’est pas sculptée est enterrée dans un nid de roches. On illustre cette pratique en troisième page du meilleur article académique sur la conception des mâts totémiques : Making Northwest Coast Totem Poles, publié par le Centre Bill Reid de l’université Fraser en Colombie-Britannique.

Contrairement à ses deux cousins du ROM et du MOA conservés à l’intérieur, il fut exposé aux rudes intempéries du Québec, pendant plus de 60 ans. Le Nid avait également séjourné plus de 60 ans dans le climat particulièrement humide des tourbières de la Côte Nord-Ouest, ayant élevé dans les années 1870 pour une première partie de son existence. Même si les conditions optimales pour bien le conserver n’ont pas été mises en place, il aura été résistant, se rendant à un âge vénérable : plus de 120 ans…


Une tradition qui ne se perd pas

Totem Pole raising ceremony in Haida Gway – Paula Worthington 2017
Zen Seekers

Mais l’élévation des mâts est une tradition qui se perpétue sur la Côte Nord-Ouest, même si nous sommes relativement peu informés des pratiques culturelles de l’ouest dans l’est du pays. Une recherche sur Google permet de dénicher un nombre considérable d’articles traitant de ce sujet. Retenons ces quelques exemples contemporains.

Ce dernier article explique pourquoi le gouvernement de la Colombie-Britannique dut faire amende honorable.

  • Une cérémonie, pour élever un mât totémique historique Haïda au parc provincial Peace Arch, a pour objectif de redresser un tort subi par trois groupes des Premières Nations de la Colombie-Britannique. Ce mât est une réplique d’un mât du village Haïda de Skedans, sculpté pour le Royal British Columbia Museum par Mungo Martin, sculpteur Kwakwaka’wakw renommé.
  • Il a été élevé devant le centre d’accueil du parc dans les années 1950, sur le territoire traditionnel de Semiahmoo près du poste-frontière. Lors de la reconstruction de ce centre, il y a dix ans, le mât avait été retiré sans préavis ni consultation. « Nous sommes tous concernés par ce qui s’est passé ici, il y a si longtemps, et nous sommes ici pour faire une réconciliation avec ce qui s’est passé », a déclaré la conseillère de Semiahmoo, Joanne Charles, lors de la cérémonie d’élévation du mât. « Le gouvernement provincial effectue maintenant ce travail pour redresser la situation. »
  • John Horgan, le premier ministre de la Colombie-Britannique, a présenté ses excuses pour le mauvais traitement accordé à un mât culturellement significatif. « Il n’y a pas eu de cérémonie au moment où le mât a été élevé pour la première fois. Il n’y a eu aucun respect quand le mât a été abattu et, au nom de la province de la Colombie-Britannique, je veux m’excuser auprès de toutes les personnes impliquées », a déclaré Horgan.
Le mât de la réconciliation
University of British Columbia 3 avril 2017
Ouvrir le plan du mât

1933-2009 – Fermons une boucle de l’histoire

Page d’accueil du site Anciens Village et mat totémiques Nisga’a
gingolx.ca

Après avoir lu l’article publié en 2018 par CBC, et en évoquant ce qui est survenu au Nid de l’Aigle en 1995, il est nécessaire de réfléchir à l’attitude que nous devons adopter suite au démantèlement du mât. Je déclarais plus haut que nous sommes peu informés des pratiques culturelles de l’ouest dans l’est du pays. Peut-on s’imaginer le contraire? L’ouest est-il aussi peu informé de ce qui se passe dans l’est?


Page web Nid de l’Aigle
gingolx.ca

En examinant la page dédiée au Nid de l’Aigle du site Anciens Village et Totems Nisga’a conçu en 2009 par le Gingolx Media Centre, on obtient la réponse.

Le totem Nid d’aigle était l’un des deux totems les plus hauts et les plus finement sculptés de la rivière Nass. Il avait été érigé au village de Gwinwoḵ, mais une inondation l’emporta en aval jusqu’à Git’iks, où il fut dressé à côté du totem de Sag̱aw̓een vers 1885. […] En 1932, le Jardin zoologique du Québec a acheté le totem du Nid d’aigle et l’a érigé sur son terrain près de la ville de Québec. On pense qu’il a été enlevé au cours des années 1990. (Le Jardin zoologique a fermé ses portes en 2006.)

Fermons maintenant cette boucle, s’étant étirée de 1933 à 2009, en nous demandant si une amende honorable doit être faite à la Nation Nisga’a, comme on en fait de plus en plus fréquemment dans le paysage interculturel canadien. Revenons au point d’origine de cette histoire, la première lettre de L.-A. Richard adressée à Douglas Campbell Scott, le 5 novembre 1931; on retourne dix-huit mois avant l’ouverture du Jardin.

