Côte Nord-Ouest — Un retour nostalgique au pays des totems

Pavillon du chef et totem, Rivière Nass , C.-B.
Collison W.H. [ca. 1878 – ca. 1915]
Fonds Archdeacon W. H. Collison – NBCA 2009.7.1.104Traduction

William H. Collison, Charles F. et William A. Newcombe père et fils, George T. Emmons, Louis V. Shotridge ou Fred Jeffery vous sont inconnus? Ils ont laissé des témoignages photographiques remarquables sur le Nid de l’Aigle. Et ce ne sont pas tous des ethnologues!

Si vous utilisez un téléphone intelligent, cliquer ici pour agrandir…

En guise d’avant-propos, revenez sur la photographie pleine page en tête de cette note et examinez-la attentivement. Dans quel village sommes-nous, sur la rivière Nass? Quelle est cette inscription sur ce grand nez qui sort tout droit de l’animal peint sur la façade? Cette petite cabane surmontée d’un oiseau sur la droite, ça vous dit quelque chose? Vous avez probablement d’autres questions… Bien sûr, si vous ouvrez le lien qui conduit à la fiche d’identification de Northern BC Archives (NBCA), vous verrez qu’elle ne répond à aucune de ces questions. Cependant, on peut au moins affirmer que le photographe avait un bon appareil! Quant aux réponses, elle vous apparaîtront éventuellement à travers cette nouvelle série de notes à suivre…

Marius Barbeau disait qu’on était passé avant lui…

Le cône du volcan Tseax
Colombie-Britannique
Wiki Commons

Faisons un retour au début du XXe siècle pour rencontrer ces personnes qui ont été émerveillées par les mâts totémiques de la Côte Nord-Ouest du Canada et de l’Alaska, comme le fut Marius Barbeau. Il n’y avait pas que ces immenses troncs sculptés qui les attiraient, comme on le constatera dans cette nouvelle série de notes, « Exploration : Côte Nord-Ouest. » Nous irons même explorer le cône du Tseax, un volcan de la Colombie-Britannique qui occupe une place très importante dans l’histoire et les légendes du peuple de la nation Nisga’a. Mais commençons par les présentations, en relisant ce que disait M. Barbeau.

Montréal, La Presse,
Samedi, 1er juillet 1933

BAnQ

Je ne fus pas le premier à découvrir le mât totémique du Nid de l’Aigle, bien qu’il fût depuis longtemps perdu dans la jungle de la Nass inférieure, près de la frontière de l’Alaska, lorsque je le vis pour la première fois en 1927.

Quelques voyageurs, pour ne pas compter les indigènes, l’avalent aperçu en passant, à distance. Le Dr Newcombe et son fils, de Victoria, en avalent pris une photographie, il y a vingt-cinq ans. Mais il aurait pu disparaître, comme cela est arrivé, sans qu’il en restât une trace. D’autres sont tombés et ont été détruits, qui étaient naguère à côté de lui, dans l’ancien village abandonné de Gitiks.

Marius Barbeau

C’est ainsi que s’exprimait Marius Barbeau pour souligner l’arrivée du Nid de l’Aigle à Charlesbourg, à l’été 1933. Il est considéré comme un des plus grands spécialistes sur la culture de la Côte Nord-Ouest au début du XXe siècle, y ayant séjourné à plusieurs reprises. Il n’hésitait pas à partager ses connaissances dans des journaux populaires ou des revues académiques et ne prétendait pas à l’exclusivité de ses découvertes. On reconnaît que la collecte d’objets « ethnologiques » pour le compte des grands musées de l’Amérique et de l’Europe a attiré bien des curieux dans la région, bien avant que M. Barbeau n’aperçoive « Le Nid de l’Aigle » dans le village abandonné de Gitiks en 1927. Il n’était pas le premier, comme il le déclare ouvertement.

Dans cette nouvelle série, nous ferons tout d’abord connaissance avec six personnes influentes dans leur milieu qui ont parcouru la région et tenté de comprendre la culture des Tsimshian, à la rencontre des Nisga’a de la vallée de la Nass et des Gitxsan de la vallée de la Skeena, en Colombie-Britannique. Nous aurons l’occasion d’examiner comment il ont observé la vie des autochtones en utilisant la photographie et en « collectionnant » des objets provenant souvent des personnes qu’ils ont interviewé.

Six manières de voir la vallée de la rivière Nass


Enfants réunis à l’église de Metlakatla
Collison, W.H. [1874-1901]

Northern BC Archives
2009.7.1.057

L’archidiacre William Henry Collison évangélise les Tsimshian dans une région délimitée par trois villages, soit Masset situé dans l’archipel Haida Gwaii, Metlakatla à 5 km au nord de Prince-Rupert et Gingolx (Kincolith) au pied des montagnes de la rivière Nass. Sa pratique missionnaire l’amène à s’opposer aux célébrations du potlatch, ces grandes fêtes de distribution de bien interdites au Canada entre 1884 et 1951. Il publie en 1915 son récit autobiographique « Dans le sillage du canoe de guerre », dépeignant l’ambiguïté de ses relations avec la population autochtone.