Même à Québec, où dans les premiers jours de la Colonie, nos Indiens se mêlaient à un tel degré avec l’homme blanc, avons-nous un souvenir tel qu’un totem rappelant la civilisation plus avancée des Indiens de l’Ouest, je considère que c’est une grande lacune.

Lettre de L.-A. Richard à D. C. Scott – 5 novembre 1931
Bibliothèque et archives nationales du Canada
BAC – Fonds 206458

Laconiquement, Richard avait vu juste en parlant de la « civilisation plus avancée des Indiens de l’Ouest » où la perpétuation des traditions et le respect du patrimoine culturel persiste même de nos jours… nous y reviendrons…


Le Jardin sur la voie du succès

En juillet 1933, on peut retracer dans la collection Patrimoine québécois / Revues et journaux de BAnQ plus de vingt articles traitant du Jardin; son ouverture n’est pas passée inaperçue.


La Presse dame le pion au journal Le Soleil

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
La Presse, samedi 1er juillet, page 45

Transplanté
sur le
Saint-Laurent,
il a trempé
dans les
eaux salées
du Pacifique,
reliant ainsi
en
quelque sorte
nos
deux côtes
éloignées. 

Le 1er juillet, le journal La Presse dame le pion au journal Le Soleil par un reportage pleine page annonçant l’arrivée du Nid de l’Aigle dans la région de Québec. Barbeau explique d’où provient le totem et souligne les difficultés rencontrées pour l’obtenir parce qu’on considérait qu’il n’était pas à vendre.

Mon interprète, un métis habile et intelligent, expliqua de ma part au vieux Montagne qu’on lui faisait honneur en préférant son totem à tous les autres, qu’il était urgent de le placer dans un musée, où on le préserverait, et qu’il retirerait de sa transaction une jolie somme, à lui remise rubis sur l’ongle.

Le vénérable vieillard, dont les longs cheveux blancs tombaient sur ses épaules, ne pouvait pas nous comprendre. Son esprit était perdu dans les brumes de son grand âge. Lorsqu’il saisit enfin que je voulais acheter le monument érigé à la mémoire de ses ancêtres, il se souvint qu’on lui avait déjà fait une offre semblable. II me donnerait la même réponse.

Pour lui personne n’égalait ses ancêtres, cependant que Douglas, il en convint, était jadis le grand chef de tous les blancs; il fut un fameux commerçant de fourrures et le premier gouverneur de la Colombie anglaise. Voici la réponse de Montagne ‘‘Donnez-moi l’épitaphe de Douglas et Je vous donnerai le totem de mes grands oncles”.

 Inutile d’insister : sa décision était inébranlable. Je résolus donc d’attendre mon heure, qui ne semblait pas éloignée, vu son grand âge. En attendant, j’étudiai avec lui les traditions de son clan, un clan de l’Aigle, dont les migrations étaient l’objet de récits épiques. II se mit à me les dire et je constatai en lui un regain de vie qui monta jusqu’à l’ardeur. »

Le chef Montagne faisait référence à James Douglas, administrateur de la Hudson’s Bay Company et gouverneur de l’Île-de-Vancouver et de la colonie royale de Colombie-Britannique. Il est assez clair que Montagne n’apprécie guère les méfaits de la colonisation britannique.


Une expédition sur la Nass en 1927

Man of Mana
Marius Barbeau
Archive.org

Barbeau raconte son expédition sur la rivière Nass, de Arrandale jusqu’à ce qu’il appelle la ville du Lézard, nommée aujourd’hui Gitwinksihlkw. Entre ces deux endroits, il s’arrête au village abandonné de Gitiks où il voit le Nid de l’Aigle pour une première fois. D’autres sont passés avant lui; nous y reviendrons.

Il continue son itinéraire et redescend vers le sud en passant par Lava Lake, pour ensuite remonter la rivière Skeena, territoire de la Nation Gitksan; il se rend finalement à la Forteresse.

Une note reprenant ce voyage, accompagnée de la carte Barbeau au pays des totems, sera publiée à la fin d’août. La carte est un travail en progrès, déjà accessible en ligne. En plus de reproduire intégralement le récit publié dans le journal La Presse en juillet 1933, nous étudions actuellement la biographie Man of Mana, Marius Barbeau, publiée en 1995 par Laurence Nowry. Le récit de ce voyage sur la Nass raconté par son biographe, en conjonction avec l’article orignal, devraient permettre d’élucider certains aspects du processus d’acquisition du Nid de l’Aigle que nous dévoilerons au moment opportun.


Montagne n’est plus…

Le Nid de L’Aigle
Marius Barbeau
Le Soleil du 12 juin 1946.

Barbeau, à la fin de son article, nous fait part des circonstances tragiques qui lui ont finalement permis de conclure cette transaction commerciale. Il les rappelle également dans Le Soleil du 12 juin 1946.

Cependant la situation avait changé dans le clan de l’Aigle. Le vieux Montagne était mort à bout d’âge —celui qui m’avait demandé le monument de Douglas en échange de son totem. Ses héritiers ne partageant pas ses scrupules, me cédèrent, d’abord, l’Aigle volant, pour le Musée Royal de Toronto, et, plus tard, le Nid de l’Aigle, pour le parc de Québec.

Le Nid de l’Aigle, ce printemps, a fait le voyage de Prince Rupert à Québec; il a justement été restauré, sous la direction de M. Harlan I. Smith, du Musée national; et il vient d’être planté sur les hauteurs, près de Charlesbourg, par M. L.-A. Richard et son personnel. Dorénavant il sera un des traits distinctifs du nouveau parc provincial de zoologie, de botanique et de traditions nationales, à la Tournée-du-Moulin.

Ce qu’on rapporte sur l’état chancelant du chef Montagne au début de l’article, et sa mort à la fin, reflète les conditions étranges dans lesquels certains mâts furent acquis. Pourrait-on croire que ceci est de l’opportunisme?

Prestige et rivalité

Barbeau rappelle également que la rivalité entre les clans fait partie intégrante de la culture Nisga’a, soulignant que le clan de l’Aigle s’est établi sur la rivière Nass suite à une invasion. C’est une dimension politique de sa stratégie d’acquisition des mâts qu’il n’est pas possible d’ignorer. Il souhaite même que le prestige du clan de l’Aigle se reflète dans l’est du pays.

Le prestige du clan de l’Aigle ne fera qu’y gagner, dans Québec et l’Ontario. La foule des visiteurs, chaque année, admirera l’originalité de ses blasons et le génie de ses sculpteurs. Pourquoi les Loups s’obstineraient-ils plus longtemps à rester à l’écart, dans la lutte de suprématie, qui se prolonge au-delà de leurs frontières? Pourquoi ne céderaient-ils pas, à Québec, eux aussi, leur totem géant, qui reprendrait sa préséance sur les Aigles?

On vient d’en souffler un mot de ma part à l’oreille des chefs du Loup, et ils m’ont justement écrit une lettre se déclarant prêts à vendre leur totem pour cent piastres de plus que celui de l’Aigle. La différence du prix, croient-ils, réaffirmera l’irrévocable supériorité du Loup sur l’Aigle, chez eux et de par le monde!

Barbeau n’est pas effrayé par ces conflits, semble-t-il. Au contraire, il est avide et ambitieux, au point de souhaiter que le clan des Loups lui cède un autre mât! Il faut bien retenir cette histoire. Quand on examinera la période de 1990 à 1995, précédant le démantèlement du mât, on verra également que des rivalités similaires peuvent survenir dans notre propre culture, cette fois-ci entre un ministère gouvernemental et une organisation sans but lucratif.


1933-07-08 : Une semaine plus tard à Québec…


Un « totem pole »
authentique
des forêts isolées
des
Montagnes Rocheuses
que les connaisseurs
regardent
comme un superbe
spécimen
de l’art indien

L’article Un Totem pour Québec de Marius Barbeau, en quatrième page du supplément soulignant l’ouverture du Jardin zoologique en raconte un peu plus, dont la légende fondatrice du peuple Nisga’a. Plus facile à lire en ligne, une version révisée été publiée dans Le Canada Français de décembre 1940.

L’éditorial Au Jardin zoologique provincial fait l’éloge d’Hector Laferté en soulignant les différents aspects du projet dans lesquels il est intervenu. On mentionne également le projet de reproduction d’un ancien village canadien, on rappelle l’existence du zoo du Manoir Kent et on met en valeur la contribution du sous-ministre L.-A. Richard.


… Et Montréal rajoute son mot

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
La Presse, samedi 8 juillet 1932, page 48

How America Was First Peopled
Marius Barbeau
Scientific American
Août 1932 – pages 86-89
Article sur JSTOR

Le reportage D’où vinrent les sauvages du journal La Presse reprend une théorie élaborée par Barbeau dans son article « How America was Peopled », publié dans le Scientific American d’août 1932. Dans ces deux articles assez similaires, il fait part de sa conception de l’arrivée des autochtones en Amérique, en plus de l’arrivée des animaux. Il résume aussi les traits de la culture autochtone de la Côte Nord-Ouest.