Masque de corbeau cannibale
Kwakiutl
Kingcome Inlet

Peabody Museum
17-17-10/87203

Collectionneurs de père en fils, Charles Frederic et William Arnold Newcombe ont contribué à nous faire apprécier la culture de la Côte. Les artefacts et spécimens de C.F. Newcombe sont conservés dans une myriade d’institutions qu’il faut explorer afin d’apprécier la diversité des objets ethnologiques qui ont retenu son attention; on trouve qu’il est un « collectionneur avide » comme on le verra. Son fils William pense bien différemment. Il s’oppose notamment à l’exportation des mâts totémiques à partir de la Colombie-Britannique. Plutôt intéressé par la conservation, il fera l’acquisition du fonds de l’artiste-peintre Emily Carr, reconnue pour l’influence qu’elle a exercé sur l’art moderne canadien et autochtone.

Bol en bois courbé
Tsimshian
Fort Simpson

Burke Museum
2252

George Thornton Emmons, un officer de marine à la retraite, collectionne aussi des objets ethnologiques et alimente le American Museum of Natural History de New-York et le Burke Museum de Washington. Il s’est surtout intéressé aux Tlingit du Sud de l’Alaska mais a également visité la région de la rivière Nass. Il laisse un patrimoine intellectuel incroyable, notamment « Les indiens Tlingit », une monographie impressionnante de plus de 500 pages qu’on finit par publier en 1991 après une édition exhaustive de ses notes de terrain.

Couronne de griffes d’ours
Tsimshian
Rivière Skeena

Penn Museum
NA8541

Louis V. Shotridge se démarque du lot, car il est un Tlingit de naissance qui sortira de ses rangs pour aller faire de la collecte chez les Nisga’a et les Gitxsan en compagnie de son épouse Florence, au profit du musée Pennsylvania University, connu mondialement comme le Penn. Parmi les objets qu’il rapporte, la couronne de griffe d’ours est une coiffure assez originale, faut-il avouer! C’est un des explorateurs les plus connus parmi ceux que nous rencontrerons et vous aurez le plaisir de prendre connaissance de documents inédits; nous avons fouillé dans bien des recoins!

Gingolx (Kincolith)
Jeffery, F. [circa 1923)

Northern BC Archives
2009.10.3.041

Finalement, nous rencontrerons un homme de métier qui nous apportera un regard bien intéressant sur un aspect important des activités de subsistance dans la région. Fred Jeffery est un ingénieur de machines à vapeur dans une conserverie de produits de la mer, un passionné de la photographie et des pêcheries qui a documenté la région en produisant un portfolio très intéressant, même s’il n’est pas un ethnologue de carrière.

Nous rencontrerons ainsi six personnes captivantes, six manières de nous révéler la culture sociale, artistique et matérielle de la région. Nous pourrons examiner comment elles ont contribué à un héritage documentaire impressionnant, qui n’a pas été suffisamment exploité ni diffusé dans la communauté francophone de l’est du Canada ni en Europe; la culture de la Côte Nord-Ouest nous est peu familière et nous devrions continuer à l’explorer. En plus de leurs écrits, à travers la photographie et la collecte d’objets ces personnes n’ont pas seulement observé et commenté la culture et les pratiques sociales autour des mâts totémiques, mais aussi grandement contribué à notre compréhension générale de cette aire culturelle.

Enfin, nous garderons à vue également l’analyse critique de leurs missions d’exploration. Leur travail de recherche ethnologique sur le terrain a soulevé des enjeux éthiques que le recul historique nous permet de mieux cerner. L’abondance de la recherche académique sur la culture Tsimshian, Nisga’a et Gitxsan le démontre bien; nous souhaitons que ces notes inspireront d’autres étudiants et étudiantes à s’y engager!

Des villages riverains au début du XXe siècle

Pour vous mettre en appétit, en attendant la publication des prochaines notes, l’album Pinterest « Villages riverains » de la série « Côte Nord-Ouest » présente une collection de photographies du début du XXe siècle prises sur les côtes du Pacifique, de la Colombie Britannique à l’Alaska. La plupart sont reliées directement au fonds d’archives d’où elles proviennent. Cette collection s’agrandit au rythme de la recherche. Pour consulter cet album, vous pouvez simplement défiler vers le haut ou vers le bas dans la fenêtre ci-haut, cliquer une miniature qui vous intéresse pour l’agrandir ou cliquer sur le titre de l’album pour l’ouvrir dans une page indépendante. Et n’hésitez pas à vous abonner pour être avisés des nouvelles publications.

Deux exemples typiques de l’époque


Chaque photo de l’album Pinterest ci-dessus mériterait un commentaire. Voici deux exemples particuliers qui peuvent retenir notre attention. Comme il a été démontré dans la note « La route des totems vers l’Alaska …« , les croisiéristes affluent dans cette région pour admirer les mâts totémiques. Le temps a fait ses ravages habituels, mais le témoignage persistant de ces clichés réalisés avec des appareils photographiques utilisant de très grands négatifs nous replonge dans l’ambiance unique de cette époque révolue. Le premier cliché d’Edward Dossetter illustre bien comment les mâts font partie du paysage à cette époque; le photographe accompagnait un inspecteur du gouvernement lors d’une lors d’une tournée d’inspection. Le second cliché de Robert W. Wilson est un exemple typique de l’alignement des maisons sur les rivages; en plus, on a droit à un ego portrait comme on en voit de nos jours.

Au plaisir de vous revoir sur le site, sur une base hebdomadaire, à partir du 14 juin!


Galerie des explorateurs — Source illustrations

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