Ce qui étonne, à la lecture de ce long article publié dans un grand quotidien, c’est le niveau d’érudition de Barbeau. Non seulement s’est-il intéressé à la culture de la Côte Nord-Ouest, mais en plus, il brosse un portrait fascinant du peuplement de l’Amérique à travers les grandes migrations ayant eu lieu des milliers d’années auparavant et permettant de faire comprendre que les Premières Nations étaient là bien avant l’arrivée des civilisations européennes. C’était sa façon de justifier son admiration pour les pratiques artistiques des autochtones à l’autre bout du pays. Plus de quatre-vingt ans après cette publication et malgré l’évolution de nos connaissances sur le peuplement des Amériques, plusieurs de ses vues s’avèrent encore applicables dans leurs grandes lignes.


Troisième trimestre 1933 : La route du succès


Vue de la route du Parc des Laurentides
Ministère de la voirie, rapport 1935, page 11
Bibliothèque Assemblée Nationale du Québec

Le Jardin zoologique devient un point focal du tourisme dans la région de Québec. On projette accueillir 100 000 visiteurs à la fin août.


Juillet

Comme la radio captive l’auditoire de la province dans les années 1930, on diffuse périodiquement des causeries en direct. Elles sont animées par des membres de la Société zoologique. Par exemple, on publie le compte-rendu de celle donnée par le docteur R. Rajotte, dans l’édition du lundi 17 juillet.

  • Le 20 juillet, on invite un groupe visiteurs de l’hôtel de ville, dont le maire Lavigueur.
  • Le 26 juillet, on annonce fièrement que le jardin a reçu 35 000 visiteurs.

Arrivée de l’Aviso colonial D’Entrecasteaux à Québec le 28 juillet 1933
alabordache.fr

Fac-similé – Le Soleil du 28 juillet page 3
Ouvrir dans BAnQ – Collection Patrimoine québécois / Revues et journaux

Le 28 juillet sera l’événement le plus remarquable pour les membres de la Société Zoologique. Le jardin accueille de la visite prestigieuse! M. René Turck, le nouveau consul général de France au Canada, arrive par le train du Pacifique Canadien le 27 juillet, tandis que le croiseur français D’Entrecasteaux arrive le 28 devant la Citadelle, en saluant la ville de 21 coups de canon.


Fac-similé – Le Soleil du 1er août page 3
Ouvrir l’article original sur le site de BAnQ
Patrimoine québécois / Revues et journaux

Un programme de réceptions et de divertissements s’enchaîne pour les marins et sous-officiers du croiseur. Le vendredi et le lendemain, deux groupes auront droit à une promenade en autobus à Charlesbourg, au Jardin Zoologique. Samedi soir, on tient un banquet chez Kerhulu, sous les auspices de la Société Française de Bienfaisance, offert au Consul Général de France, au Commandant du D’Entrecasteaux et à son État-Major. Enfin le lundi, en après- midi, la Société zoologique de Charlesbourg donne une réception au jardin pour les officiers de bord.


Août

BAnQ – Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le samedi, 5 août 1933, page 10

  • Le 1er août, voici les visiteurs heureux devant la maison canadienne du jardin – si vous ouvrez la page en ligne, vous verrez aussi ces nombreux marins photographiés dans un champ!
  • Le 5 août, on souligne l’inauguration du Jardin Zoologique en même temps que celle du nouveau Musée Provincial sur les Plaines d’Abraham; remarquez que le moulin est encore entouré d’un échafaudage, ce qui indique que le jardin est un chantier en progrès!
  • Le 10 août, on annonce 50 000 visiteurs et on parle déjà d’élargir la route.
  • Le 31 août, on prédit 100 000 visites au Jardin.

Fac-similé – Le Soleil du 25 août page 4
Ouvrir dans BAnQ – Collection Patrimoine québécois / Revue et journaux

Pour revenir sur les causeries, on publie le 25 août l’intégralité de celle donnée par Edgar Rochette, vice-président de la Société de zoologie, qui retrace toute l’histoire du jardin. On y souligne notamment pourquoi la Société zoologique est née.

De plus, vu qu’à la différence des organisations du même genre notre Jardin Zoologique était propriété gouvernementale, il fut trouvé nécessaire d’y adjoindre un autre corps pour faire rayonner mieux par toute la Province son oeuvre éducationnelle, pour assurer sa vie interne et externe, pour consolider et compléter son objet scientifique et. enfin, pour s’occuper des menus détails de la vie journalière. C’est alors qu’est née la Société Zoologique de Québec [en juin 1932].


Septembre

Le 6 septembre, le Club Automobile suggère un élargissement de la route menant au jardin et le 29 septembre on confirme la réalisation de ce projet.

En consultant le rapport annuel du ministère de la Voirie, on constate effectivement que les ententes entre le gouvernement du Dominion et le gouvernement de la province permettent d’engager des travailleurs provenant des endroits où le chômage est particulièrement élevé. On les envoie notamment dans le parc des Laurentides.

Le jardin drainant un grand nombre de visiteurs, le ministère de la Voirie fera élargir à 66 pieds la route de Charlesbourg qui conduit à Notre-Dame-des-Laurentides en passant devant le jardin. Des arpenteurs sont déjà sur les lieux et on commencera les travaux d’élargissement dès qu’Ottawa les aura approuvés.


Groupe de Chômeurs – Camp numéro 9
Ministère de la voirie, rapport de 1933, page 68
Bibliothèque Assemblée Nationale du Québec

Groupe de Chômeurs – Camp numéro 7
Ministère de la voirie, rapport de 1933, page 197
Bibliothèque Assemblée Nationale du Québec

Simultanément, dans plusieurs camps du Parc National des Laurentides, le ministère de la Voirie emploie 600 hommes travaillant à la réfection de la route du Parc. Bref, ce trimestre se sera achevé sur un air de prospérité économique; on fait travailler des chômeurs, enfin, après ceux engagés sur la ferme expérimentale et le jardin.


1933 : Une seconde saison réussie

Stationnement le long du mur – R. Brassard circa 1932
SZQ 298 à retracer (Cayouette 1987:62)

Comme on l’a vu, l’année 1933 a été marquée par l’arrivée du Nid de l’Aigle, soulignée par quelques articles illustrés. À ses débuts, le jardin étant un chantier, on avait simplement invité les gens à le visiter sans déclarer d’ouverture officielle comme on peut le voir dans L’Action catholique du 5 mai.

À l’automne, dans Le Soleil du 6 novembre, en annonçant qu’il fermera la semaine suivante, on se félicite d’avoir atteint cet objectif de 100 000 visites de l’été qu’on s’était fixé le 31 août. « Le Jardin créé pour répondre à un besoin éducationnel a rempli sa mission. Les jeunes naturalistes par groupes ou isolément s’y sont rendus souvent et y ont sans doute acquis des connaissances considérables. »


BAnQ
Patrimoine québécois / Revues et journaux
Le Canada Français Décembre 1933

En décembre finalement, L.-A. Richard clôt l’année en publiant l’article « Le Jardin Zoologique de Québec » dans la revue Le Canada Français de décembre. Dans ce bilan des deux dernières saisons (1932 et 1933), il souligne quelques faits importants sur l’utilité du jardin zoologique, sur son lien avec le projet de la ferme expérimentale et sur sa contribution à l’activité touristique.

Plutôt que de faire exécuter des travaux d’une nature plus ou moins utile dans la banlieue de Québec pour venir en aide aux chômeurs, ils se sont entendus pour doter la ville et la province de Québec d’un jardin zoologique greffé sur la ferme expérimentale des animaux à fourrure dont le gouvernement Taschereau venait d’entreprendre l’organisation. Non seulement les chômeurs y ont trouvé leur compte, mais encore notre ville en a retiré des avantages considérables au point de vue éducationnel de même qu’au point de vue touristique.

Il conclut enfin que le jardin est un grand succès. « Il est certain qu’au point de vue touristique, le Jardin est déjà un très grand succès, et rien ne le prouve avec plus d’éloquence que l’affluence des visiteurs au cours de l’été et de l’automne ».


Les revues et journaux

En fin de compte, on aura publié plus de 70 articles sur le jardin en 1933, dans les les revues et journaux du Québec; on aura évoqué le Jardin zoologique de Charlesbourg, d’autre fois le Jardin zoologique de Québec et même du Jardin zoologique provincial.

On sait maintenant comment il a été difficile d’acquérir le Nid de l’Aigle, et le 1er juillet 2019 nous sommes devant 86 ans d’histoire. Mais l’histoire du Nid n’est pas terminée encore, parce qu’il sera présent pendant plus de 60 ans sur le site du Jardin zoologique.

Note suivante : Cette recherche des origines du Nid de l'Aigle est arrivée par coïncidence. Voici l'histoire derrière l'histoire d'un totem.

Aide à la recherche…

Pour explorer le thème de cette note, on peut se référer aux sources documentaires disponibles en ligne au moment de la publication.

Certains titres d’ouvrages provenant de archive.org peuvent être empruntés facilement en s’inscrivant avec son adresse courriel.

Mises à jour

  • 1er août 2019-08-01 – Ajout – Le Samedi, édition du 5 août 1933
  • 2019-08-22 – Mise en page révisions mineures
  • 2019-08-24 – Mise à jour du bilan de l’année

1933-04 – Remous à l’Assemblée législative

Photo d’archives mise en avant

Séance de l’Assemblée législative de la province de Québec
W. P. Edwards photographe 1933-04-05
Fonds Télésphore Bouchard
BAnQ P10,S1,P46

Il y a peu de photos d’archives témoignant des travaux de l’Assemblée législative du Québec dans les années 1930. C’est un coup de dé d’en trouver une prise au moment où on discute des enjeux reliés aux projets de la Ferme expérimentale et du Jardin zoologique.

Dans l'article précédent, nous avons constaté ce qui s'est passé après avoir obtenu un prix estimé du ministère des Affaires indiennes : une longue série de lettres seront échangées, entre novembre 1931 et décembre 1932.


Voyons maintenant pourquoi la crise des années 1930 ne fait pas bon ménage avec la création d'une ferme expérimentale, d'un jardin zoologique et d'un village canadien.

Les travaux de l’Assemblée et les journaux

En plus des séances du Comité du Jardin et de la correspondance qui circule en toile de fond, le ministre de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries Hector Laferté devient un ardent défenseur du Jardin zoologique. Il interviendra à plus de 5 reprises en un mois, pendant la 2e session de la 18e législature qui s’étend du 10 janvier au 13 avril.

Une de ses interventions importantes sera pour défendre son budget, à la séance du vendredi 31 mars. Il justifie 160 000 $ de dépenses, sur un budget initial de 175 000 $ adopté un an auparavant. Ce budget prévoyait 100 000 $ pour la construction de la Ferme expérimentale et 75 000 $ pour celle du Jardin zoologique, dont des travaux effectués par 125 ouvriers en vertu de la loi du chômage. Il croisera aussi le fer avec Maurice Duplessis; un combat mené dans un contexte économique très difficile.

On constate que le Jardin zoologique bénéficie d’une bonne couverture de la part des journalistes parlementaires en consultant les  Revues et les journaux de la collection patrimoniale de BAnQ, de janvier à mai 1933. En parcourant les articles dans leur contexte, que ce soit dans Le Soleil et L’Action catholique de Québec ou dans La Presse et Le Devoir de Montréal, on entrevoit le climat de crise de l’époque.

Concentrons-nous sur ce qui se dit à l’Assemblée législative. Même si des remous sont causés par les projets du Jardin zoologique, de la Ferme expérimentale et du Village canadien, ils ont pourtant une visée touristique essentielle : amener des gens à Québec pour y stimuler l’économie.


1933-02-04 – Avant tout : « Aider le chômeur »

Fac-similé – Le Soleil du 4 février 1933
BAnQ Collection patrimoniale revues et journaux

Dans l’article  « Près de douze millions pour aider le chômeur », on fait part des dépenses pour le zoo. En période de crise, on rappelle les dépenses du gouvernement : « Une somme de 11 930 923,05 $ a été dépensée par la province et le fédéral du 30 juin 1931 au 30 juin 1932 dans le Québec pour secourir les chômeurs — La Cité de Québec a reçu près de 700 000 $ ».

On détaille les dépenses pour le ministère chapeautant le projet du Jardin : « Le ministère de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries a dépensé 359 188,25 $ en travaux, 153 009,94 $ en secours directs et 75 000 $ pour l’aménagement du jardin zoologique de Charlesbourg ». Bref, les dépenses pour le Jardin représentent près de la moitié de ce qui est dépensé en secours directs; cependant, on oublie de mentionner que c’est surtout en main d’oeuvre, pour faire travailler les chômeurs.


1933-02-06 – Une grande volière

Fac-similé – Le Soleil 6 février 1933 page 6
BAnQ Collection patrimoniale revues et journaux

Il commence à y avoir des réalisations concrètes qu’on illustre au public, avant l’ouverture officielle. Dans Le Soleil, on présente « cette vaste volière que l’on vient de construire au Jardin zoologique de Québec, à St-Pierre de Charlesbourg, pour le Ministère de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries. Cette construction, exécutée par la maison Jobin & Paquet de Québec, dont on voit le propriétaire et les représentants au premier plan, est d’une longueur de 100 pieds. Sa largeur est de 46 pieds et sa hauteur, de 35 pieds ».

Il serait bien intéressant de retracer une version originale de cette magnifique photographie de groupe dans les fonds d’archives de la BAnQ.


1933-03 – Le Premier ministre s’en mêle

Il faut se rappeler que c’est sous le règne du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau que se déroulent les débats. Il sera confronté par Duplessis sur un mandat spécial de 20 000 $ pour l’achat d’animaux – car il en faut bien, pour le Jardin.

Louis-Alexandre Taschereau
Montminy & Cie – Vers 1930
BAnQ Collection patrimoniale

Le jeudi 2 mars, le torchon brûle entre Taschereau et Duplessis – un fidèle opposant au projet du Jardin ; des besoins criants s’expriment au niveau de l’assistance publique requise en temps de crise.

  • M. Duplessis (Trois-Rivières) : Nous y venons à l’assistance publique. Nous y constatons la même chose. Pourquoi le gouvernement a-t-il retardé les paiements des octrois aux hôpitaux, en vertu de la loi de l’assistance publique ? […] Que faisait-on pendant que l’on criait que le gouvernement ne pouvait pas payer ses dettes d’honneur ? On passait des mandats spéciaux permettant de dépenser 20 000 $ pour le jardin zoologique de Charlesbourg […]. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas fait un mandat spécial pour les hôpitaux, puisqu’il en a fait pour des choses moins importantes comme le jardin zoologique et l’impression des documents publics ?
  • L’honorable M. Taschereau (Montmorency) : L’honorable chef de l’opposition nous répète son discours de l’autre jour.
  • M. Duplessis (Trois-Rivières) : C’est que je suis constant. Si le gouvernement prenait un tel soin des animaux du jardin zoologique, il me semble qu’il aurait dû prendre un soin au moins égal pour les êtres humains qu’abritent les hôpitaux. […] S’il a été capable de trouver 20 000 $ pour les animaux du jardin zoologique, il devrait être capable de trouver les moyens de payer les hôpitaux. D’autant plus que ces mandats spéciaux ont été passés en marge de la loi.
Fac-similé Le Devoir du 10 mars page 2
BAnQ Collection patrimoniale

Le jeudi 9 mars, le sujet revient sur le tapis, et cette fois, Taschereau offre aux membres de l’Assemblée un longue tirade très intéressante à lire. On voit bien comment il maîtrise et défend le budget du ministère de la Colonisation, notamment en mettant en relief les autres subsides alloués pour couvrir les besoins des « nécessiteux » comme on les appelle à l’époque.

Le lendemain, dans le Le Devoir on utilise deux pages pour couvrir cette longue séance du conseil, qui s’étire de 15h00 à 23h45. En considérant ce qui est rapporté, on peut comprendre que ce mandat spécial destiné au Jardin constitue une mince somme, en comparaison du montant total des autres mandats, qui représente quand même une dépense de près de 350 000 $.

C’est aussi une belle opportunité de prendre connaissance des priorités de l’époque, comme le défrichement par les colons, les chemins de colonisation ou la prise en charge des colons sinistrés. Taschereau ne semble pas avoir de difficulté à relancer Duplessis avec ces détails sur les différents postes budgétaires.

Mais ce débat n’a pas fini de s’étirer. On se retrouve déjà en avril.


1933-04-11 – On félicite enfin Richard

Le mercredi 5 avril, on avait déjà répondu aux questions concernant la dépenses de 1 700 $ pour l’achat de plus de 120 animaux pour la ferme expérimentale et le jardin; on fournit même une liste détaillée par famille et par genre. Remarquons qu’on a consacré la même somme pour se procurer le Nid de l’Aigle, misant sur son pouvoir d’attraction pour les touristes. On remarque cependant qu’on ne fait aucun commentaire à ce sujet, puisque que ce projet est en principe mené en sous-marin; ce n’est qu’en mai que le Nid fera surface, sous la forme d’un don, comme on verra.

Le mardi 11 avril, lors de l’adoption d’un nouveau budget, la contribution du sous-ministre Richard est soulignée.

  • La Chambre poursuit l’étude d’un nouveau budget pour le ministère de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries. M. le sous-ministre L.-A. Richard vient s’asseoir à côté de l’honorable M. Laferté pour renseigner la Chambre. M. F.-M. Gibaut, chef du service des pêcheries maritimes, est aussi sur le parquet.
  • L’honorable M. Stockwell (Brome) propose : Qu’un crédit n’excédant pas trois cent mille dollars soit ouvert à Sa Majesté pour pêche, chasse et pisciculture, élevage des animaux à fourrure et jardin zoologique, pour l’exercice finissant le 30 juin 1934.
  • M. Guertin (Hull) : Le ministre pourrait-il nommer les animaux du jardin zoologique ? Y a-t-il un nommé Wajite?
  • L’honorable M. Laferté (Drummond) : Non, mais il y a une mère ourse du nom de Mercédès.
  • M. Duplessis (Trois-Rivières) : Est-ce que les animaux sont achetés par le ministre ou le sous-ministre ?
  • L’honorable M. Laferté (Drummond) : C’est l’oeuvre du sous-ministre. 
  • M. Guertin (Hull) : C’est donc le sous-ministre qui fait le choix des bêtes.
  • M. Duplessis (Trois-Rivières) Le sous-ministre (M. L.-A. Richard) a fait un travail merveilleux pour doter la province de ce jardin zoologique. L’Action catholique, dont l’honorable ministre a parlé, a fait des articles élogieux à ce sujetLe gouvernement a fait sans doute des expériences pour les cultivateurs qui ont perdu 2 000 000 $ dans l’élevage des renards.
  • L’honorable M. Laferté (Drummond) : On ne peut tenir le département responsable de tous les péchés d’Israël.
  • M. Duplessis (Trois-Rivières) : L’item est adopté.
  • La résolution est adoptée.
  • L’honorable M. Laferté (Drummond) : Je dois rendre le témoignage au sous-ministre que le Jardin zoologique est son oeuvre. 
  • M. Guertin (Hull) : On devrait séparer les items du budget. 
  • L’honorable M. Laferté (Drummond) : Le budget est divisé en 11 items. 
  • M. Guertin (Hull) : Je n’en vois que quatre. 
  • L’honorable M. Laferté (Drummond) : J’en compte pourtant 11.
  • M. Guertin (Hull) : Le gouvernement refuse de répondre à certaines questions et de ne discuter ces crédits qu’aux dernières minutes de la session, alors que le premier mois, le gouvernement n’a rien fait? 

On voit bien qu’on ne lésine pas à s’obstiner sur les détails, lorsqu’il s’agit de traiter des affaires du Jardin zoologique.


1933-04-12 – L’argent des infortunés

Le mercredi 12 avril, on voit bien comment la crise mobilise l’attention, alors que le Ministre Guertin, whip du Parti conservateur, réclame un régime d’assistance aux mères nécessiteuses.

  • M. Guertin (Hull) : Cette loi que je réclame s’impose dans notre province. Elle existe ailleurs. Il faut que les infortunés de notre province soient traités aussi équitablement que les infortunés des autres provinces. Pourquoi faire bande à part ? Pourquoi nous montrer différents des autres ? Nous sommes catholiques. Notre religion nous dit que la vie familiale est la base de la société. Le moyen d’encourager la vie familiale est d’aider les mères, les veuves, qui veulent élever convenablement et confortablement leurs enfants. Si le gouvernement a de l’argent pour le pont de l’Île d’Orléans et pour le jardin zoologique, il pourrait en trouver pour les mères nécessiteuses. […] .

1933-05-10 – Pour le plaisir et l’instruction

Étang du totem – Société historique de Charlesbourg – Carton pour une exposition dans les années 1980
Bibliothèque – Fonds Société zoologique de Québec

Le mois suivant, dans l’article « Au Jardin zoologique », publié par Le Soleil, on annonce le don du mât au Jardin. Cette lettre expose bien les motifs de la Société zoologique; on sait que le totem s’en vient.


Fac-similé – Le Soleil du 3 mai
BAnQ – Collection patrimoniale

Québec, le 3 mai 1933.

SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE QUÉBEC

Honorable Hector Laferté. C, R.
Ministre de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries,
Hôtel du gouvernement.
Québec, P. Q.

Mon cher ministre,

Grâce à un concours fort heureux de circonstances, la Société Zoologique de Québec est entrée en possession d’un des plus beaux totem poles de la Vallée de la Rivière Nass, en Colombie-Britannique. Ce poteau mesure près de 80 pieds de haut et les sculptures qui l’ornementent sont spécialement intéressantes. Il est connu là-bas sous le nom de totem de l’aigle et il raconte, dans son langage symbolique, l’histoire d ’une ancienne et importante famille indienne de la Nass. D’autre part, il dénote une habileté artistique peu ordinaire. Ce poteau totémique est maintenant en chemin et vous arrivera bientôt.

Notre Société, qui doit forcément en disposer en faveur d’un parc de la cité ou des environs, a pensé qu’il serait plus spécialement à sa place au Jardin Zoologique, et je suis chargé de venir vous l’offrir avec les hommages de la Société Zoologique de Québec. Il serait, nous semble-t-il, un attrait de plus à ajouter à tous ceux que le Jardin présentera pour le plaisir et l’instruction de notre population, une fois qu’il sera terminé.

Veuillez me croire,
Votre tout dévoué,
Charles Frémont, Président


C’est ainsi qu’on sait maintenant que le Nid de l’Aigle fera bientôt partie du paysage du jardin. Patience, il reste quelques travaux à faire avant les grandes annonces du 1er juillet.

Article suivant : Hélé sur une barge, traversant ensuite le Canada en train, le Nid de l'Aigle est prêt pour la Fête du Dominion de 1933. Les journaux en parlent!